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Projet interdisciplinaire

Le « déclic » de la créativité

Véronique Garczynska

12 avril 2016

Comment développer la créativité des élèves, leur apprendre à entreprendre, les amener à devenir acteurs de leur vie en combattant le pessimisme ambiant ? Le programme Déclic cherche à relever le défi, invite les élèves à se confronter à un problème qui les touche pour lui trouver une solution innovante. Et est une source d’inspiration pour les EPI.


Ce projet est né de deux constats. J’ai été toujours surprise par la créativité de mes élèves dès lors qu’ils étaient engagés dans un projet qui avait du sens pour eux. Par exemple, pour sensibiliser des collégiens aux concepts du développement durable, un groupe d’élèves de terminale a inventé un jeu pour retracer le nombre de kilomètres parcourus par un tee-shirt à travers le monde, du champ de coton à sa «  fin de vie  ». Cette créativité souvent insoupçonnée et peu mise en valeur dans nos enseignements ne demande qu’à être révélée.

Le deuxième constat a été le pessimisme de ces mêmes élèves face à une société en crise systémique (financière, sociale, politique, écologique). Il me semble indispensable que l’enseignant montre aux élèves que ces problèmes sont autant de défis à relever et que leur génération peut être actrice de changement. Mais il faut pour cela être inspiré par des exemples positifs.

Initiatives en vidéo et en live

La première partie du programme consiste à projeter une sélection de vidéos d’initiatives qui ont répondu à un problème concret. Par exemple l’invention de «  lunettes universelles  » qui peuvent répondre à plus de 90 % des problèmes de vision du milliard de personnes qui, dans le monde, n’ont pas accès aux lunettes, et cela pour 2 à 5 euros. Le développement de spectacles de Clowns sans frontières pour apporter le rire et la vie dans les camps de réfugiés. La colocation entre étudiants et personnes âgées pour créer du lien intergénérationnel et répondre aux problèmes de ressources et de logement.

Ces vidéos très courtes (disponibles sur des sites de reportages présentant des pionniers ou des innovations qui changent le monde) couvrent différentes thématiques : environnement, santé, lien social… Elles vont faire l’objet d’un vote avec des papiers de couleur. Les élèves vont choisir individuellement en fonction de critères prédéterminés leur initiative favorite. L’objectif est double, il permet de montrer que certains, en France comme à l’autre bout du monde, sans avoir fait de grandes écoles, ont pu donner une réponse innovante à un problème concret qui les touchait. Cela ouvre des horizons aux jeunes. Par ailleurs, le débat après le vote des élèves permet de voir qu’il n’y a pas une bonne réponse, une initiative meilleure qu’une autre. Les échanges sont riches et source d’écoute et de respect du ressenti et de la parole des autres.

La 2e étape consiste en une rencontre avec un entrepreneur. Comme les vidéos, ce témoignage d’un homme ou d’une femme qui s’est engagé sous une forme ou une autre pour répondre à une problématique précise et qui a donné du sens à son activité professionnelle est source d’inspiration. Les élèves s’interrogent : «  C’est possible, pourquoi pas moi ?  » Le temps de questions-réponses permet de montrer que les difficultés et les erreurs peuvent permettre de progresser. Les élèves voient la valeur de l’effort et de la persévérance. Ces échanges permettent de lever des obstacles, ils sont sources de confiance en l’avenir et ouvrent des perspectives dans leurs parcours d’orientation. Les fondateurs de Babyloan, plateforme de microcrédit solidaire, de ANDES, réseau d’épiceries solidaires, de Kinomé, entreprise sociale qui fait de l’arbre une solution pour le développement, de Un par Un qui retisse du lien social le temps d’un café, sont, par exemple, venus rencontrer les élèves durant une heure.

S’échauffer à la créativité

La troisième étape consiste, en petit groupe, en un travail de recherche de solutions innovantes pour répondre à un problème concret qui concerne les jeunes. Après avoir fait des petits exercices d’échauffement à la créativité, les élèves par groupe de quatre à cinq vont déterminer à l’aide d’un processus par étapes, un problème qui les touche, si besoin dans une thématique décidée par l’enseignant. Ils vont ensuite chercher une solution innovante pour relever ce défi et préparer une présentation originale de leur solution au reste de la classe.

