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Journée des droits de la femme

Bonne fête, les filles !

Commençons par le commencement. Les droits des femmes ne vont pas naitre par magie et ce ne sont pas "les autres" qui vont s’y coller. Non, tout commence à l’école, dès la maternelle, puis dans la cour de récréaction, ensuite au moment de l’orientation et se rejoue encore chez nos enfants devenus jeunes adultes. Alors les filles, vos droits, on en parle ?

Deux extraits de textes parus ou à paraitre dans les Cahiers pédagogiques situeront le propos et engageront à aller voir plus loin.

La place des filles

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N° 501 Quand la classe est difficile (Coordonné par Xavier Dejemeppe et Alexandra Rayzal) - décembre 2012

Les stéréotypes sexistes contribuent avec force à tendre les relations dans la classe : ils véhiculent une vision péjorative des filles comme des garçons, justifient des formes de domination des uns sur les autres. C’est une exigence démocratique que de les refuser.

La première semaine passée dans cette école à l’orée du périphérique est comme une semaine témoin, avec ce qu’il faut de caricature pour voir mieux les problèmes qui s’y posent.

Dans la cour, les filles servent de cages de foot : elles y sont postées debout, comme des quilles, et doivent lever les bras en poussant des petits huhus lorsque les garçons de « leur » équipe marquent un but. Quand on leur demande ce qu’elles font là et si elles ont choisi d’y être, leur réponse dépend de celles et ceux qui les entourent : si un garçon les surveille, elles répondent par des petits sourires gênés, disent oui oui et retournent à leur poste. Si on insiste un peu en les écartant du groupe, elles finissent par admettre qu’elles sont là sous contrainte, qu’elles voudraient jouer ailleurs mais qu’elles ont peur de partir parce qu’elles risquent de se faire taper dessus. Il a fallu garder les cages en leur promettant une protection pour qu’elles acceptent de s’éloigner.

Dans les couloirs et dans le rang, les garçons poussent et doublent les filles sans qu’elles n’y trouvent rien à redire. Elles se laissent bousculer en souriant, s’effacent pour les laisser passer, et distribuent des bonbons aux garçons qui les entourent.
Certaines ont fini par admettre que les garçons leur demandaient ces bonbons. Qu’elles leur donnaient parce qu’ils les leur réclamaient, mais que ça ne les dérangeait pas, bien sûr – même si les garçons en question les insultent régulièrement ou se moquent d’elles dès qu’ils le peuvent.

Dans la classe, seuls les garçons prennent la parole – sans la demander. Ils occupent tout l’espace. Et lorsque les règles de la classe les empêchent de faire régner leur dictature, ils font des crises de colère, se roulent par terre, refusent insolemment de sortir et parfois s’agrippent au radiateur pour ne pas être exclus de la classe.
[...]

Dans ces conditions, quoi faire ?
D’abord essayer de préserver la place de ces filles silencieuses : ne pas laisser les garçons intervenir à tort et à travers, quitte à les exclure de la classe s’ils ne sont pas capables d’en respecter les règles.
Essayer de porter toujours un regard bienveillant sur tous. Faire de la loi « On ne se moque pas » un des pivots de la vie de la classe.
Proposer des institutions dans lesquelles les filles pourront trouver une place, d’où enfin elles feront entendre leur voix. A ce propos il est assez surprenant de voir comment elles ont investi le Quoi de neuf ? Elles sont pour l’instant les seules à s’y inscrire, et dans ce cadre existent vraiment pour la classe. Elles y prennent la parole en toute sécurité. Par ailleurs elles ont toutes demandé un métier, et sont nombreuses à proposer régulièrement des améliorations ou des idées pour la classe au Conseil – même si elles y demandent beaucoup moins la parole que les garçons, elles inscrivent leurs remarques sur le cahier destiné à cet effet.[...]

Charlotte Lacroix
professeure des écoles à Paris

Un autre extrait, à découvrir dans le numéro 504 "Le sens de l’orientation", à paraitre fin mars :

L’orientation défie la mixité

[...] On observe certaines évolutions au niveau du cursus général et technologique, mais essentiellement du côté des filles qui investissent plus la série scientifique ou économique que la série littéraire, et choisissent plus fréquemment qu’avant les enseignements scientifiques ou technologiques en 2nde.

Dans les orientations vers le second cycle long général ou technologique, les filles sont sur-représentées dans les séries Littéraire, Economique et Social et dans les séries Sciences et technologies de la santé et du social, de la gestion, de laboratoire, et les garçons le sont dans les séries Scientifique et Sciences et technologies industrielles. Cette sexuation de l’orientation se prolonge logiquement dans toutes les filières post-bac. Même si la part des filles dans les écoles d’ingénieurs est en augmentation (27.5%), leur présence est encore minoritaire et contrairement aux garçons, nombre de bachelières S ne poursuivent pas dans les cursus scientifiques après le bac.

Par ailleurs, dans les domaines où les étudiantes sont devenues majoritaires, par exemple le droit et la médecine, la ségrégation s’observe au sein de ces domaines, en termes de spécialisations professionnelles et de type d’exercice professionnel.

Quand on considère que la division sexuée de l’orientation et du travail fait problème, on affirme généralement qu’il est le fait des filles et des femmes qui, dit-on, ne diversifient pas assez leur choix notamment vers les filières et les métiers scientifiques et techniques industriels. C’est oublier que les garçons sont encore plus résistants à s’engager dans les filières et professions dites « féminines ». Les garçons comme les filles ont à la fois des choix de prédilection mais surtout ils/elles désertent de manière spécifique, des champs entiers de savoirs et de compétences : ce qui attirent les unes, repoussent les autres, et réciproquement.

Ainsi, l’écrasante présence d’une des deux classes de sexe dans une filière de formation et partant d’une profession, est généralement due à son évitement par l’autre sexe. En se focalisant sur les « problèmes » d’orientation des filles on escamote l’analyse et l’interprétation des différences d’orientation entre les sexes en tant que produits du genre et des rapports sociaux de sexe qui affectent tout autant l’orientation des garçons.
[...]

Françoise Vouillot
Maitre de conférences en psychologie de l’orientation

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Photos Nicole Priou

Quelles autres lectures pour creuser le sujet et mettre en place des pratiques propres à faire avancer les choses ? Ceci par exemple :

***Filles-garçons en famille et à l’école : reproduction des inégalités ou éducation à l’égalité ?
Collectif, IREA-SGEN-CFDT, Le manuscrit, 2012

Un joli titre pour cet ouvrage qui présente les communications des trois tables rondes du colloque organisé par l’Iréa en juin 2011. Parmi les questions abordées : comment éviter la « reproduction des inégalités » ? comment empêcher le renforcement des préjugés ? D’abord en comprenant d’où viennent les idées reçues, en quoi l’école joue un rôle pour reproduire les inégalités et pourquoi la mixité n’est pas suffisante pour produire de l’égalité.

***Des livres de jeunesse contre le sexisme
Par Laurence Faron

Le sexisme n’a pas disparu de notre société, il n’a pas non plus disparu des livres de jeunesse. Les éditions Talents Hauts publient des livres qui se veulent aussi beaux et aussi prenants que d’autres, mais qui dénoncent, souvent avec humour, sexisme et racisme, qui sensibilisent avec délicatesse au débat, qui mettent en scène des contre-modèles.

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N°487 - Filles et garçons à l’école

(Coordonné par Isabelle Collet et Geneviève Pezeu) - février 2011