Le système éducatif a été dans son ensemble « remarquable », si l’on en croit le rapport de l’inspection générale sur les usages pédagogiques du numérique pendant le printemps 2020. Ce rapport pointe « une capacité d’adaptation et d’autoanalyse remarquables » chez les enseignants et des « efforts remarquables » de la part de l’institution pour leur fournir des ressources pertinentes.

Un ton résolument positif, qui tranche à première vue avec le ressenti de très nombreux enseignants, pour qui « on n’était pas prêts ». Mais en réalité, les rapporteurs ne démentent pas ce ressenti, témoignant de « l’impression très nette que le système scolaire n’était pas, à proprement parler, prêt pour affronter une telle crise ». Simplement, ledit système « était néanmoins capable d’y faire face avec des ressources insoupçonnées, notamment humaines ».

Explosion

La mission d’inspection commence par évoquer « l’ampleur de l’explosion constatée des usages pédagogiques du numérique et de la remise en cause pédagogique imposée par l’enseignement à distance ». Ainsi, la fréquentation des ENT (environnements numériques de travail) a été multipliée par près de sept entre le début et la fin du mois de mars.

La période du printemps 2020 a en outre été « l’occasion, pour de très nombreux enseignants, de se livrer à une réflexion sur leur propre pratique pédagogique et sur leur adaptation à un enseignement numérique à distance ». Les inspecteurs généraux ne manquent pas de souligner « l’importance du travail fourni par la très grande majorité des enseignants », ce qui pourrait mettre du baume au cœur des enseignants, qui ont fait l’objet de polémiques sur leur prétendue désertion pendant le confinement. Le rapport relève toutefois que les enseignants de collège en éducation prioritaire ont été « moins enclins à évoluer » que leurs collègues hors éducation prioritaire, « alors que l’inverse est observé à l’école élémentaire ». Pour notre part, nous avons publié sur notre site des articles montrant des évolutions intéressantes dans des collèges en éducation prioritaire ; seraient-ce des exceptions ?

Pour ce qui est de l’accompagnement des enseignants par l’institution, de nombreuses formations aux usages des outils numériques ont été proposées, sous la forme de webinaires en particulier, aussi bien au niveau académique que national. Et ces formations ont connu « un grand succès », ce que les rapporteurs considèrent comme un « témoignage quantitatif de l’intense questionnement pédagogique des enseignants durant cette période » (observation confirmée, à notre modeste mesure, par la fréquentation très importante du site des Cahiers pédagogiques).

Pour autant, les rapporteurs regrettent « que les ressources documentaires institutionnelles n’aient été utilisées que par une minorité de professeurs, qui ont souvent fait appel à l’offre privée ». Une explication est avancée : les formations et ressources proposées par l’institution présentaient des manques par rapport aux demandes des enseignants, manques « que l’institution devrait combler ». Les demandes sont identifiées, elles « portent souvent sur des outils pour la production et la mise en ligne de vidéos ou pour la création de questionnaires à choix multiples personnalisés ».

La mission regrette enfin « que les corps d’inspection aient effectué peu d’observations en direct de classes virtuelles. Lorsqu’elles ont été réalisées, elles ont été profitables à la fois aux enseignants visités et aux inspecteurs eux-mêmes ».

Cependant, « les enseignants interrogés estiment en majorité avoir trouvé les soutiens dont ils avaient besoin, spécialement dans le premier degré », en particulier de la part des directeurs d’école et des professeurs principaux. Mais « un nombre significatif d’enseignants du second degré » signalent et regrettent le manque d’harmonisation et de coordination des pratiques au sein des équipes, particulièrement en éducation prioritaire, notamment pour équilibrer la charge du travail demandé aux élèves. « Le rôle des chefs d’établissement et des directeurs d’école dans cette coordination est essentiel et il a malheureusement été très inégal sur l’ensemble du territoire. »

D’une tonalité globalement positive, donc, le rapport souligne quand même « des points d’attention précis ». En premier lieu, le fait que malgré la mobilisation générale, « un nombre non négligeable d’élèves ont “décroché” pour des raisons variées, parmi lesquelles l’accès au numérique aura eu une part significative ». De même, « si, dans son ensemble, le système disposait à peu près des capacités requises pour faire face à une situation de crise, l’exploitation de ces capacités, principalement humaine (gestion des ressources, diffusion de l’information nécessaire, compétence pour user des outils informatiques) aura trahi des insuffisances qu’il conviendra de corriger dans les meilleurs délais ».

Préconisations

Considérant que « le numérique ne peut, en tant que tel, constituer une solution miracle aux contraintes émergeant de situations de crise inattendues, mais [que] la meilleure préparation et la meilleure coordination possible des acteurs de l’école peuvent contribuer à garantir le bénéfice de ses effets », les inspecteurs généraux font huit préconisations, directement dans la lignée de leurs observations, comme autant de correctifs aux difficultés pointées.

Au niveau de l’école ou de l’établissement, ils proposent d’« organiser la coordination des équipes pédagogiques engagées dans les enseignements à distance », en particulier sur les outils et plateformes utilisées, sur la quantité de travail donnée aux élèves et les emplois du temps ; d’organiser également « la concertation entre les équipes de direction, les enseignants et les parents ». Autre recommandation, « procéder à un état des lieux systématique et régulier sur la capacité à mener ou suivre des actions d’enseignement à distance » et « s’entrainer en vraie grandeur », de la même manière que l’on fait les exercices annuels prévus dans le plan particulier de mise en sureté.

Il y a aussi des préconisations s’adressant à l’institution : « former les enseignants à l’enseignement à distance », « adapter l’offre institutionnelle de ressources éducatives », « former les corps d’inspection aux spécificités pédagogiques et didactiques de l’enseignement à distance et encourager les observations directes » et « développer la recherche sur les déterminants de l’efficacité de l’enseignement à distance dans le champ scolaire ».

En creux, on retrouve là les grandes difficultés du système éducatif, valables aussi hors temps de crise et au-delà de l’enseignement à distance : le manque de formation, en particulier de formation continue, l’insuffisante concertation au sein des équipes pédagogiques et avec les parents d’élèves.

Cécile Blanchard

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