Quand nous avons choisi le thème de ce dossier, nous pensions que les élections de 2007 feraient de l’éducation un des motifs majeurs d’une campagne politique dans laquelle notre mouvement pédagogique et notre revue se devaient d’intervenir. Car depuis 1945 et la Libération, nous voulons « changer la société pour changer l’école, changer l’école pour changer la société ». Mais un changement n’est bon à prendre que s’il sert les valeurs démocratiques… Où en sommes-nous, entre sentiment d’immobilisme des uns et réalité des évolutions vécues par les autres ? À quoi ont abouti les réformes et innovations mises en place depuis une quarantaine d’années ? L’action des militants pédagogiques a-t-elle entraîné des changements imperceptibles mais réels dans une école qui semble ne pas savoir abandonner quelques traits venus de son histoire : une communale très généraliste et républicaine, un collège en panne de démocratisation depuis sa réforme des années soixante-dix et un lycée qui n’en finit pas de faire sa mue ?

Il y a bien des obstacles au changement de l’école mais la première partie de ce dossier établit que nous ne sommes pas sans leviers d’action, notamment les articles de Gilbert Longhi et de Françoise Clerc qui font un tour complet de la question et mettent en lumière les freins et les conservatismes.

Tous les discours s’accordent sur une indispensable réforme de l’école. Mais certains prônent le retour à un passé imaginaire en forme d’image d’Épinal avec deux emblèmes, la méthode syllabique et la dictée – vision réactionnaire qui traduit surtout la peur devant des transformations déjà acquises pour une large part. Nous n’avons pas pu reprendre toutes les réformes qui ont marqué la période récente[[On se reportera au Cahier n° 385, Comment faire avec les réformes ?, juin 2000.]] : Francine Best évoque ce que l’on doit à la recherche en éducation, Anne-Marie Filleron et Marie-Laurence Marais les apports des professeurs documentalistes, Julien Masson l’intégration des élèves en Clis et Denis Pasco et Thierry Michot évoquent les principes et les retombées des TPE tandis que Françoise Carraud fait un bilan personnel de la permanence des difficultés en ZEP.

Mais comme jamais une réforme ne suffira à changer l’école, nous présenterons quelques études, actions et réflexions sur ce qui se fait contre ou en dépit de l’institution, ou aux marges : des façons nouvelles de vivre le métier du côté des « nouveaux enseignants » étudiés par Patrick Rayou ; des démarches d’orientation qui ont bien changé en même temps que les élèves mais peinent à trouver leur place dans le secondaire ; des pratiques coopératives qui « fabriquent » des citoyens comme dans la classe de Sylvain Connac… Faute de place, nous avons dû mettre sur le site d’autres articles qui relatent et problématisent des actions innovantes dans la classe et dans l’établissement. Ce manque de place n’est-il pas réjouissant ? Il donne à penser que nous pouvons à la fois être intransigeants sur la commande de démocratisation que nous adressons à l’école, et confiants dans les étonnantes richesses qu’elle recèle.

Pour clore provisoirement cet inventaire du changement fait et à faire, dans son style personnel et enthousiaste, André de Peretti nous invite encore et toujours à résister à la tentation des réactions amères, des dépits et du découragement. Nous ne saurions mieux dire : rappelons que ce dossier accompagne les « Assises de la pédagogie » de février 2007 où nous serons nombreux à manifester notre volonté d’agir pour changer l’école et de ne pas laisser l’image du désenchantement envahir l’opinion. Résister et proposer, tel sera l’esprit de cette journée.

Richard Étienne et Michel Tozzi