Cet ouvrage présente un métier peu connu et qui n’a cessé depuis les années quatre-vingt d’évoluer en fonction des lois de décentralisation. L’étude que nous propose Anne Barrère se place au niveau des chefs d’établissement uniquement et non des personnels de direction.
Elle s’appuie sur 43 entretiens semi-directifs réalisés dans la région Nord et sur une enquête monographique d’un an dans un collège « REP » qui sert de fil rouge (des encadrés mettent en avant cette monographie afin d’illustrer sur un exemple précis des propos plus généraux tenus lors des entretiens). La question qui se pointe est : que fait un principal ou un proviseur ? Ce livre nous l’apprend en brossant, « un tableau vivant et réaliste du quotidien des chefs d’établissement ». Cependant, ce tableau tend à figer un métier en constante redéfinition.
L’enquête d’Anne Barrère montre en fait des personnels assez désarmés par rapport à la gestion financière, à la gestion des ressources humaines… et à une réflexion sur leur métier.
Son expérience comme intervenante à l’IUFM, en master professionnel destiné en particuliers aux personnels de l’Éducation nationale et à l’école supérieure de l’Éducation nationale (Esen) aurait pu élargir la connaissance du rôle que veut faire jouer l’institution à ses personnels de direction. La conclusion est très réductrice : « Alors que les premiers (les mythiques hussards de la République) incarnaient la République et ses valeurs, les seconds tentent, au jour le jour, et en contextes, de les concilier avec les impératifs du management. » (p. 165)
De nombreux aspects de la fonction auraient mérité d’être abordés : mutation, rapports avec la hiérarchie, formation. On peut penser d’ailleurs qu’une approche purement sociologique est insuffisante. Comment par exemple analyser les cauchemars de Juliette Arnould (p. 149) ? Il manque une véritable analyse des situations, des propos tenus. Que signifie ce besoin de « couper » (p. 148) ? Pour un homme ou une femme est-ce le même « couper » ?
Cette étude d’Anne Barrère reste dans la description du quotidien méconnu des chefs d’établissement. Les discours tenus traduisent un sentiment d’impuissance face à la somme des tâches (allant de l’administratif au pédagogique) auxquels ces personnels doivent faire face sans y être formés. On aurait aimé des ouvertures vers les fonctions de leader ou de leadership qui sont présentes dans les pays anglo-saxons depuis une trentaine d’années.
La notion de « managers de la République » semble fort dépassée et ni porteuse d’avenir ni susceptible de correspondre à une réalité de ces personnels. L’enquête (2003-2004) date face à un métier en perpétuel changement. Depuis il y a eu une nouvelle vague de décentralisation (TOS devenant fonctionnaires territoriaux par exemple), la mise en place de la Lolf… personnel de direction dans une académie du Nord ou du Sud, de l’Est ou de l’Ouest n’est pas identique. Un travail de recherche sur les personnels de direction est à encourager, cet ouvrage a le mérite d’être un des premiers à travailler exclusivement le sujet.

Alain Abadie


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