,

Revue de presse 2-3 octobre 2021

La campagne de la présidentielle tourne autour de l’éducation, mais on ne sait pas s’il s’imposera. Il y a pourtant le choix : le salaire, mais aussi le manque d’enseignants (y aurait-il un lien ?), y compris dans le supérieur, les modifications du système qui avancent avec le statut des directeurs d’école, mais aussi la suppression des IG, et bien d’autres thèmes. Et pour compléter, une belle liste de ressources.

Le métier

La question du salaire, mais pas que, a poursuivi son travail.

Un billet de blog éclaire la comparaison entre français et allemands. « Paroles de lecteurs » – Salaires des enseignants : comparer ce qui est comparable. “« Il est indéniable qu’un enseignant allemand gagne plus que son homologue français, mais les réalités sont différentes », rappelle Timothée Pirard, suite à la proposition d’Anne Hidalgo de doubler les traitements des enseignants français.”

Le dessin de Fabien Crégut

Mais l’autre préoccupation fut le décrochage des enseignants. Un article de Télérama, réservé aux abonnés, pose la question : Tous ces enseignants qui jettent l’éponge : c’est grave, professeur ? En une décennie, le nombre d’enseignants démissionnaires a plus que triplé. En cause : la lassitude, la perte de sens, le sentiment de n’être ni écoutés ni épaulés par un “système absurde”… Si les départs restent marginaux, beaucoup en rêvent mais se sentent coincés, alors que 80% des demandes de rupture conventionnelle sont rejetées. Témoignages.”

Les profs jettent l’éponge, par Jules

Et FranceInfo s’intéresse également au phénomène. Le nombre de démissions d’enseignants a triplé en dix ans : « C’était trop difficile psychologiquement« . Les chiffres sont éloquents mais le sujet reste tabou. Les démissions de professeurs sont relativement peu nombreuses, moins de deux enseignants pour 1 000, mais trois fois plus élevées qu’en 2011.”

Le système

Plusieurs informations ont fait le buzz cette semaine.

Le Café pédagogique a annoncé que Le gouvernement va supprimer l’Inspection générale. “Le gouvernement juge-t-il utile d’avoir une structure capable d’évaluer ses politiques ? On pouvait en douter après la suppression du Cnesco avec la loi Blanquer. Une nouvelle étape s’ouvre depuis l’envoi le 25 septembre au soir, d’un mail de la cheffe de l’inspection générale, que le Café pédagogique s’est procuré. Caroline Pascal annonce la suppression de l’Inspection générale en 2023. Le ministère de l’éducation nationale se prive d’un corps d’experts qui était capable de signaler les erreurs et les dysfonctionnement et de conseiller le ministre. Venue de l’Elysée, cette mesure reflète une nouvelle conception de la gestion de l’État par un pouvoir exécutif dont l’autorité doit s’exercer sans limite. Prévue pour 2023, cette réforme fait partie du nouvel État qu’Emmanuel Macron va proposer aux Français lors de l’élection présidentielle.”

Information confirmée par Le Monde. Éducation : vers une disparition programmée du corps des inspecteurs généraux. Dans un courriel adressé à ses équipes, la chef de l’IGESR confirme que son administration est concernée par la suppression des grandes inspections voulue par Emmanuel Macron. Les inspecteurs sont vent debout.”

Commentaire immédiat de Claude Lelièvre : Une décision bonapartiste. “Comment comprendre l’annonce de la suppression de l’Inspection générale ? Historien de l’École, Claude Lelièvre remet cette décision dans la longue histoire de l’Inspection et analyse ce qu’elle implique comme conception de l’État. Pour lui, cela renvoie au bonapartisme.” et en conclusion, il rappelle : “Quand Jules Ferry s’est installé il a renforcé le pouvoir du Conseil de l’instruction publique par exemple en y faisant élire des enseignants. Et ce conseil avait de vraies attributions. Normalement dans une république il y a des contre-pouvoirs. C’est dans le bonapartisme qu’il y en a le moins possible.”

Cette décision s’inscrit dans un mouvement beaucoup plus large. Nouveau statut des inspecteurs généraux : une menace pour leur indépendance ? L’inspection générale de l’Education est concernée par la suppression des grandes corps voulue par Emmanuel Macron. Le statut de ses cadres va être modifié, au plus tard, le 1er janvier 2023.”

