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Éducation à l’environnement

Ce que nous demande Nicolas Hulot

Sylvain Connac

29 août 2018

Au lendemain de la démission de Nicolas Hulot du gouvernement, quelles possibilités d’action pour les enseignants et les éducateurs ? Quelle peut être leur participation à la cause environnementale, dans les contenus comme dans les pratiques et la prise de conscience de l’urgence par les futurs citoyens ?


Nicolas Hulot vient de quitter le gouvernement. Outre les analyses politiciennes qui pourront être tirées de cet évènement, son geste, autant douloureux humainement que triste sur ce qu’il dit des réalités du pouvoir, soulève des questions d’avenir qui innervent jusqu’aux problématiques éducatives. Cette démission souligne indéniablement l’impossibilité d’un seul homme à pouvoir lutter de manière efficace contre les lobbyings de la consommation et de la recherche des intérêts particuliers.

En conséquence, si la protection de l’environnement passe par l’association de plusieurs ministères, collectifs et corps de métiers, que peuvent faire les acteurs de l’éducation pour apporter leur pierre à l’édifice ? Quelle peut être la tâche des éducateurs à cette tentative vertueuse de construction de modes de vie soucieux de notre maison commune ? En quoi la pédagogie peut former les adultes de demain à ne pas reproduire ce qui empêche ceux d’aujourd’hui à prioriser l’intérêt collectif sur les bénéfices et libertés individuelles ?

Le premier levier de l’éducation est la formation des consciences. Puisqu’éduquer est accompagner la jeunesse vers la maitrise de la culture, l’urgence de la situation climatique impose que soient considérés comme culture les enjeux écologiques.

Programmes et pédagogie de projet

On pensera tout d’abord à un enrichissement des programmes d’enseignement pour qu’ils englobent, au sein de chaque discipline, des savoirs spécifiques visant à la sensibilisation des élèves. La maitrise de contenus sur l’écologie représente la meilleure garantie que chaque enfant, chaque adolescent puis chaque adulte, se les étant appropriés, puisse voir le monde avec le prisme du souci des énergies et de la limitation des pollutions. Sans eux, l’école forme une jeunesse aveugle à ces enjeux qui, une fois insérée dans l’univers de la concurrence, ne dispose d’aucune limite à ses volontés d’expansion.

On dispose ensuite de pratiques pédagogiques connues et reconnues pour participer aux prises de consciences : les démarches de projet. Elles consistent dans ce cas à ce que des élèves, éveillés aux problématiques de protection des milieux, soient mobilisés pour concrètement agir à leurs façons et selon les moyens qu’ils possèdent. La plupart du temps, ces projets sont pensés et réalisés à plusieurs, c’est ce que l’on a l’habitude de désigner par « travail en équipe. »

Les travaux de Dominique Cottereau (entre autres) sont particulièrement cohérents et efficaces dès lors qu’il s’agit de motiver des enfants et des adolescents aux projets écologiques. Le réseau « Bâtisseurs de possibles » dispose quant à lui de ressources nombreuses pour accompagner enseignants et éducateurs dans la réalisation de démarches de projets avec leurs élèves.

Enfin, parce que les jeunes passent beaucoup de temps au cœur d’établissements scolaires, c’est la façon d’organiser leur travail d’apprentissages qui, indirectement, est en mesure d’en faire des êtres humains conscients de causes qui dépassent leur seule présence en classe. Pour cela, il s’agit de convoquer des pédagogies et des approches didactiques qui ne relèguent pas les élèves à recevoir des savoirs sous forme de vérités révélées, mais qui mobilisent leur participation pour qu’ils se les approprient à partir de questions qu’ils se posent intimement.

Coopération et autonomie

En d’autres termes, il s’agit d’activer des postures autonomes et responsables dans l’acte d’apprendre, c’est-à-dire pas systématiquement dépendantes des consignes transmises par les adultes. Les spécialistes de ces sujets utilisent l’expression de « rapport épistémique aux savoirs » pour signifier une logique de construction des apprentissages sous la forme de défis intellectuels que les élèves résolvent au sein de leur groupe de camarades et avec l’aide située de leurs enseignants.

Ces logiques pédagogiques conduisent également à investiguer les approches coopératives : celles-ci, en plus d’offrir aux élèves qui bloquent de pouvoir compter sur l’aide d’autres élèves, les encourage à fournir des efforts importants pour apprendre et ensuite transmettre ces savoirs acquis vers d’autres élèves. Cette double position d’entraide, qui consiste à recevoir et à donner, porte un nom : la réciprocité. Elle se décline diversement au sein d’une classe et est notamment expliquée par Claire et Marc Héber-Suffrin qui proposent l’organisation régulière de réseaux d’échanges réciproques de savoirs.

Si l’on répond ensemble au message envoyé par Nicolas Hulot pour prendre véritablement en considération à plusieurs l’urgence d’agir pour la planète, la participation du monde de l’éducation, en plus d’être souhaitable, est donc largement possible. Ce n’est pas une dynamique qui ne concerne que quelques élèves, choisis parmi les meilleurs. Au contraire, elle s’adresse à chacun des jeunes fréquentant nos écoles, y compris les plus fragiles et modestes. Il est même à prévoir que, d’ici quelques années, si l’Éducation nationale et ses partenaires parviennent à associer massivement les élèves français à cette cause impérieuse, ce sont d’autres défis éducatifs que nous parviendrons à résoudre, notamment celui de la réussite des élèves les plus éloignés de culture scolaire. Ou comment faire se rejoindre écologie et fraternité.

Sylvain Connac
Chercheur en sciences de l’éducation à l’université Paul Valéry de Montpellier


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