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Visite au musée

À la confluence des fleuves, des cultures et des savoirs

Nicole Bouin

18 juin 2015

C’est à la confluence du Rhône et de la Saône à Lyon qu’a été édifié un musée à l’architecture audacieuse et surprenante, qui se veut également à la confluence des civilisations et cultures, entre naissance de l’Homme et ouvertures modernistes vers le futur, musée à la fois anthropologique, ethnologique et artistique. Avec un souci pédagogique fort et une volonté de travailler de façon étroite avec les écoles, à tous niveaux d’enseignement. Rencontre avec des responsables pédagogiques.


«  C’est quoi les enfants une société ?
– C’est les points communs des gens qui vivent ensemble, répond un des élèves de CE2 qui entourent la médiatrice.
– Vous avez raison il y a des points communs qui caractérisent et différencient les cultures, mais dans toutes les cultures on organise, on échange et on crée, ce sont les trois parties de cette salle que nous allons explorer ensemble. »

Par binômes, ils cherchent dans les vitrines l’objet dont on leur a remis la photo, ils se déplacent et se prêtent au jeu pour mieux se reconcentrer sur le discours de la médiatrice qui va raconter l’histoire de l’objet en question.

Entrés par le socle de l’imposant édifice, les enfants ont fait escale au niveau du cristal, au pied du puits de gravité pour regarder autour d’eux et réfléchir à ce qu’est l’architecture. La rencontre d’une idée, d’une fonction et de matériaux, des formes symboliques et palpables. Ils sont invités à repérer les trois strates : le socle, le cristal et le nuage ; puis à décrire, transparent, opaque, arrondi, droit, pour interpréter : un diamant, une baleine, un vaisseau spatial…

On croise dans ce nuage en inox, entre les salles dédiées aux croyances et religions du monde, aux visions de l’au-delà, aux origines du vivant, aux récits du monde, aux espèces, à la maille du vivant, aux sociétés comme théâtre des hommes, des groupes d’enfants avec des sacs à dos colorés dans lesquels ils rangent des objets que les médiateurs leur confient.

L’originalité du musée réside dans son approche résolument transversale, à la confluence des disciplines : ethnographie, histoire, géographie, sciences et techniques, philosophie, paléoanthropologie, astrophysique, histoire des arts… N’importe quel enseignant, de n’importe quelle matière à n’importe quel niveau peut ici construire un projet interdisciplinaire motivant pour ses élèves.

Des objets distants de siècles ou de milliers de kilomètres, quand ce n’est pas les deux, se rencontrent, se télescopent et racontent l’homme comme la vitrine des minéraux qui fait face à la vitrine qui retrace l’histoire de la téléphonie. Les deux sont reliées par un fil invisible : nos téléphones fonctionnent grâce à des minéraux précieux qui viennent du bout du monde. Une robe de mariée en fibre optique a été réalisée sur un métier à tisser à l’ancienne, là encore rencontre improbable d’un matériau et d’un outil distants dans l’histoire des techniques. Des élèves de Seconde générale posent naïvement la question au médiateur, «  mais Monsieur comment on a pu vivre sans téléphone ?  » Ce n’est pas par hasard sûrement qu’ils se la posent ici, au milieu de la salle qui s’étale en demi cercle sous les mots «  organiser, échanger, créer  », le théâtre des hommes.

Dans le cabinet des curiosités les enfants sont agglutinés autour des vitrines comme des papillons fascinés par la lumière. Des chimères, des objets improbables qui surprennent leur jeune imagination, voisinent des animaux réels. La momie de chat frappe les esprits, repoussant l’un, attirant l’autre. Ils vont pouvoir échanger pour apprivoiser l’altérité, confronter leurs impressions. Cette jeune fille de 17 ans découvre que les dinosaures ont existé, contrairement aux licornes sous les yeux écarquillés de son voisin incrédule. Et si les licornes sont mythiques, cette corne est bien la défense d’un narval. Les apparences sont trompeuses, mythes et réalité tissent l’histoire de l’homme, de ses croyances et de ses savoirs, des relations complexes entre les deux.

De fait, plusieurs visions du monde cohabitent dans ces salles d’exposition, les parcours interrogent plus qu’ils ne cherchent à imposer des réponses et c’est sûrement ce qui fait la modernité de ce musée. D’où venons-nous ? Quelles relations entretient-il avec les autres espèces ? Comment fait-on société ? Pourquoi les rituels aident-ils l’homme à affronter la mort ?

A l’intérieur de chacune des salles rien n’est séparé, il n’y a pas de parcours obligé, «  tout est mélangé  » constate un élève, et les rencontres qui ne doivent rien au hasard nourrissent la réflexion du visiteur. Les élèves de Seconde générale découvrent des pratiques sociales exotiques à travers des objets dont ils ignoraient jusqu’à l’existence comme cette tresse de plumes de cardinalis offerte à l’ennemi pour l’apaiser. Dans sociétés ne fonctionnent pas sur le principe de la convoitise et de l’accumulation des biens, on peut y détruire tout qu’on nous a offert… comment est-ce possible ? Ces jeunes entendent aussi parler pour la première fois des cultures aborigènes de l’Australie absentes des programmes scolaires. Les empereurs n’existent que dans la tête des hommes pour Brecht… quels symboles pour quels pouvoirs ?

«  Je crois bien que je vais revenir  » marmonne un jeune qui n’était jamais entré dans un musée auparavant. Pari gagné !

Nicole Bouin
Professeure de lettres-histoire en lycée professsionnel

Pour les enseignants : http://www.museedesconfluences.fr/fr/enseignants