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Recension parue dans le N° 370 de janvier 1999

Éducation à l’orientation au collège

Coordonné par Francine Grosbras. Hachette-éducation et CNDP, Ressources formation, 1998

18 janvier 1999


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Dans cet ouvrage collectif, chercheurs, formateurs et responsables institutionnels précisent l’esprit des textes officiels et font vivre le concept "d’éducation à l’orientation au collège".

On trouve notamment :
- Une approche historique de différents modèles de l’orientation depuis le modèle médico-psychologique du début du siècle, puis le modèle formatif des années cinquante jusqu’au modèle de l’orientation-projet. Le conseiller devient "éducateur de l’intentionnalité". On voit apparaître sur le plan pédagogique des méthodes systématisées d’éducation à l’orientation (appelées éducation des choix). On parle d’orientation tout au long de la vie dans une société en mutation.

Jean Guichard, directeur de l’INETOP, définit le rôle que peuvent prendre les différents partenaires dans ce qu’il appelle "l’éducation à la carrière.". Le conseiller d’orientation y contribue de trois manières : en tant que psychologue, en tant que pédagogue et en tant qu’analyste du système. Il a un rôle de médiation, ce qui exige un lourd investissement.

Françoise Bariaud et Hector Rodriguez-Tomé situent la démarche d’éducation à l’orientation au regard des évolutions de l’adolescence. Ils soulignent que la nouveauté apportée par cette démarche concerne l’implication officielle demandée aux enseignants dans la connaissance de soi. Ils mettent en garde contre l’usage de livrets dont l’efficacité n’a pas toujours eu le temps d’être prouvée. La mise en garde porte aussi sur les dérives possibles qui constitueraient des risques d’atteinte à l’identité personnelle.

Ils concluent en évoquant la situation des élèves en échec scolaire à qui on demande plutôt un choix alors qu’ils sont moins adaptés aux exigences de l’institution. Ils soulèvent la question de savoir si derrière la notion de choix il n’y aurait pas une certaine perversité du système.

René Mabit fait part des conclusions d’un groupe de prospective sur les évolutions possibles de l’emploi dans les prochaines années : quatre scénarios sont proposés. Pour l’auteur, il est nécessaire de donner une reconnaissance sociale aux savoirs professionnels, tout en valorisant culture et créativité à travers la formation permanente. En cela la méthode même de transmission du savoir est en cause pour répondre aux besoins de demain.

Cette approche du monde du travail est complétée par l’étude menée par Bernadette Dumora sur le regard des collégiens sur le monde professionnel. De la 6e à la 3e, on passe d’un discours du vouloir à celui du pouvoir. Le développement se fait de l’incantatoire vers l’opératoire, de la pensée magique vers la pensée probabiliste. Le problème qui subsiste est celui des élèves en échec qui doivent renoncer aux préférences professionnelles prestigieuses et narcissiques et qui doivent renoncer aux filières scolaires et aux perspectives d’orientations valorisées qu’ils désirent.

Ce qui amène à dire, s’orienter est donc autant une affaire de renoncement et de résignation que de choix et de projet. Les incantations telles que " devenir sujet", "devenir acteur de son orientation" ne peuvent suffire. Les renoncements imposés ne sont pas forcément vécus de façon dramatique. Une étude longitudinale permet de repérer une réduction progressive de la dissonance grâce à la rationalisation qui permet une modification des systèmes de valeurs et une restauration de l’image de soi. Ainsi l’adolescent modèle son appréciation du monde professionnel en fonction de l’orientation qu’il estime probable pour lui. L’opinion sur les filières de formation évolue dans le même sens.

Ce qui ressort de cet ensemble de contributions, c’est que l’EAO ne peut être qu’une uvre collective qui nécessite au sein de l’établissement l’élaboration d’objectifs communs et une réflexion sur l’évaluation. L’émergence de spécialiste, tout comme la "scolarisation" de l’EAO sont à proscrire. L’EAO peut être intégrée dans l’action pédagogique et éducative, la dimension orientation pouvant faire partie de l’action quotidienne. Des temps spécifiques permettent l’apport de contenus ne trouvant pas place dans le cadre des disciplines, ces temps permettent aussi un travail de synthèse nécessaire à la cohérence des apports.

Ce livre synthèse devrait être mis entre les mains de ceux qui souhaitent s’engager ou qui sont déjà engagés dans une démarche EAO.

Dominique Marchand


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