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Sale prof !

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Au moment où – une fois de plus – paraissent sur l’école quantité d’ouvrages dont les auteurs (certains se prétendent enseignants, mais assurément je ne fais pas le même métier qu’eux) semblent vouloir rivaliser dans l’ignoble en faisant éclater au grand jour tout à la fois leur mépris pour l’éducation et leur haine des élèves, il serait dommage de leur assimiler un texte particulièrement honnête dont le titre (vendeur ?) pourrait, à tort, laisser supposer le pire.

À partir d’un incident dramatique dont il a été la victime lors de la dernière année scolaire – un de ses élèves, dans un moment de surexcitation incontrôlée manque de peu de l’étrangler – Nicolas Revol propose un témoignage modeste mais une réflexion exemplaire sur les conditions de vie dans un LP de banlieue  » difficile « . Son récit s’appuie sur le  » journal de bord  » qu’il a tenu depuis sa nomination dans l’établissement. Il nous permet ainsi de suivre, quasiment jour après jour, la minutieuse description de tous ces comportements qui, au quotidien, rendent le travail avec des élèves en grande difficulté souvent si déstabilisant lorsqu’on les rencontre pour la première fois. Tout enseignant en  » zone difficile  » y retrouvera des situations connues. Sa lecture est également très fortement recommandable à tout collègue débutant : il y découvrira par le menu tout ce que le meilleur IUFM ne peut lui apprendre, et d’abord l’importance du vécu.

Le mérite de l’auteur est encore de savoir faire partager – sans fausse pudeur – ses craintes, ses espoirs, ses réussites et ses erreurs avec un recul suffisant pour que les constats faits n’aient pas la prétention d’être des  » leçons « , mais qu’ils soient cependant l’occasion d’une réflexion personnelle du lecteur. ( » Et moi, dans telle ou telle situation semblable, qu’aurais-je fait ? Qu’aurais-je compris ? « )

Surtout, ce qui transparaît tout au long de ce récit très personnel, c’est l’image d’un enseignant affirmant son amour du métier en même temps qu’un respect jamais démenti pour les élèves, quels qu’ils soient et quoi qu’ils fassent. (Certains adultes, collègues ou supérieurs hiérarchiques, sont souvent bien moins respectables.)

Si l’auteur a retrouvé à cette rentrée, comme il le souhaitait, un établissement semblable, on ne peut que, tel Sisyphe,  » l’imaginer heureux « .

Guy Lavrilleux


Où est l’escroquerie ?
une réaction de Pierre Madiot

J’avais eu le sentiment, lors de son passage aux infos de 13 heures sur France 2, que Nicolas Revol ressemblait à un gamin qui essaie de masquer une supercherie et qui n’arrive pas à se hisser au niveau de sa propre escroquerie Mais la télé est une moulinette tellement truquée que je ne m’étais pas trop fié à l’image. Je préférais faire la différence entre la plupart des publications de la rentrée et  » Sale prof  » grâce à la lecture dont Guy Lavrilleux nous a rendu compte Cela a permis de ne pas faire l’amalgame entre des textes dangereux et celui-ci qui, tel qu’il est écrit, peut être utile.

Pourtant, un certain nombre d’articles et de communiqués font état de sévères réserves à l’égard du livre de Nicolas Revol. Mais faut-il entrer dans la polémique et en oublier que les questions évoquées dans le livre sont, de toute façon, bien réelles ?

On voit bien là les difficultés sur lesquelles nous ne pouvons que buter. Si nous devons vérifier toutes nos informations, nous n’avons pas les moyens de contrôler l’authenticité de tous les faits plus ou moins arrangés qui, étant restitués par un auteur identifié, sont portés à la connaissance du public. Nous publions les réflexions des praticiens et des chercheurs de l’éducation qui ne font que confronter leurs expériences avec les lectures auxquelles tout le monde a accès.

Ainsi, le papier de Guy Lavrilleux témoignait de la réaction d’un professeur formateur à la lecture d’un bouquin qui l’a interpellé ; il ne cherchait pas à établir l’authenticité des faits rapportés.

Par contre, nous ne pouvons que souligner les limites de tout témoignage, surtout individuel, et le phénomène malsain de cette course aux publications qui sacrifie à la mode des best-sellers en flattant les talents douteux de quelques enseignants aigris qui, à chaque rentrée, rêvent de se voir en vitrine pour se donner l’impression d’exister

De la même façon, on peut regretter que tant de maisons d’édition et tant de médias font la part belle aux contempteurs de la pédagogie. L’un de ces « philosophes » célèbres qui gémissent avec assiduité et beaucoup de componction sur la perte des valeurs de l’école s’élevait l’autre jour à la radio, en guise de message pour l’an 2000, contre l’usage du téléphone portable dans les TGV Il est vrai que cette cause mérite une mobilisation digne des croisades millénaristes. Mais on ne peut s’empêcher de reconnaître là les jérémiades éculées de ces penseurs qui ne savent plus quelle idée agiter.

Si, par malheur, ce que dit Nicolas Revol relève du maquillage, et s’il a emprunté des idées qui ne sont pas les siennes, nous ne cesserons pas d’être fondés à reconnaître ces idées pour nôtres et à les revendiquer.
Par contre, ne laissons pas d’autres escroqueries d’une tout autre envergure se répandre sans réagir. Nous pourrions laisser croire que nous partageons le mépris que les tristes cuistres qui en profitent témoignent aussi bien à l’égard des élèves que des enseignants.

On oubliera le nom des cuistres en question. N’oublions pas quant à nous de poursuivre nos réflexions et nos efforts pour qu’apprendre soit aussi un acte responsable et citoyen, et d’en témoigner.

Pierre Madiot


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