Ce qui intéresse ici les auteurs, ce n’est pas le débat classique – médiatique et idéologique plus que didactique – sur les méthodes de lecture (aucun chercheur ne juge pertinente la question ainsi posée). Ils ont plutôt voulu observer d’abord, analyser ensuite, les pratiques de classe : plus que dans le choix d’une méthode ou d’un manuel qui l’incarne, ce sont pour eux les pratiques et la façon de mettre en œuvre une méthode (quelle qu’elle soit) qui sont déterminantes (et peut-être discriminantes). Très instructif dans cette perspective, l’article de C. Tauveron qui compare la façon de mener la lecture d’un même texte dans trois CP différents dont les maîtres appartiennent tous à la même équipe de recherche ou celui de P. Renard qui compare la gestion du temps consacré à la lecture dans quatre CP.
Anne Leclaire-Halté observe puis analyse une séquence dont l’objectif est de mettre en relation diverses graphies d’un phonème (ici, les graphies au et eau pour transcrire le phonème [o]). L’enseignante s’appuie sur un manuel ni pire ni meilleur que la plupart et enrichit l’activité en utilisant deux exercices, qu’elle a jugés utiles pour compléter sa séance, venus d’un autre manuel aux présupposés théoriques différents. On y verra quelles difficultés rarement soupçonnées, rarement anticipées par le maîtres, peuvent être cachées dans des exercices si courants que la plupart des manuels les proposent sous des formes identiques ou voisines : cela ne peut qu’inciter à observer finement les élèves pendant qu’ils travaillent. Certes, le maître, dans l’action, n’a pas la même disponibilité que le chercheur-observateur. Mais on peut se demander si le futur modèle de formation des maîtres préparera les professeurs d’école à avoir ce regard réflexif affûté sur leurs élèves, même dans les limites liées au rôle du maître et à la nécessité de faire la classe au quotidien.
Ce numéro de Repères, mais porte un regard encore rare sur cette classe charnière qu’est le CP ; les maîtres formateurs et conseillers pédagogiques du primaire devraient en être les premiers lecteurs.

Élisabeth Bussienne


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