L’ouvrage rassemble plusieurs contributions de chercheurs qui permettent de mieux comprendre les apprentissages à l’école maternelle et élémentaire. Il est principalement centré sur le rôle de la mémoire et sur le langage écrit et oral. C’est dire l’importance du sujet lorsqu’on s’intéresse à la réussite des élèves, aux remédiations et aux actions pédagogiques préventives.

Ainsi Alain Lieury fait le point sur les mécanismes de la mémoire (ou plutôt des mémoires), présente et exemplifie sa méthode de l’apprentissage « multiépisodique » et argumente pour un apprentissage des contenus : il ne suffit pas d’apprendre à apprendre.

Roland Goigoux et Sylvie Cèbe livrent les objectifs d’un apprentissage de la compréhension en lecture et les principes du matériel Lector et Lectrix qu’ils ont mis au point en collaboration avec des enseignants : rendre les élèves capables de réguler leur lecture, inciter à construire une représentation mentale, inviter à suppléer aux blancs du texte, conduire à s’interroger sur les pensées des personnages, faire rappeler et reformuler pour apprendre à mémoriser, réduire la complexité, apprendre à ajuster les stratégies aux buts fixés, faire du lexique un objectif permanent, planifier un enseignement explicite, favoriser la clarté cognitive, assurer une attention conjointe, favoriser l’engagement des élèves dans les activités, stabiliser les formats, répéter sans lasser, enseigner les procédures requises par les tâches scolaires, concevoir une planification ajustée aux besoins des plus faibles lecteurs.

Philippe Boisseau, à partir d’enregistrements de situations d’oral en maternelle, montre à quel point la qualité des interactions avec les adultes influe sur les progrès des élèves, en particulier dans trois domaines essentiels : les pronoms d’énonciation, les temps des verbes et la complexité syntaxique des phrases. Philippe Boisseau met en garde contre la tentation d’imposer trop tôt à l’oral les structures syntaxiques de la langue écrite « correcte ». Il rappelle aussi qu’aider les élèves qui en ont besoin à développer leur langage oral constitue une priorité pour leur permettre de réussir ensuite l’apprentissage de la lecture.

Véronique Boiron, de son côté, indique que le langage sert non seulement à communiquer, mais aussi à l’évoquer l’absent, à créer des significations inédites et à penser le monde. À l’école, les élèves accèdent à des usages du langage souvent en rupture avec les usages ordinaires. Lorsque l’école fait appel à leur vécu, c’est implicitement un prétexte à des apprentissages scolaires. Une activité des maitres essentielle pour permettre aux élèves de réussir consiste à conduire ceux-ci vers ces nouveaux usages du langage ; parler à l’école ne consiste pas à convoquer les évènements de la vie ordinaire mais à « parler-penser » : généraliser, catégoriser, etc.

Emmanuelle Canut, corpus de productions de jeunes enfants à l’appui, décrit les processus d’acquisition du langage, au cours de dialogues adulte-enfant. Les « reprises », imitations actives des verbalisations de l’adulte, jouent un rôle majeur dans l’appropriation des schèmes cognitivo-langagiers. Elle montre ensuite comment le passage à l’écrit peut être conçu dans la continuité avec l’oral grâce à la dictée à l’adulte. Le chapitre se termine par des conseils sur la façon de conduire des interactions langagières adaptées.

Le chapitre de François Boule est consacré à la construction de la représentation de l’espace. Dès qu’une activité de reconnaissance de formes ou de solides, de comparaison de l’orientation d’une figure, est complexe, la verbaliser permet de prendre des repères et de soulager la mémoire de travail. C’est aussi par le langage que les liens logiques sont constitués et que peut être travaillé le transfert des connaissances d’une situation à une autre.

Les contributions rassemblées dans la dernière partie du livre sont plus hétéroclites. Elles traitent de la motivation (Fabien Fenouillet), des « effets perlocutoires » du langage (Pierre Vermersch), d’une recherche longitudinale à méthodologie expérimentale sur les progrès en lecture, en compréhension et en orthographe dans un environnement socioéconomique défavorisé (Catherine Billard et ses collègues), d’une analyse des erreurs d’élèves en mathématiques (Odette Bassis).

Au total, la plupart des chapitres de l’ouvrage sont des synthèses de recherches solides et claires. Ils constituent autant d’éclairages utiles pour les praticiens soucieux des élèves les plus fragiles.

Jacques Crinon


Programmation 2014-2015

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