Cahiers pédagogiques : La rentrée s’est effectuée à la Réunion. Y a-t-il des écoles fermées, et sur quels critères ?

Thierry Volck : Il n’y a aucune école fermée, la seule exception notable étant celle d’une école privée, dont la direction avait pris l’initiative de la fermeture, et dont le préfet a demandé la réouverture immédiate.

C.-P. : L’expérience de la chicungunya a-t-elle servi et est-elle présente dans les esprits ?

T.-V. : Le chicungunya reste bien présent dans les esprits, d’autant que deux cas avérés ont été constatés dans l’ouest : les Réunionnais craignent une « combinaison » des deux affections.

C.-P. : Quelles mesures sont-elles prises ? L’institution est-elle à la hauteur ? Quel est le ressenti des parents ?

T.-V. : Toutefois, personne ne cède à la panique. Les services médicaux semblent faire face, mais de nombreux médecins se plaignent que leurs lignes téléphoniques et leurs cabinets soient encombrés par des affections qui ne sont pas toujours de type A, encombrement qui ne permet pas toujours de répondre à des sollicitations plus urgentes. On retrouve le clivage entre les praticiens qui ont tendance à majorer le problème et ceux qui souhaiteraient qu’il soit traité à sa juste mesure. Dans le corps enseignant, peu d’atteintes pour le moment, mais la pandémie n’en est pas encore à son pic. Les services rectoraux assurent qu’en cas de fermeture d’une classe en école primaire, le remplacement sera assuré le lendemain Mais nul ne peut assurer qu’en cas de fort absentéisme professoral, les moyens de remplacement seront à la hauteur des besoins. Dans les collèges et lycées, certains chefs d’établissement, ainsi que certaines organisations syndicales pointent du doigt le manque de personnel médical (infirmières en particulier) et signalent également que, dans certains établissements, l’absence de plusieurs agents de l’administration commencent à poser des problèmes de gestion quotidienne.

C.-P. : Quelle est la réflexion de Ligue de l’enseignement sur un accompagnement hors école pour les élèves privés d’école ? Que pensez-vous du recours à Internet comme solution miracle ?

T.-V. : La Ligue, à ce stade de la maladie, n’a pas encore posé le problème en ces termes ; néanmoins, elle y est prête dans la mesure où l’accompagnement scolaire fait partie des missions qui sont définies dans le contrat d’objectif passé avec le ministère. À La Réunion, le recours à Internet est loin d’être une solution miracle, car un nombre important de familles aux revenus modestes ne possède pas cet équipement.

C.-P. : L’épidémie révèle-t-elle des problèmes spécifiques à l’école réunionnaise ? Où en est celle-ci ?

L’épidémie, d’après les derniers chiffres officiels, touche à ce jour environ 30 000 cas identifiés. Selon la presse, sur 227 100 élèves inscrits en primaire et secondaire, il y aurait environ 2 900 enfants grippés. Le nombre d’enseignants grippés est à ce jour négligeable, sans qu’on puisse bien sûr faire de pronostic pour les semaines à venir. Il n’y a donc pas de mouvement de panique actuellement ; néanmoins, certaines organisations de parents d’élèves et d’enseignants se plaignent d’une information insuffisante.

À noter que les Réunionnais ne sont pas très « chauds » pour porter le masque, et que la consigne qui consiste à éternuer dans sa manche les fait « doucement rigoler », car dans le pays, on a souvent des vêtements… sans manches !
La visite récente de la Ministre de la Santé n’a pas amené d’éléments de réflexion et d’information supplémentaires.

En résumé, des citoyens attentifs, des parents mobilisés, mais aucun mouvement de panique. Le recours au vaccin n’est pas attendu avec impatience, dans la mesure où celui qui avait été promis pour traiter le chikungunya n’a jamais vu le jour : en quelque sorte, de ce point de vue, les Réunionnais sont… vaccinés !

Propos recueillis par Jean-Michel Zakhartchouk