Nos amis de Éducation & Devenir viennent de publier sous forme numérique de passionnants Actes de leur colloque à Marseille sur le lycée, qui a eu lieu en mars dernier.
Un plateau impressionnant, puisqu’il réunissait les principaux initiateurs des réformes qui ont été tentées, avec des succès variables, pour transformer le lycée, depuis le ministère Savary, à savoir Antoine Prost, Claude Pair, André Legrand, Philippe Meirieu, mais aussi des membres du « Groupe des 20 », qui a élaboré des propositions dont on espère (naïvement ?) qu’elles puissent être prises en compte par le ministère. Rappelons que le CRAP- Cahiers pédagogiques fait partie de ce groupe et d’ailleurs, Philippe Watrelot est présent dans ce « livre blanc », sa contribution portant sur le si essentiel « accompagnement » (il signale cependant les ambiguités du terme). On trouvera aussi les propositions de Education et devenir et deux apports importants de membres de ce mouvement : José Fouque, à partir de son expérience de proviseur, et Françoise Clerc qui a conclu les travaux. R.F Gauthier, dans une contribution remarquable, nous aide à situer le lycée français et ses problèmes dans un contexte international. Et Thomas Reverdy développe longuement une expérience de travail en équipe à Bondy, en lien avec Sciences Po (« Le lycée de mes rêves »)

Ce document de près de 100 pages est vraiment précieux et riche. Il n’élude pas les « questions qui fâchent » ni les divergences possibles de stratégies entre « réformateurs ». Philippe Meirieu notamment se démarque de l’idée que tout doit venir du terrain et montre l’importance, à certains moments, de décisions politiques volontaristes. Alors que Claude Pair insiste sur le fait qu’il faut « savoir prendre du temps » et qu’un « ministre s’honorerait en mettant en place une procédure de réforme au long cours qui lui survive. »

Notons aussi la remarque de José Fouque : « Il n’est pas imaginable d’espérer réformer le lycée, sans une vraie négociation, avec le syndicat majoritaire des enseignants. Depuis presque trente ans, la social-démocratie et la droite, alternativement au pouvoir, ont tenté d’isoler le syndicat majoritaire, ou de le contourner. Cette attitude a eu pour effet de radicaliser une partie importante de ce syndicat, alors que chacun des partenaires a un véritable intérêt à engager l’ensemble des syndicats et associations dans un projet réaliste qui vise le possible du moment. ». On est là au cœur des interrogations sur le choix de la « bonne stratégie », si difficile en ces temps où, comme le note Antoine Prost, l’éducation est si malmenée.

Reste beaucoup de points forts qui font consensus chez les intervenants : nécessité de transformer le métier d’enseignant et en particulier de former à la gestion de l’hétérogénéité, rôle décisif des « études » et de l’apprentissage des méthodes de travail sur lesquelles insiste Antoine Prost, invitation à articuler ce qui doit se passer au niveau des apprentissages et la vie scolaire (responsabiliser le plus possible les lycéens pour que, précisément, ils deviennent plus « responsables »)
Les pistes évoquées en tout cas nous proposent bien autre chose qu’un rafistolage trompe l’œil (ce que risque de devenir la réforme initiée par le rapport du recteur de Gaudemar, également présent à ce colloque. )

Il faut se donner , selon le nom que s’est donné le « groupe des 20 » évoqué plus haut, de l’ « ambition pour le lycée ».

Téléchargement de la version électronique (format PDF) au prix de 7 € sur le site de Éducation & Devenir.