Accueil > L’actualité vue par le CRAP > La formation continue en établissement


L’actualité de la recherche - n° 513

La formation continue en établissement

Annie Feyfant

29 avril 2014

Tout au long de leur carrière, les enseignants s’interrogent sur leur posture, les situations d’apprentissages proposées aux élèves, leur gestion de la classe, l’évaluation, etc. Cependant, réfléchir sur sa pratique ne suffit pas.


L’analyse de l’activité professionnelle des enseignants, la prise en compte de l’acteur, du collectif de travail, l’environnement institutionnel et le contexte organisationnel sont autant d’éléments utiles pour comprendre, organiser et améliorer la formation in situ des enseignants.

Se former dans l’établissement, c’est travailler et se former avec les autres

L’autonomie de l’enseignant ne doit pas occulter les bénéfices avérés d’un travail collaboratif. Venant des États-Unis, l’idée de communauté de pratiques (ou communauté d’apprentissage, communauté d’intérêts, communauté stratégique) fait son chemin dans le monde francophone. On en attend une plus grande performance de l’établissement scolaire et la préoccupation collective du «  comment les élèves apprennent-ils ?  », plutôt que du «  que voulons-nous enseigner ?  ». Cela conduit à des ajustements des pratiques collectives, au quotidien. Les modalités d’apprentissage du métier oscillent entre des phases de reproduction dans lesquelles le novice s’inspire de l’activité du tuteur et des phases de transformation, plus créatives et permettant d’acquérir une expertise. Pour que l’espace de travail soit source d’apprentissage, il faut également que l’enseignant ait le sentiment d’être dans un environnement indulgent et d’avoir la possibilité de partager ses erreurs et ses difficultés. Voilà qui évitera d’ailleurs les démissions des premières semaines.

Les stratégies gagnantes pour les enseignants

Le concept de communauté d’apprentissage se décline selon trois dimensions : elle est d’abord cognitive, puisqu’on y apprend, seul ou en collectif, à développer des pratiques, à construire du sens. Elle est également affective, par le partage et le soutien que l’on y trouve. Elle est aussi idéologique, avec des enseignants ouverts à la communauté éducative, producteurs de savoirs et d’objets produits par la communauté d’apprentissage, ou tendus vers une meilleure cohésion de l’école.

On y élabore des stratégies : conception de plans de formation continue axés sur l’évolution des pratiques enseignantes, avec comme priorité la réussite des élèves ; orientation de plans de développement professionnel sur des thèmes communs ; construction de nouvelles situations d’apprentissage ; évaluation annuelle des progrès par rapport aux objectifs ; incitation des enseignants à envisager et évaluer leur développement professionnel sur le long terme.

Assumer et assurer son développement professionnel au quotidien

Les chercheurs travaillant sur l’analyse de l’activité en classe peuvent aider les enseignants à verbaliser les éléments d’apprentissage informel, les expériences vécues, même s’il leur est parfois difficile d’assumer leur rôle d’apprenant, la formation risquant d’être interprétée comme un signe d’incompétence. Il s’agit en tout cas de transformer en situations formatrices les dilemmes ou conflits qui sont souvent la résultante de distorsion entre trois éléments : les actions (s’adapter à une situation), les représentations (sentiment de bien faire) et les préconisations (protocoles).

Lors de séances d’autoconfrontation, de confrontations croisées, l’enseignant va analyser sa pratique, va la confronter à l’expérience de collègues, au regard des chercheurs, des formateurs, toutes ces analyses facilitant la conservation de techniques professionnelles, de situations d’enseignement, réutilisables en formation.
Comme Yves Clot le souligne, la difficulté réside dans l’acceptation du regard des autres sur sa pratique, alors même que cette alternance novices-expérimentés-chercheurs favorise la construction d’une culture professionnelle commune, issue de confrontations et de controverses.

L’analyse de l’activité en situation de travail présente l’avantage d’adapter localement les dispositifs de formation, pour peu que soit mis en place un accompagnement fort des enseignants. Les premiers résultats observés montrent l’apport indéniable de dispositifs de formation hybrides, mêlant pratiques académiques et pratiques innovantes.

Annie Feyfant
Chargée d’études, service Veille et analyses à l’IFÉ-ENS de Lyon


Pour en savoir plus
Annie Feyfant, «  L’établissement scolaire, espace de travail et de formation des enseignants ?  », dossier de veille de l’IFÉ, n° 87, http://ife.ens-lyon.fr/vst/DA-Veille/87-novembre-2013.pdf

Sur la librairie

 

Quelle éducation laïque à la morale ?
Que s’agit-il d’enseigner, pour ce qui ne peut se réduire à une discipline scolaire ? Dans quel objectif, entre pacification des relations et formation du jugement moral ? Qui pour le faire, dans quel cadre ? Bien des questions, et ce dossier ose dès maintenant des réponses, dans la conviction que nous touchons là à un rôle fondamental de l’école.