Pour moi, ce fut l’horreur : un portable en train de charger sur mon bureau disparait. Ce CDI où j’ai le sentiment d’accueillir avec bienveillance et confiance chacun des lycéens incite au vol. C’est un échec amer. Je me surprends à regretter de ne pas surveiller, sélectionner, interdire, exclure plus régulièrement ; je m’entends, nostalgique, parler d’un temps où les élèves étaient différents et je cède aux litanies insultantes. Je placarde l’information : un portable vient d’être volé au CDI. Les lycéens entendent ma colère déçue et me voient irritée, les regardant soudainement comme des voleurs masqués. Guillaume, élève de terminale, s’approche alors et me dit : « Un abruti suffit à vous faire perdre la confiance dans les 850 autres élèves du lycée ? Si chacun met un à deux euros, on en rachète un. »

Vendredi 19 décembre, quatre-vingt-dix-sept euros ont pu discrètement être récoltés et un téléphone a été offert à l’élève volé. Aucune nouvelle de celui qui a disparu.

Véronique Gardair
Enseignante documentaliste dans l’Aude