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Les rythmes scolaires : de l’imagination et du courage !

Il n’y avait pas grand monde en 2008 pour défendre l’intérêt pédagogique de la suppression du samedi matin à l’école primaire, et de la généralisation de la semaine de quatre jours qui a suivi. Même une commission parlementaire constituée sur le sujet déclare à présent son opposition à cette organisation du temps scolaire au primaire, et se prononce pour le retour à des semaines de quatre jours et demi, ainsi que pour une augmentation du nombre de jours d’école dans l’année, par une réduction des vacances scolaires. Très bien. Pourtant, ce serait bien court d’en rester là, et c’est bien pour contribuer à ce que les approches éducatives, dans toutes leurs dimensions, soient prises en compte que le Cape a souhaité travailler sur ce sujet, dans toute sa diversité d’un collectif regroupant des mouvements pédagogiques et des associations complémentaires de l’école. C’est dans cet esprit qu’une contribution a été rédigée, et que le collectif a organisé un débat au salon de l’Éducation. À cette étape, alors que la Conférence nationale mise en place par le ministère doit rendre ses propositions au printemps prochain, nous avons voulu, avant tout, pointer des questions majeures, qui restent en chantier.
Deux lapalissades nous semblent devoir guider la réflexion : les temps scolaires sont d’abord des temps d’apprentissage pour les enfants ; les temps d’apprentissage ne se résument pas aux temps scolaires. Cela va de soi, force est de constater à quel point ces principes simples sont difficiles à prendre en compte dans la réalité.

Quels emplois du temps pour mieux apprendre ?

Le temps scolaire est actuellement bien davantage contraint par des nécessités administratives que le souci des apprentissages des élèves. Si les élèves du primaire, de la maternelle au CM2, ont vingt-quatre heures de cours par semaine, éventuellement deux heures supplémentaires pour ceux qui sont concernés par l’aide individualisée, c’est pour que cela corresponde au service hebdomadaire du professeur des écoles responsable de la classe. Si les emplois du temps au secondaire sont découpés en heures, parsemés de « trous » durant lesquels on ne sait pas trop quoi faire des élèves, figés à l’année, c’est pour assurer la correspondance un enseignant/une discipline/une classe/une salle, mécanique complexe, redoutable exercice d’ajustement pour les chefs d’établissement, qu’on ne touche plus de l’année scolaire une fois stabilisé… Que ce soit la meilleure organisation pour apprendre, c’est une autre affaire ! Comment imaginer un fonctionnement construit à l’inverse, c’est-à-dire en partant de la question de la meilleure organisation possible pour les apprentissages ?

Apprendre, forcément fatiguant ?

Il faut sortir de l’opposition un peu ridicule entre le temps de l’école, qui serait un peu comme le temps de travail d’un salarié, et le temps hors scolaire, temps libre, temps des vacances, consacré au repos. Les enfants ne débranchent pas leurs facultés d’apprendre en sortant de l’école ! Et si les activités scolaires sont fatigantes, ce n’est pas d’abord du fait des activités cognitives, de la nécessité de se concentrer, de faire des efforts pour se confronter aux difficultés ; c’est bien davantage du fait des contraintes physiques imposées aux enfants à l’école, de la soumission à un cadre spatial et temporel (rester assis, faire ce qui est demandé un temps donné), de la promiscuité et des tensions provoquées par la vie collective. Au-delà de la question du temps, des périodes de la journée propices aux apprentissages, de la durée des capacités de concentration des jeunes, comment prendre en considération leurs conditions de vie à l’école, l’aménagement des salles de classe, l’ajustement entre les temps de vie collective et les temps de repos individuels ?

Plus ou moins d’école ?

Les historiens décrivent la baisse tendancielle du temps scolaire, en particulier pour l’école primaire, des 1 300 heures de la fin du XIXe siècle aux 864 d’aujourd’hui. Pour autant, les élèves apprennent-ils moins ? Faut-il se satisfaire de l’équilibre qui s’établit ainsi entre les apprentissages effectués dans l’école et ceux qui sont effectués de facto en dehors ? Cette évolution donne une importance grandissante au cadre familial, à la transmission par les divers canaux médiatiques, au temps éducatif assuré éventuellement par des associations, ou encore des cours particuliers. Faut-il se satisfaire de cette tendance, souhaiter et contribuer à ce qu’elle se poursuive, ou au contraire accroitre à nouveau la durée de l’école ? Avec quels contenus, quel encadrement ?

Ah, l’autonomie…

Dans les débats actuels, il est beaucoup question de l’autonomie comme levier d’action pour agir sur cette question des rythmes. Actuellement, les établissements ont très peu d’autonomie dans la délimitation des heures de cours données aux élèves. Un enseignant qui n’assure pas une heure de cours aura une retenue sur son salaire pour service non fait. Un établissement qui ne respecterait pas le nombre d’heures de mathématiques hebdomadaires prévues pourra être sanctionné par un tribunal administratif. Par contre, l’autonomie est à peu près totale pour ce qui concerne l’organisation du travail personnel des élèves. Un enseignant comme un établissement ont toute latitude pour donner des « devoirs à la maison », un peu, beaucoup, pas du tout. L’organisation des évaluations est entièrement laissée à la responsabilité de chacun : on peut demander poliment d’éviter l’accumulation de devoirs sur table une même journée ou une même semaine, on sait ce qu’il en est pour les périodes qui précèdent les conseils de classe… Plutôt que d’en faire une recette miracle dans une situation qui serait corsetée par des contraintes règlementaires nationales, il faut plutôt se poser la question de la bonne échelle pour des degrés de l’autonomie, des domaines sur lesquels des contraintes doivent être posées, ou bien des marges de manœuvre reconnues aux acteurs.

Se libérer des grilles des emplois du temps ?

La recherche de modalités nouvelles pour le temps scolaire ne date pas d’aujourd’hui : ainsi l’organisation de cycles d’enseignement, à l’école primaire et au collège depuis 1989 ; les tentatives pour définir des parcours plus personnalisés pour l’accompagnement des élèves au travers de l’aide personnalisée au primaire, des PPRE, des itinéraires de découvertes, des travaux personnels encadrés, etc. Comment passer de mesures marginales, au sens premier du terme, c’est-à-dire en marge des emplois du temps classiques, à des dispositifs qui occuperaient une part importante du temps des élèves ? On peut poser les mêmes questions pour des innovations portant sur des contenus d’enseignement, ce que l’on regroupe sous l’intitulé général « éducation à… ». Vouloir éduquer à la citoyenneté, aux médias, à la sécurité routière, au développement durable, à l’histoire des arts, peut s’entendre comme autant de tentatives pour créer du lien entre ce que les élèves apprennent en dehors et dans l’école. Mais ces belles intentions achoppent bien souvent sur la question du temps, en étant, faute d’imagination, peut-être de courage, renvoyées à une approche « transversale », sans que l’institution qui les prescrit prévoie de temps spécifique pour cela. Il n’y a certes plus de place dans les emplois du temps pour leur prise en compte : mais est-ce que ce ne serait pas justement une occasion de les remettre en cause des grilles corsetées par le découpage disciplinaire ?
Bien des questions pour lesquelles personne ne peut prétendre avoir de réponse définitive, le Cape pas plus que d’autres. Mais nous comptons bien continuer à y travailler.

Patrice Bride
Rédacteur en chef des Cahiers pédagogiques


Programmation 2014-2015

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