Ce nouveau livre de la collection dirigée au CRDP d’Amiens par J.-M. Zakhartchouk martèle une ligne forte : ce qu’on nomme « violence » au collège est assez confus mais il s’agit toujours de désigner des tendances ou des habitudes des élèves qui sont jugées perturbatrices ou nocives par les professionnels (de l’école). Pour les prévenir, il faut ouvrir un espace de parole avec les élèves, et parvenir à voir les enfants derrière les élèves en leur permettant de dire ce qu’ils sont, leurs émotions (un mot qui revient tout au long du livre), leurs peurs, ce qu’ils attendent de l’avenir… Si la confiance s’établit sur ce mode au sein du groupe classe, alors on peut espérer traiter au fond de telle ou telle conduite collective qui fait problème, avec des chances de la circonscrire. La thèse générale est donc qu’il faut inscrire la « prévention » dans les dynamiques identitaires des élèves, en reconnaissant leur dimension affective. Une thèse somme toute classique en pédagogie, bien que les pratiques de classe courantes en soient fort éloignées la plupart du temps.
L’originalité du livre est qu’il donne de cette thèse une interprétation concrète appuyée sur la psychologie culturelle et sociale. Le cœur du livre est une séquence de formation destinée à des élèves de collège, intitulée Parlons tabou. Elle est étalée sur dix fois une heure (la gestion du temps est très soignée), à mener de préférence en heure de vie de classe dans le cadre d’un projet d’équipe. Les activités proposées aux élèves sont présentées en détail et commentées, les consignes explicitées, les observations issues des premières mises en œuvre dans la région lyonnaise (avec le soutien du rectorat) sont synthétisées. L’ouvrage est écrit conjointement par la psychologue qui a conçu le dispositif en partant d’une expérience initiale dans l’Afrique du Sud post-apartheid et la professeure qui l’a expérimenté dans ses classes de sorte à parvenir à un « protocole » bien balisé. La séquence se veut un outil de psychologie appliquée, directement adoptable/adaptable par des équipes enseignantes motivées.
De l’évaluation réalisée, il ressort que, si les élèves sont dans l’ensemble satisfaits de la séquence, les professeurs apparaissent quant à eux les grands bénéficiaires du dispositif : en animant les séances ou en s’informant de l’avancée du protocole, ils se sont mis à voir leurs élèves avec plus d’empathie, à comprendre leurs cheminements individuels, une dynamique d’intégration des classes s’est enclenchée et tous disent avoir désormais du plaisir à travailler avec ces classes. De plus, les enseignants sont amenés en parallèle à analyser, en formation, les processus présents dans l’environnement de leurs élèves de façon à saisir les tensions qui caractérisent leur position « minoritaire » et subordonnée dans la structure sociale, notamment les effets des discriminations extensives vécues par les jeunes et leurs familles. Finalement, comprenons-nous, pour prévenir la « violence » des élèves, rien de tel que de saisir leur souffrance… et celle des professeurs.

Françoise Lorcerie


Programmation 2014-2015

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