Le CRAP pour moi  :

Ce sont des personnes. Des collègues qui ne réagissent pas comme la majorité de mes collègues de travail, que les progrès de l’élève intéressent plus que leur propre image, qui ont continué à parler français, alors même que les enseignants d’EPS parlaient de plus en plus un jargon incompréhensible par le commun des mortels et peut être même par eux.

Elizabeth Thuriet, Pierre Madiot (alors rédacteur en chef), Jacqueline Taillandier (alors trésorière)

Elizabeth Thuriet, Pierre Madiot (alors rédacteur en chef), Jacqueline Taillandier (alors trésorière)

C’est un lieu de débat. Je n’aurais jamais autant réfléchi au sens de mon travail sans le Crap  : Rencontres, débats en comité de rédaction ou conseil d’administration, différents ateliers des Journées d’automne, chaque fois j’en suis repartie avec plein d’idées et encore plus de questions qui m’ont fait avancer ou, en tous cas m’ont évité de stagner et de sombrer dans la routine. Mais comme tous les lieux de débat c’est un lieu de tension et j’y ai vécu des clashs homériques qui ont fait perdre beaucoup de temps et pas mal d’optimisme à tout le monde

C’est un catalyseur. Grace à ces débats et questionnements, je me suis lancée dans des équipes d’établissement, ou dans des actions totalement incongrues dans mon milieu (la très fermée caste des professeurs d’EPS) et que je transposais depuis des récits de collègues d’autres disciplines.

C’est encore un lieu de formation à des activités parfois inattendues,
Ecrire des articles ou jouer à la journaliste : coordonatrice de quelques dossiers des Cahiers, j’ai eu à interviewer les personnes les plus diverses, dont Mélenchon du temps où, quasi inconnu, il était rue de Grenelle.
Responsable de la promotion des Cahiers, j’ai appris à analyser un outil que je croyais connaître : les Cahiers, mais dont j’ignorais tout du fonctionnement, en particulier de la chaine des décisions (ou des indécisions) et des conséquences économiques des ces (in)décisions.
Mais peut-être que ce qui a été le plus nouveau et formateur pour moi a été d’apprendre à jongler entre les idéaux philanthropiques de bien des membres du CRAP et de son CA, dont je faisais partie et dont j’épousais les options, et la dure réalité d’une activité commerciale, à me poser toujours la question de la frontière entre compromis et compromission, et le plus étonnant est que ça m’a laissé un excellent souvenir !

1999.gd_paradis_.jpgMais avant tout ça a été une belle surprise : ceci se passait dans les temps très anciens. J’ai adhéré au CRAP à la fin des années 60. En ces temps-là il n’était pas question du CRAP mais des CRAP. J’ai été nommée dans un lycée professionnel de l’Isère. Avant même la rentrée j’ai reçu une lettre de la responsable du CRAP de la région lyonnaise me souhaitant la bienvenue sur ces terres pour moi inconnues, et me proposant des groupes de travail et autres questionnements et réflexions. J’avoue que cet «  accueil  » après les tractations obscures qui avaient présidé à ma nomination, me restent comme un grand moment d’amitié entre personnes qui ne se connaissent pas (encore) mais qui savent qu’elles partagent pas mal de choses.

Elizabeth Thuriet