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Nouveaux programmes

EPS : la question de la culture de référence encore posée

Jérôme Rivoire

18 mai 2015

Les nouveaux programmes d’Éducation physique et sportive des cycles 3 et 4 proposent un certain nombre de ruptures sur le fond et la forme avec les programmes de 2008. Ces textes font ressurgir parmi les professionnels des oppositions qui ne sont pas sans rappeler les conflits des années 90. Pour autant, y-a-t-il d’autres axes de réflexion ? Tentative de décryptage.


Des exemples de ce qui change concrètement et de ce qui pose questions

Le passage d’une EPS organisée par quatre compétences propres à une EPS structurée par des groupements d’Activités physiques sportives et artistiques (APSA).

Si les compétences propres des programmes de 2008 étaient souvent critiquées, notamment au niveau théorique, celles-ci avaient au moins le mérite de permettre à chaque élève de parcourir des « grands champs d’expériences culturelles » comme « se déplacer en s’adaptant à des environnements variés et incertains », mais aussi, pour les équipes, d’organiser et de programmer des APSA sur des durées suffisantes de pratique.

Aujourd’hui, qu’en est-il ? Au cycle 3, il s’agira sur les trois années de valider sept compétences disciplinaires et une compétence interdisciplinaire. Au niveau du cycle 4, nous devrons sur l’ensemble des trois années, programmer huit groupes d’APSA. De même, les programmes de 2008 organisaient la progressivité des apprentissages vis-à-vis de deux niveaux de compétences à atteindre dans les APSA choisies. Il nous est proposé aujourd’hui des repères, certainement à clarifier, puisque les niveaux « découverte » et « approfondissement » constitueraient alors les points de référence. Ces modifications importantes se situent dans la droite ligne de la réforme du collège qui accorde une marge de manœuvre accrue laissée aux équipes pour établir un programme local équilibré.

Cependant, des questions peuvent se poser quand à l’unité et la cohérence entre les différents établissements dans les programmations qui vont être élaborées, les moyens des collèges gouvernant bien trop souvent le choix des activités. De même au cycle 3, ces nouveaux programmes renforcent le travail d’équipe entre écoles et collèges pour instiller une continuité dans les apprentissages, mais la communication et la volonté de travailler ensemble seront-ils au rendez-vous ? Est-il réaliste et souhaitable que les élèves « visitent » 8 compétences sur 3 années ? L’éternel débutant serait-il de retour ?

La question de la culture de référence.

Sur le fond, on peut aussi s’interroger sur « un retour en force » des APSA comme références uniques à l’élaboration des futures programmations en cycle 4. Pourquoi alors cette incohérence entre cycle 3 et cycle 4 ? Pourquoi des programmes organisés par rapport à des compétences à atteindre (cycle 3) puis par rapport à des groupes d’activités liés à des compétences (cycle 4) ?

Ici se pose alors la question de la culture de référence de l’EPS puisque seule l’étude « stricto sensu » des activités physiques, sportives (surtout ?) et artistiques semble être promue de la 5ème à la 3ème. Qu’en est-il alors de la nécessaire distance à créer avec ces activités à laquelle nous invitaient les derniers textes en proposant « des pratiques scolaires issues des pratiques sociales » ? L’accès « à une culture raisonnée, critique et réfléchie des APSA » pour les élèves est-il toujours possible ? Nous pouvons alors nous interroger sur ce palier théorique et culturel franchi par les concepteurs des programmes. Nombre de collègues attendaient des programmes novateurs en cycle 4 organisés autour et pour l’acquisition de savoirs, voire l’étude « d’objets d’enseignement » en lien avec des mobiles d’agir.

Nombre de collègues attendaient un renforcement de la notion de « forme de pratique scolaire » apparue dans les derniers textes du lycée professionnel en 2009 appuyés en cela par les travaux de groupes de réflexion comme le CEDREPS (1). Nombre de collègues attendaient des programmes des cycles 3 et 4 un renforcement, une clarification et une continuité de la notion de compétence et de ses « attributs ». Pourtant, quid des situations complexes mises en avant dans les programmes de cycles 3 et non du cycle 4 ? Quid aussi des versants méthodologiques et sociales inhérents à chaque compétence attendue des programmes de 2008 ? Les liens avec le socle commun sont-ils si explicites que cela pour l’ensemble des collègues ?

Deux cycles, deux finalités mais une discipline ?

Enfin, on peut se questionner encore une fois sur la cohérence proposée dans ces programmes au niveau des finalités de la discipline. Au cycle 3, l’EPS (comme affiché dans les programmes de 2008) doit former « un citoyen, cultivé, lucide, autonome, physiquement et socialement éduqué », alors qu’au cycle 4, il ne s’agirait plus que de garantir « à chacun l’accès à une culture sportive et artistique raisonnée participant à une culture universelle ». Certes, la transmission culturelle fait partie intégrante de l’ADN de la discipline mais la finalité et les trois objectifs des anciens programmes et des propositions pour le cycle 3, ne participent-ils pas d’une façon optimale et unanime à délimiter les contours de l’identité de l’EPS ?

Propositions

Ces quelques exemples illustrent encore une fois la difficulté pour notre discipline à faire preuve d’unité et de cohérence dans ses propositions. L’unité et la cohérence devraient pourtant constituer des principes directeurs et objectifs dans l’élaboration des programmes, principes qui pourraient permettre la prise en compte des différentes sensibilités de notre discipline. Au regard de ces principes, voici quelques réponses que nous pourrions apporter à la consultation sur les propositions de programmes :

- Plus d’unité et de cohérence au niveau des finalités.

- Plus d’unité et de cohérence dans l’organisation des programmes en proposant un choix plus restreint d’expériences culturelles motrices à vivre pour les élèves pour permettre des durées de pratique réalistes et de véritables apprentissages.

- Plus d’unité et de cohérence en précisant les niveaux de compétences attendus et en s’interrogeant sur les libellés de celles-ci.

- Plus d’unité et de cohérence en mettant en avant les notions de situations complexes, de formes de pratiques scolaires, liées à l’étude de savoirs bien identifiés.

- Plus d’unité et de cohérence en réinterrogeant la place et le rôle des APSA dans ces programmes, donc de la culture de référence de la discipline.

Ces options sont développées par le CEDREPS (Collectif d’étude disciplinaire pour le renouvellement de l’enseignement de l’EPS), un des groupes ressources de l’AEEPS (Association pour l’enseignement de l’EPS). Vous pouvez retrouver celles-ci sur le site de l’AEEPS.

Pour alimenter votre propre réflexion, vous pouvez aussi consulter les sites syndicaux du SE-Unsa et du Snep-FSU.

Jérome Rivoire
Enseignant d’EPS, collège Saint Louis de la Guillotière, Lyon. Formateur au CEPEC (Centre d’études pédagogiques pour l’expérimentation et le conseil) de Lyon

La consultation sur les programmes de collège est ouverte sur le site mis en place par le ministère de l’Éducation nationale.