En 2010, la fédération des foyers ruraux du Nord-Pas-de-Calais nous a exposé son projet d’un prix de littérature jeunesse et d’un salon «Ruralivres» sur le Cambrésis. L’opération existait alors déjà dans le Pas de Calais.

Ce prix de littérature consiste à lire une sélection de cinq ouvrages. Il existe trois sélections possibles, composées en fonction de l’appétit des lecteurs : «les picoreurs» destinés aux élèves de cours moyen/6e, «les grignoteurs» pour les lecteurs de 6ème/5ème et «les dévoreurs» pour les lecteurs plus confirmés, en 4e/3e). Chaque élève doit lire les cinq ouvrages de la sélection et les apprécier en attribuant à chacun une note sur 20.

Appétence à la lecture

Dans notre réseau de réussite scolaire, culturellement défavorisé, la maitrise de la langue a toujours été une priorité. Les thèmes abordés dans les ouvrages proposés dans ce prix de littérature étaient diversifiés afin de coller au gout de chacun. Nous avons donc adhéré à cette opération en y ajoutant des objectifs «éducation nationale». Outre l’objectif incontournable qui était de développer l’appétence à la lecture, et puisqu’il s’agissait surtout d’un prix, nous avons choisi de travailler sur une compétence bien particulière du cycle 3, mais aussi du socle commun de connaissances et de compétences, à savoir «Argumenter, expliquer, formuler et justifier un point de vue», puisque les élèves auraient l’occasion d’échanger sur ces ouvrages.

La place de la coordonnatrice

C’est là que mon rôle de coordonnatrice et animatrice RRS[[Le RRS piloté par le collège Jean Rostand de Le Cateau compte 17 écoles élémentaires et 2 écoles maternelles, réparties sur 13 villes et villages alentours. J’en suis la coordonnatrice depuis septembre 2009. Auparavant enseignante dans ce réseau, j’ai eu à de nombreuses reprises, l’occasion de travailler en continuité école-collège.]] a pris tout son sens : prise de contact avec les professeurs de français du collège, exposé des ouvrages et du projet aux enseignants du primaire et du collège, formations et animations pédagogiques autour de certains ouvrages des sélections (travailler sur les différentes entrées possibles dans un ouvrage de littérature de jeunesse) et sur la manière de travailler l’argumentation et la justification. Certains enseignants m’ont sollicitée régulièrement dans l’année sur l’exploitation des albums et les projets de classe menés autour de ces albums. Cela fait deux années maintenant que de nombreuses classes du RRS de cycle 3 et du collège sont conquises par le projet, trouvant là un moyen de donner du sens aux apprentissages et de motiver les élèves. Je me suis occupée de recueillir les inscriptions, d’acquérir des ouvrages par le biais du collège qui avait inscrit cette action dans ses demandes d’aide au conseil général du Nord. J’ai consacré du temps à assurer la liaison entre les classes de primaire et de collège, allant régulièrement au collège pour aménager les emplois du temps des sixièmes et ainsi faciliter les rencontres CM2/6e.

Une occasion de découvrir le collège

Sur ces deux années, les échanges ont été nombreux et divers. Chaque année, la rencontre avec un auteur a été un moment fort pour nos lecteurs et elle est devenue un élément central de cette opération dans le RRS de Le Cateau. Le salon du livre, toujours programmé en fin d’année, en est un autre : les élèves sont confrontés à différents ateliers touchant aux différents domaines d’apprentissage et aux différents univers de chaque auteur qu’ils ont découverts lors de la première phase de l’opération.

Ruralivres offre donc une splendide opportunité de travailler la littérature de jeunesse en maintenant l’appétit et l’envie des élèves sur une durée longue puisque je programme les différentes actions régulièrement dans l’année scolaire. Ils sont directement en contact avec les professionnels du livre (bibliothèque municipale, médiathèque, éditeurs, auteurs, illustrateurs…). L’opération permet en outre à nos «petits» élèves de primaire d’avoir un contact régulier avec le collège et quelques professeurs, de désacraliser la rentrée en 6e et donc de réduire le temps d’adaptation à l’arrivée au collège, de faire connaissance avec le principal et le principal adjoint (qui ont accueilli cette opération et les élèves avec beaucoup d’enthousiasme), de fréquenter le CDI et de trouver quelques repères au niveau des locaux… Et c’est l’occasion pour les enseignants du collège de faire connaissance avec certains élèves dont le profil est particulier.

Je peux affirmer que sans le poste de coordonnateur/animateur REP/RRS aucune de ces actions n’aurait été possible, car l’organisation, la mise en œuvre, la conception pédagogique prennent un temps considérable. Les prises de contact avec les auteurs, l’agencement de leur venue, la conception de leur intervention (que je voulais composée en fonction des programmes officiels) ont eu également un impact pédagogique sur de nombreuses autres classes qui pourront adhérer dans les prochaines années.