Il est également question de finances. L’Éducation nationale augmente ses budgets malgré une baisse démographique attendue. Thibaut Cojean indique : “Cette hausse sera principalement consacrée à la revalorisation des rémunérations des personnels et pour finaliser le dédoublement des classes de CP et de CE1. En revanche, aucune création de poste n’est attendue.”

Proposition de loi Rilhac : « Choisir mes enseignants ne m’intéresse pas », affirme une directrice d’école opposée à un changement de statut. “Une proposition de loi visant à réformer le statut des 45 000 directeurs d’école est examinée mercredi en deuxième lecture à l’Assemblée nationale. Son initiatrice, la députée LREM Cécile Rilhac souhaite leur conférer une autorité hiérarchique sur les autres enseignants.”

Mais, La loi Rilhac adoptée par l’Assemblée. Les débats devaient durer deux journées. Il aura suffi de l’après-midi du 29 septembre pour que la majorité adopte la loi Rilhac. Celle-ci fait entrer les directeurs d’école dans la chaine hiérarchique sans leur donner aucun moyen supplémentaire pour exercer leur mission. Le texte doit maintenant être voté par le Sénat pour entrer en application.”

Le MEDEF s’inquiète… Patrick Martin : « L’orientation des jeunes est la mère des batailles ». “La difficulté de recruter concerne quasiment tous les secteurs d’activité. Une situation paradoxale qui freine la croissance dans un contexte de sous-emploi. A l’occasion de l’Odyssée des entrepreneurs, qui s’est tenue à Lyon le 23 septembre, Patrick Martin, président délégué du Medef, nous a accordé un entretien.”

Et la sociologue Clémence Perronnet déclare : « Il faut lutter contre les inégalités d’accès aux sciences pour produire des connaissances plus vraies, plus justes ». Elle “a travaillé sur la disparition des filles et des jeunes issus des classes populaires des filières scientifiques, pourtant réputées plus égalitaires. Elle évoque les mécanismes d’exclusion et de censure sociale qui, selon elle, expliquent cette attrition.” Propos recueillis par David Larousserie et Hervé Morin

Supérieur

Frédérique Vidal annonce un plan national contre les violences sexistes et sexuelles pour octobre. La ministre de l’Enseignement a estimé que la prévention et la prise en charge des situations de violences sexistes et sexuelles était importante. Le plan prévu pour octobre s’appuiera sur 4 axes : la formation, la sensibilisation, la communication et la valorisation des initiatives étudiantes et du personnel.”

Manque d’enseignants à l’université : « Ça craque de partout, c’est l’asphyxie », alertent les syndicats. « Avec de plus en plus d’étudiants et de moins en moins d’enseignants, ça craque » : en dix ans, les universités françaises ont absorbé 500 000 étudiants supplémentaires, mais le taux de recrutement des enseignants est « historiquement bas ».”

Inquiétudes sur l’enseignement des langues à l’université Bordeaux-Montaigne. La présidence prépare la nouvelle offre de formation, dans un contexte budgétaire tendu. Des professeurs redoutent une baisse sensible des heures proposées, en particulier en portugais et en italien.” abonnés

Faut-il s’excuser de ne pas être riche en grande école ? Premier épisode d’une série de conversations avec des jeunes en difficulté financière qui racontent leur quotidien dans le monde -à part- des grandes écoles. Mathilde* a 23 ans, elle est en dernière année d’école d’ingénieurs.”

Exclusivité. Parcoursup : les bacheliers 2021 globalement satisfaits mais moins qu’en 2020. Par Agnès Millet. ”SONDAGE. 70% des bacheliers 2021 jugent satisfaisantes les réponses des formations obtenues via Parcoursup. Ce bon résultat ressort d’un sondage Ipsos pour le ministère de l’Enseignement supérieur, révélé le 29 septembre 2021, par l’Étudiant.”

Parcoursup 2021 : 30% des étudiants se sont débrouillés tout seul pour leurs vœux. Moins encadré par leurs profs cette année, le taux de satisfaction des étudiants face à la plateforme d’accès au supérieur est en baisse (75%).”

Une nouvelle ressources pour les étudiants : Avec Lumni Étudiant, la plateforme éducative fait son entrée à la fac. Jusqu’ici destinée à accompagner le parcours scolaire des élèves de la primaire à la terminale, la plateforme Lumni s’ouvre désormais aux années post-bac. Dès cette semaine, son catalogue de près de 1 200 contenus vidéo sera accessible gratuitement. Au programme : orientation, vie pratique, bien-être et méthodes de travail.”

