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L’actualité du n° 512 - Quel cinéma !

« J’ai toujours été plus compréhensive avec les enfants qui bougent »

Entretien avec Catherine Chabrun

24 mars 2014

Aujourd’hui rédactrice en chef du Nouvel Éducateur et responsable du secteur des droits de l’enfant à l’ICEM-Freinet, retrace son parcours professionnel et associatif qui ressemble à un chemin modèle pour les militants d’un mouvement pédagogique. Mais ne lui dites pas qu’elle est un modèle, elle éclaterait de rire. Parce que l’engagement, la permanence au long des années, elle semble faire cela comme elle respire : sans y prendre garde et comme une nécessité vitale.


« C’était en cours préparatoire. Je me souviens que l’on était installés selon notre classement, le premier devant, le deuxième à côté de lui, le troisième derrière. Je revois ma maitresse en train de disputer l’élève derrière moi et je me fais punir très fort parce que je me suis retournée.  » On ne peut pas dire que ses premiers souvenirs d’école ont laissé à Catherine Chabrun un gout de paradis.
Un parfum d’enfer serait plus juste : «  Un jour, à 6 ans, alors que j’étais allée faire pipi et que j’avais remonté les escaliers à quatre pattes, comme le font souvent les enfants, je me suis retrouvée à me balader dans toute l’école avec une pancarte autour du cou : "Je suis un chien".  » Voilà qui immunise en tout cas pour toujours contre la tentation de la nostalgie, et qui donnerait même une motivation suffisante pour faire disparaitre cette école-là.

C’est peut-être ce à quoi Catherine Chabrun s’est employée par la suite, même si son statut de bonne élève, «  mais pas très facile  », l’a protégée alors. Une élève déjà curieuse en tout cas, déjà attirée par la lecture : « Je me souviens du gros livre posé sur l’armoire, Les Contes de Grimm. "Je le descendrai quand tu sauras lire", m’avait dit maman. En décembre j’avais appris à lire. Avec la méthode globale…  », précise-t-elle avec un petit sourire.

De l’école à la classe

«  L’élève que j’étais n’a pas trop souffert de l’école, mais l’enfant oui. Je pense que j’ai toujours été plus compréhensive avec les enfants qui bougent.  » Et de bouger, Catherine Chabrun n’allait pas s’arrêter : «  Ensuite je suis passée par la fac, en sciences éco. Puis j’ai travaillé, j’ai fait divers boulots, vendeuse dans des grands magasins, aide-ébéniste, comptable. Puis j’ai repris mes études. J’avais le projet d’entrer dans une école de statistiques. Seulement, il fallait que je continue de travailler pour me loger. L’académie de Versailles recrutait. On m’a rassurée : "Il suffit que tu dises que tu aimes les enfants."  » Et cela a marché puisqu’elle est rentrée à l’Éducation nationale comme suppléante, et qu’elle n’en est jamais sortie. Des débuts sans formation, où l’on enseigne comme on a appris, deux jours ici, trois jours là, à finalement discerner très vite les endroits où ça marchait ou ne marchait pas bien, les enfants qui réussissaient et les autres. Malgré un sentiment désagréable de mal faire son travail (« je voyais que je ne travaillais que pour ceux qui savaient déjà  »), Catherine Chabrun sentait que ce métier-là était le bon : «  Je n’avais jamais eu de meilleur travail, et même, ayant connu la besogne, je n’avais pas l’impression de travailler. Je changeais souvent d’endroit, j’apprenais partout, je ne connaissais jamais la routine et en plus, je me retrouvais tous les matins devant des yeux qui pétillaient. Et ça, c’était tellement vitalisant.  » Petit à petit, elle abandonne la fac. Elle commence à lire La classe pour tenter de comprendre, de faire mieux.

De la classe à l’ICEM-Freinet

«  Finalement, la clé, ce fut de ne pas être formée. Je faisais un journal de bord, pas des fiches de préparation. J’avais un plan de travail. Pour autant, je n’ai jamais été sanctionnée en inspection. J’ai passé le certificat d’aptitude pédagogique en candidat libre. Je suis tombée sur un texte de Francine Best : ça a dû me plaire, j’ai eu une bonne note.  »

Freinet, elle l’a rencontré par la revue Le Nouvel Éducateur dont elle s’occupe encore aujourd’hui. On peut même dire qu’elle est tombée dedans, puisqu’elle a alors acheté tous les écrits de Freinet, beaucoup commandé à l’ICEM, est entrée en 1992 dans le mouvement. Et puis est devenue militante d’un coup : elle a rejoint le groupe de travail pour la production d’outils pour la classe, le secteur des droits de l’enfant, puis, rapidement, le conseil d’administration, et elle est devenue secrétaire générale, puis présidente. «  Comme le dit Prévert, "je ne fais pas les choses à moitié". Je ne sais pas faire autrement. Mon militantisme est lié au fait que je veux que l’ICEM soit visible, s’ouvre largement, rayonne. Depuis dix ans que je suis au niveau national, j’essaye d’être présente le plus possible, dans les groupes de travail du collectif des associations partenaires de l’école par exemple, comme les grandes associations. Prendre une place, par le travail et par l’engagement.  »

Son moteur ? L’optimisme : «  Je pense toujours que c’est possible, qu’on va y arriver. Je ne suis jamais assez déçue pour baisser les bras.  » Et cet optimisme, lui aussi il rayonne.

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Un dossier pour aborder le cinéma d’une part comme un objet culturel, support d’apprentissages, élément d’un patrimoine à partager, apprécié largement, mais abordé selon des modalités socialement différenciées ; d’autre part comme une pratique très accessible à l’ère du smartphone, occasion de développer des compétences.