Ce livre aurait pu être un défi : proposer une synthèse des savoirs actuels sur l’enseignement et l’apprentissage de la lecture, depuis les premières découvertes en maternelle jusqu’à la fin du primaire, en alliant théorie et pratique. Le projet pourrait faire peur, mais cela donne au final un ouvrage très clair, complet et facile à lire. Les nombreux chapitres sont chacun consacrés à un point précis et divisés en parties courtes aux titres explicites qui permettent de trouver rapidement un renseignement (ainsi le chapitre sur « L’identification des mots » aborde-t-il successivement le décodage, les démarches d’enseignement centrées sur la synthèse, l’analyse, leur combinaison, l’apport du contexte, l’interaction entre les diverses habiletés qui construisent cette compétence et la façon d’intervenir quand un élève bute sur un mot en lecture orale). Des schémas et des tableaux — très compréhensibles, ce qui n’est pas toujours le cas dans les ouvrages de didactique ou de psychologie cognitive – illustrent le propos ou en mettent en valeur les idées principales. Le lien est constant entre propos plus théoriques et aspects didactiques : par exemple, on passe de « Le cerveau et les difficultés en lecture « à « Les principes d’intervention », dans un mouvement qui va des connaissances à l’action. Mais si la didactique est omniprésente, c’est bien l’élève, ou plutôt les élèves dans leur diversité, qui sont au centre des préoccupations de l’auteur, avec un souci particulier pour les élèves « à risques », pour les causes et la prévention des difficultés, pour les obstacles que rencontrent tous les apprenants. Une partie entière est d’ailleurs consacrée aux élèves à besoins particuliers, que ces besoins viennent de difficultés persistantes ou d’un contexte social à prendre en compte, comme celui des élèves non francophones.

Les processus d’apprentissage sont soigneusement décrits : acquisition de la conscience phonologique chez les plus jeunes, rôle du lexique orthographique ou de la connaissance du vocabulaire, compréhension de ce qui est lu… A chaque fois, l’auteur tire des conséquences pour la pratique : comment enseigner à faire des inférences, comment enseigner le vocabulaire, construire une séquence de lecture, comment choisir et faire comprendre et apprécier les textes littéraires ou travailler sur les textes informatifs, etc. Les débats ne sont pas gommés : l’auteur peut alors indiquer, comme à propos des « méthodes » d’enseignement du code (analytique, synthétique ou mixte), qu’ « aucune recherche n’a prouvé la supériorité de l’une sur l’autre », ou prendre parti, comme elle le fait sur la nécessité d’enseigner des stratégies pour comprendre un texte ; elle ne laisse cependant jamais croire qu’il y aurait des solutions miracles, le panorama devant lequel est placé le lecteur est informatif, sans dogmatisme, même s’il y a des conseils et des suggestions.De nombreuses références et une bibliographie fournie permettront à ceux qui le désirent d’approfondir tel aspect qui les intéresse…

Présentant une vulgarisation intelligente des acquis de la recherche, les mettant en relation avec une pratique de classe centrée sur l’activité intellectuelle et les besoins des élèves, ce livre mériterait de devenir un classique des bibliothèques pédagogiques.

Elisabeth Bussienne