Ressources

Terminons par une petite récolte sur les deux dernières semaines. Dans l’espoir que l’éducation sera un thème des prochaines campagnes pour la présidentielle.

L’Institut de recherches de la FSU signale Trois livres pour débattre de l’avenir de l’école. La question de la démocratisation de l’école constituera-t-elle un des enjeux du débat électoral des présidentielles 2022 ? Plusieurs ouvrages, publiés cet automne, tentent de contribuer à faire cesser les hypocrisies d’un discours qui affirme sans cesse vouloir la réussite de tous les élèves mais ne se préoccupe aucunement de la réalité effective de l’égalité d’accès aux savoirs qu’il proclame.”

Dominique Odry, un examen à 360 degrés de l’orientation. Il y a un an, Dominique Odry publiait « l’évaluation dans le système éducatif »[1]. Cette fois-ci il a pris l’orientation comme angle d’analyse[2] avec « L’orientation dans le système éducatif, Histoire, logiques et enjeux ». Et c’est encore une réussite. Son ouvrage est une synthèse des différentes questions de l’orientation dans notre système éducatif, mais comme vous le verrez ces questions débordent très largement de notre système. En 300 pages il vous propose un matériel propre à soutenir votre réflexion concernant cet objet polymorphe dont certains aspects restent encore très particuliers à la France.”

AFAE : L’orientation, projet scélérat ? “La formule d’Alain Boissinot n’a pas fait le titre de ce numéro 171 d’Administration & éducation, la revue de l’AFAE. Mais elle aurait pu tant ce numéro met en évidence les inégalités face à l’orientation ou aux « parcours, mobilités, territoires », pour reprendre le vrai titre du numéro. Une fois mises en évidence, une fois énumérées les inégalités sociales, de territoire, d’établissements, quelles perspectives ouvrir ? Le numéro en tente plusieurs. Perspectives régionales à travers un article sur l’orientation en Allemagne, en mode un peu repoussoir tant elle est précoce, et un entretien avec JL Nembrini, directeur de l’éducation de la région Aquitaine. Perspectives scolaires quand A Boissinot invite à ouvrir l’éventail scolaire plutôt qu’à le refermer en forme de trappe. Perspective nationale quand F Dubet invite à moins croire dans le diplôme et le scolaire. Car orienter c’est aussi décider de la valeur d’un humain.”

Parlons école : Les réponses à vos questionsVoilà un livre que les candidats à la présidentielle devraient avoir sur leur table de chevet. En 30 questions, Pierre Merle présente de façon claire ce qui caractérise l’école française. Du salaire de professeurs aux performances de l’école en passant par ses inégalités, le lecteur met ses idées au clair sur l’école. La patte de Pierre Merle se retrouve sur certaines questions (Quelles sont les spécificités de l’école privée ? Les notes sont-elles fiables ? par exemple) et par l’intérêt portée aux inégalités dans le système éducatif. Pour le spécialiste c’est une bible à ranger à coté du RERS. Pour le citoyen, un ouvrage clair pour décrypter les enjeux de l’École dans cette élection.”

Le service de Veille et analyses de l’ifé  propose la recension du livre d’ Aziz JELLAB, L’école à l’épreuve des incertitudes – Plaidoyer pour une institution émancipatrice, Berger-Levrault, Au fil du débat – Essais, 208 p., 19€, 2021 (paru en septembre 2021). “Alors que l’on a souvent soupçonné l’école d’immobilisme, elle a su faire face à l’épreuve de la crise sanitaire et elle a prouvé qu’elle pouvait affronter l’imprévu. Elle a résisté durant le confinement, a su donner un nouveau sens au distanciel, dans un contexte aux protocoles improbables. Si la crise que nous traversons a révélé la formidable capacité d’adaptation de l’école, elle a aussi renforcé le questionnement autour de son rôle et de son avenir. Dans ce débat, à rebours des thèses qui mettent souvent en avant le caractère contraignant et répressif des institutions en général, et de l’école en particulier, Aziz Jellab réaffirme haut et fort la mission émancipatrice de l’école. Dans un contexte dominé par l’incertitude, elle doit rassurer, fédérer, inviter au discernement et à l’esprit critique. Face aux inégalités sociales devenues plus visibles, les élans de solidarité, l’engagement des professionnels de l’éducation – au premier rang desquels les enseignants – l’implication des parents, ont renforcé l’institution.”