Par exemple, un groupe d’élèves a cherché à résoudre un problème de déjeuner : la cantine du lycée étant surchargée et relativement chère, les restaurations rapides à l‘extérieur peu équilibrées et aussi coûteuses, ils ont imaginé rechercher dans le quartier des familles ou personnes isolées qui souhaiteraient partager leur repas occasionnellement ou régulièrement. Ils ont souhaité créer un réseau de partage de repas à proximité du lycée. Le fait que les élèves travaillent sur des questions qui les concernent permet de mobiliser leur motivation et de donner du sens à leur travail. Avant de chercher une solution innovante, les élèves vont travailler sur la problématique afin de prendre conscience de leurs représentations à l’aide du photo langage et construire ensemble une carte heuristique afin de faire un tour d’horizon de la question posée (par exemple, le lien intergénérationnel). Ce temps de travail est important car il permet d’accepter la diversité de nos points de vue et de nos connaissances, il développe l’empathie et concourt à l’élaboration d’une réflexion commune.

Pour trouver des solutions innovantes, ils vont utiliser à l’aide de post-it un processus rigoureux de créativité passant de la pensée divergente (capacité à trouver de nombreuses réponses à l’aide de techniques de production d’idées) à la pensée convergente (afin de choisir la solution la plus pertinente).

La mobilisation de la pensée divergente permet voir les choses avec un regard différent de l’habitude ou des conventions scolaires. En développant la capacité à imaginer un grand nombre de solutions à un même problème ou une même question et à adopter plusieurs points de vue dans une situation donnée, elle incite à ne pas penser seulement de manière linéaire mais en faisant des connexions, des arborescences, des liens entre des idées qui n’en ont pas a priori.

Travailler autrement

Déclic permet de faire travailler les élèves autrement et de révéler chez certains de réelles compétences de créativité. C’est souvent le cas chez des élèves parfois en échec car ayant du mal à rentrer dans le moule de nos exigences académiques. Certains ont beaucoup de fierté à présenter leur idée à l’ensemble de la classe.

Ce programme a pour but d’inspirer les élèves et de leur donner confiance en leur capacité à être acteurs de leur vie. Pour cela, il faut engager les élèves dans des projets, les confronter à des problèmes réels qui suscitent leur intérêt et leur motivation à rechercher des solutions innovantes. Le travail mis en œuvre, notamment en classe entière comme en petit groupe, permet de développer des attitudes individuelles et collectives de travail collaboratif, d’autonomie et d’ouverture (à la prise de risque comme à ses émotions). Apprendre à faire confiance, construire sur les idées des autres, découvrir et comparer permet de développer l’esprit critique et d’exercer une intelligence collective.

Le programme peut être développé dans le cadre d’un EPI (enseignement pratique interdisciplinaire), il développe des compétences transversales du socle commun et permet d’aborder différemment les savoirs. Les programmes de collège des différentes disciplines étudient des problématiques économiques, sociales et environnementales et de nombreux croisements sont envisageables. L’essentiel est de s’approprier ce dispositif Déclic en fonction de l’EPI choisi, des disciplines engagées, de ses élèves et de ses objectifs pédagogiques.

L’évaluation d’un tel dispositif est multiple. Durant la démarche de projet, elle est formative et peut même être, en grande partie, une auto-évaluation. Ainsi, lors des différentes étapes les élèves proposent des solutions et doivent les évaluer afin d’en sélectionner une. Cela permet de préciser pour chacune d’elles, ce qui en fait la valeur et ce qui pose problème. Le dispositif contient de la méta cognition, c’est-à-dire le fait d’amener l’élève à prendre conscience des stratégies et processus qu’il met en œuvre.
La production finale (exposition, conférence, rencontre, vidéo, prototype…), réalisée par les élèves fera l’objet d’une évaluation sommative. Un grand nombre de compétences du socle commun peuvent ainsi être évaluées.

Véronique Garczynska
Professeure de Sciences économiques et sociales

Une fiche pratique pour les EPI ainsi qu’un kit pédagogique et un modèle de diaporama sont à la disposition des enseignants qui souhaitent le mettre en œuvre, sur le site www.explorationpedagogique.com.

Fiche de présentation à télécharger :

PDF - 738.5 ko

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