Si les « questions éducatives » ne se réduisent pas aux « politiques éducatives », ces politiques n’en constituent pas moins un contexte organisationnel, idéologique, financier, juridique, etc. auquel il n’est pas facile d’échapper.

Précisément, j’aimerais pointer le fait qu’à la différence d’autres domaines, comme l’économie, la défense ou même la santé, le concept de politique éducative n’est pas assez clarifié quant à son champ et à la typologie de ce qu’il peut proposer. Peut-être serait-il intéressant de commencer par là : avant même le « débat », s’intéresser aux conditions des débats sur l’éducation en 2010-2011 en France, pour éviter de se laisser piéger.

On peut en effet se demander, si l’on parcourt les politiques éducatives depuis une génération, si les marchés de dupes n’ont pas été, pour les uns et les autres, plus fréquents qu’ils n’auraient dû l’être, et si les autorités politiques qui ont pris telle ou telle décision n’ont pas été trop souvent placées dans la position soit de découvrir à leurs dépens la résistance du jeu politique en éducation soit de formuler devant les effets réels de leur action quelque « je n’ai pas voulu cela » que Guillaume II n’aurait pas désavoué. Et l’état de l’école en France, au regard de l’équité par exemple, n’est-il pas tel que nous ne pouvons d’une certaine façon que répéter tous que « nous n’avons pas voulu cela ». Ou alors que celui qui l’a voulu le déclare sans ambages !

J’aimerais lister ici dix questions préalables à toute intervention en matière de politique éducative telles qu’elles m’apparaissent à ce stade :

1. Considère-t-on qu’un politique éducative doit « faire avec » le contexte général d’angoisse scolaire, de compétition généralisée, et de hiérarchisation des élèves et des filières, ou la politique éducative a-t-elle la latitude de contester ce conditionnement ?
2. Considère-t-on qu’une politique éducative doit accepter et confirmer le tour de table traditionnel des milieux et personnes appelées à dire leur mot en matière d’éducation ou bien lui appartient-il aussi le cas échéant de redéfinir le tour de table ?
3. Considère-t-on qu’une politique éducative doit être essentiellement réactive par rapport à l’actualité la plus diverse et parfois la plus traumatisante ou bien doit-elle au contraire veiller à s’en distancier ?
4. Considère-t-on que les décideurs de la politique éducative française comme les citoyens sont dans l’ensemble en maitrise des connaissances dont ils ont besoin pour décider ou juger ou bien qu’au contraire la connaissance nécessaire est en carence et devrait être développée et gagner en couverture et en cohérence ?
5. Considère-t-on que l’organisation notamment hiérarchique de l’éducation nationale est propice à une mise en œuvre de qualité des politiques éducatives ou bien qu’il existe un problème préalable de définition de la part d’autonomie des agents et des institutions intermédiaires ?
6. Considère-t-on que le discours de type technocratique sur la « performance » tel qu’il est amené à partir de considérations générales extérieures à l’éducation convient directement en ce domaine ou bien que les spécificités sont telles qu’il doit être remis fortement en cause ?
7. Considère-t-on que les politiques éducatives doivent essentiellement se préoccuper de la mise en œuvre de transmissions de savoirs et de compétences qui vont de soi ou bien qu’au contraire il existe de vraies questions autour de la légitimité des contenus d’enseignement en acte ?
8. Considère-t-on que les politiques éducatives doivent essentiellement tourner vers les questions quantitatives d’accès ou bien qu’il est temps de consacrer des politiques curriculaires véritables mettant au centre de l’attention les objectifs de formation à atteindre ?
9. Considère-t-on qu’on doit continuer à ne juger des politiques éducatives que sur des données quantitatives de « résultats » par rapport à une norme ou bien qu’il convient d’introduire la mesure de leur qualité pour les élèves et leurs droits ?
10. Considère-t-on que les politiques éducatives doivent continuer à être essentiellement le fait d’un ministre membre du pouvoir exécutif ou bien que la matière éducative doit faire émerger un certain nombre d’autorités indépendantes par exemple pour son évaluation ?

Roger-François Gauthier