Inégalités scolaires : “L’école donne plus à ceux qui ont plus, et moins à ceux qui ont moins. Un jeune sur cinq a des parents pauvres, soit 3 millions d’élèves. Et le système scolaire français reste un des plus inégalitaires d’Europe. Selon le sociologue Choukri Ben Ayed, il faudrait mieux cibler ces élèves les plus pauvres pour que les politiques éducatives soient efficaces. Et surtout, inscrire ces dernières dans un temps long.” abonnés

Inégalités, méritocratie, hiérarchies sociales : un triptyque dont il semble mal aisé de sortir. Écrit par Puyou Jacques. ”Année après année, le thème des inégalités s’invite à chaque rentrée scolaire. La généralisation contrainte de « l’école à la maison » accentue nécessairement les inégalités entre les élèves. Ce qui était déjà le cas avant le confinement mais s’est accéléré avec lui. L’égalité des chances méritocratiques est un principe de justice incontestable dans les sociétés démocratiques…Est-ce bien réalisable aujourd’hui ? Les inégalités sociales et les diplômes fixent le destin social des individus…Echanges avec François Dubet, sociologue.”                                

SOS Ecole Université – Pour un système éducatif démocratique (Martine Boudet coord.) Par Refondation école. “Comme tout ouvrage collectif, celui-ci est hétérogène et chacun y puisera par une lecture sélective pour agir dans la perspective donnée par le sous-titre : défendre la démocratie à tous les niveaux de l’enseignement.” Et pour la table des matières c’est ici.

Bernard Desclaux, avec l’aide de Géraldine Duboz

 

Sur la librairie des Cahiers pédagogiques

N°570 – Apprendre dehors

Coordonné par Aurélie Zwang et Jean-Michel Zakhartchouk – Juin 2021

Après les confinements successifs, l’intérêt pour les pratiques d’éducation en plein air est grandissant. Inscrites dans l’histoire de la pédagogie, elles sont non seulement mises en œuvre à l’école, de façon régulière ou lors de sorties de terrain plus ponctuelles, mais aussi dans le périscolaire. Il s’agit dans ce dossier d’interroger ce qui s’apprend de spécifique dehors.

 

 

N°569 – Enseigner la créativité ? 

Dossier coordonné par Caroline Elissagaray et Angélique Libbrecht

mai 2021

L’injonction à la créativité est répandue dans le monde du travail, mais à l’école, elle semble souvent réservée aux petites classes ou aux filières artistiques. Dans ce dossier, nous envisageons cette notion comme compétence à développer et comme levier pour les apprentissages à tous les âges et dans toutes les disciplines

 

 

Construire ensemble l’école d’après

Sylvain Connac – Jean-Charles Léon – Jean-Michel Zakhartchouk

En coédition avec ESF Sciences humaines – Aout 2021

L’école « d’après », un vain slogan, un conte de fées pour ceux qui penseraient que, aux lendemains de la crise sanitaire, une autre école va naître, plus juste, plus en prises avec le monde ? Ce livre, coordonné par des pédagogues engagés, et fruit d’un travail collectif avec le réseau du CRAP-Cahiers pédagogiques, contient de nombreuses propositions pour passer du slogan  à la mise en œuvre : comment utiliser à bon escient les outils du numérique, comment modifier programmes et pratiques pour penser le monde actuel (parcours santé, esprit critique…), comment intégrer le respect de l’environnement dans le quotidien de l’école, comment prendre mieux en compte les familles, comment au quotidien, lutter contre les inégalités.

 

Travailler avec le dessin de presse

Dossier hors-série coordonné par Florence Castincaud

Juin 2018

Faire entrer le dessin de presse dans la classe : pourquoi ? Comment ? Parce que le trait de crayon est un outil alternatif pour faire entrer dans l’analyse et la réflexion, parce que le dessin génère des pratiques nouvelles, parce qu’il ne laisse personne indifférent, parce qu’il offre un vrai espace à la liberté de pensée. Mais lire et comprendre un dessin de presse, cela s’apprend ! Témoignages de professeurs, de dessinateurs, récits de pratiques et bien sûr florilège de dessins !