Encore une fois, sous prétexte de lutter contre « l’assassinat des belles lettres », quelques associations se mobilisent pour ressasser leurs récriminations habituelles et s’en prendre particulièrement à « l’écriture d’invention » considérée comme un exercice de collège, et ramenée par conséquent à un exercice puéril, dénué de toute aptitude à transmettre le goût de la littérature et incapable de permettre le moindre accès à la rhétorique que seuls le commentaire composé et la dissertation seraient en mesure d’inculquer aux jeunes esprits, sommés de s’incliner méthodiquement devant les modèles.

Les tentatives d’approcher la littérature de manière vivante et impliquante doivent-elles systématiquement être vécues comme un crime de lèse-majesté ? Le danger est-il si grand de voir nos élèves « s’essayer » à l’écriture, et obliger les profs à travailler sur de nouveaux critères d’évaluation ? Il est certes plus facile pour nous de faire jouer nos capacités de jugement et de critique sur les textes achevés des grands auteurs – ce que nous continuerons à faire d’ailleurs, le problème ne se posant pas en terme d’exclusive – que d’entrer dans une démarche d’invention et d’amélioration des textes.

Il est vrai que l’imagination peut se révéler difficilement maîtrisable ! Et savoir commenter en trois « axes » l’insolence de Rimbaud est une excellente façon « de former les esprits »… à l’obéissance et à la conformité.

Pierre Madiot et Marie-Christine Chycki, professeurs de lettres.