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Nouveaux programmes

Mettre en lien les enseignements des différentes langues

Yannick Bineau

8 juin 2015

D’emblée, dans le préambule, l’enseignement des langues vivantes s’inscrit dans un contexte élargi : « l’éducation langagière générale ». Il s’agit là de travailler à développer la complémentarité des enseignements linguistiques (langue maternelle, étrangère et régionale). On peut également à mon avis envisager un prolongement jusqu’à l’enseignement des langues mortes avec lesquelles de nombreux liens lexicaux, grammaticaux et culturels peuvent être opérés. On réaffirme également le statut de la langue vivante considérée non plus seulement en tant que finalité en soi mais aussi en tant qu’outil pour accomplir des choses, agir.

Apprendre les langues vivantes...

1) pour comprendre et s’exprimer :

On retrouve dans cette 1ère partie l’affirmation des 5 compétences langagières (déjà en vigueur) à acquérir pour la maîtrise de la langue. Elles sont ici abordées surtout en tant qu’outil de découverte permettant de donner davantage de sens à l’apprentissage et de stimuler la motivation. Les connaissances linguistiques sont ici considérées comme des outils permettant d’accomplir des actions, d’agir. Il ne s’agit plus seulement d’étudier la langue pour elle-même, mais d’aller plus loin et de « faire avec » la langue (dimension actionnelle). Pour y parvenir, il est recommandé comme auparavant de privilégier la compréhension dans un premier temps afin de stimuler l’expression dans un deuxième temps. Il est indiqué aussi qu’il faut s’attacher à développer des compétences au-delà des seules capacités linguistiques qui ne suffisent pas à elles seules pour communiquer : il faut également stimuler la culture et l’intelligence de la relation.

2) pour découvrir l’autre et l’ailleurs :

La langue en tant qu’outil doit constituer également un moyen pertinent pour la rencontre de l’autre, pour prendre du recul par rapport à sa propre langue, sa propre culture. A ce titre, l’enseignement doit être contextualisé autour d’une thématique culturelle et représente ainsi un véritable levier d’accès à la culture. L’enseignement de la langue ne doit surtout pas être coupé de tout contexte. Cette coupure ferait perdre du sens à l’apprentissage. La langue vivante n’est pas seulement une « mécanique linguistique », elle est aussi le vecteur d’une culture, d’une vision du monde, d’un mode de vie, de coutumes... La contextualisation culturelle de son enseignement permet donc de lui donner du sens, de stimuler la motivation des élèves.

3) pour développer des stratégies, relier les savoirs

Ici, des liens sont établis clairement avec les domaines du socle commun. Enfin ! L’enseignement de la langue est bien considéré désormais comme se justifiant en interaction avec d’autres domaines et compétences. En effet, il me semble tout à fait pertinent de considérer l’enseignement de la langue vivante en lien avec les autres savoirs : pris isolément, l’enseignement de la langue perd de son sens et touche vite aux limites du découpage disciplinaire habituel. L’interdisciplinarité est bien inscrite dans le programme.

Nous sommes à ce titre encouragés à mettre en lien les enseignements des différentes langues (français, langues vivantes et régionales) : elles font partie d’un tout appelé « éducation langagière générale ». Il s’agit de travailler à construire la complémentarité entre toutes ces langues. Elle ne doivent plus être considérées comme concurrentes, bien au contraire. Leur complémentarité doit nous permettre de consolider les apprentissages respectifs de chacune d’entre elles. Contrairement à une pensée souvent présentée comme évidente qui présente comme logique la priorité chronologique à la consolidation des acquis de la langue maternelle avant d’aborder les langues étrangères, le développement de cette complémentarité linguistique doit nous permettre d’améliorer les acquis des élèves dans toutes les langues qu’ils abordent au collège.

Mais la construction de cette complémentarité ainsi que la mise en œuvre des liens interdisciplinaires mentionnés ne seront pas simples. Ils représentent un véritable défi pédagogique, passionnant, ambitieux et qui nécessitera pour leur bonne réalisation formation, évolution des pratiques, temps de concertation... autant de conditions qui ne sont à ce jour pas encore réunies. Notre ambition est bien de tout mettre en œuvre pour qu’elles deviennent réalité.

Yannick Bineau
Professeur d’anglais en collège

La consultation sur les programmes de collège est ouverte sur le site mis en place par le ministère de l’Éducation nationale.

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