Un ouvrage qui rassure, car il prend au sérieux les inquiétudes qu’on a en débutant, les dédramatise, donne des outils et des conseils sans rien imposer ; un livre centré sur la pratique, qui réussit à la relier sans lourdeur aux nécessaires notions théoriques.

«L’essentiel du prof d’école» en deux-cents pages environ : c’est la promesse de cet ouvrage. Promesse tenue. On part des missions de l’école pour traiter d’abord des aspects pédagogiques et didactiques du métier, en abordant aussi bien la question de l’autorité que celle du regard à porter sur l’élève, celle de la préparation de la classe que celle de l’évaluation : chaque aspect du métier fait l’objet d’un court chapitre. C’est écrit de façon vivante, avec des exemples, des anecdotes vécues en classe, qui illustrent le propos et rendent concrètes les notions abstraites, avec le souci du lien entre la pratique et les éléments théoriques. De brefs encadrés complètent l’information : ils citent des extraits de textes officiels, de pédagogues et de spécialistes de sciences de l’éducation (Freinet, Oury, Develay ou Perrenoud par exemple), d’articles de revue (dont les Cahiers pédagogiques).

Les auteurs anticipent les interrogations du débutant à la veille de sa première rentrée : quel matériel demander ? Comment accueillir les élèves le premier jour ? Organiser l’espace ? Mettre les élèves en activité ? Et en maternelle ? On trouvera des exemples d’emploi du temps, de programmation, de projets. Mais si conseils il y a, jamais de leçon, jamais de dogmatisme. Au contraire, les auteurs insistent sur l’importance pour chacun de chercher la façon de faire qui lui convient, incitent à se sentir libre, montrent les marges de manœuvre dont dispose l’enseignant ; s’ils invitent à s’appuyer sur les conseils des collègues plus expérimentés, c’est en ajoutant aussitôt que « les méthodes qu’ils ont mises au point peuvent ne convenir qu’à eux »… On n’est pas dans le prescriptif, mais dans le souci d’informer la réflexion et les choix.

Les difficultés du métier ne sont pas escamotées : on aborde le cas des «élèves difficiles», de ceux qui ne gênent personne et qu’on oublie de mettre au travail, car ils sont transparents ; on traite de la sanction, de la violence, sans fatalisme ni dramatisation. Une constante : le regard positif porté sur l’élève ; l’importance de la relation, de l’accueil de l’élève comme une personne est régulièrement affirmée. Bref, sans naïveté, les auteurs invitent le lecteur à s’appuyer sur le postulat d’éducabilité, à être exigeant (même en ZEP !), à être à l’écoute, à avoir le souci de chacun, à différencier. Ce n’est pas un hasard si l’exercice de l’autorité est traité dans un chapitre intitulé : «Enseigner, c’est établir une relation humaine».

Mais il n’y a pas que la classe et après cet aspect essentiel, le travail d’équipe des enseignants, les relations avec les parents, les partenariats, l’ouverture de l’école en particulier sur l’environnement culturel sont abordés dans les derniers chapitres de ce livre qui se clôt, avant quelques documents, sur les aspects institutionnels du déroulement d’une carrière d’enseignant.

Chaque chapitre est accompagné d’une brève bibliographie d’ouvrages eux aussi essentiels, pour qui veut aller plus loin.

C’est un livre qui rassure, car il prend au sérieux les inquiétudes qu’on a en débutant, les dédramatise, donne des outils et des conseils sans rien imposer, un livre centré sur la pratique qui réussit à la relier sans lourdeur aux nécessaires notions théoriques, un livre qui fait confiance aux jeunes maitres et fait pour eux comme pour les enfants le pari de l’éducabilité en incitant à poursuivre la réflexion. Il sera certes utile aux professeurs d’école débutant, mais probablement aussi aux collègues chargés de les accompagner sur le terrain. Utile, pratique et concret, sans prétendre remplacer une formation actuellement mise à mal…

Élisabeth Bussienne


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