Jean Aubégny, un moment rédacteur des Cahiers pédagogiques, a longtemps œuvré pour la formation et l’évaluation. Il avait déjà publié un récit. Voilà qu’il nous en livre un second de nature initiatique et au titre séduisant, L’Anachorète.
Éduqué par un prêtre avant que d’être lui-même le maître d’un jeune homme (sans jamais en être le magister ! p. 98) l’anachorète s’est donné une des plus vieilles missions du monde : « rendre plus intelligibles les mystères du monde » (p. 78) et, pour cela, il est amené à découvrir et traduire les récits de la création dans des langues toutes mortes ! Pour cela aussi, il est banni par les détenteurs du pouvoir séculier.
Située en Irlande, occupée et écrasée, dont la langue elle-même dépérit au point de perdre le nom originel du pays, cette vie consacrée au mysticisme – et non à la dévotion -, cette vie d’études est donc celle d’un banni et d’un excommunié. Il est vrai que l’homme disait la messe sans avoir été ordonné prêtre ! Les manuscrits qu’il découvre et les traductions qu’il en fait remettent sérieusement en cause la tradition chrétienne et catholique, notamment celle d’un papyrus racontant le déluge avant la Bible et en donnant une description bien plus précise.
De quelle initiation est-il question ici ? Il est sans doute présomptueux de vouloir éclairer ce qui est obscur, dévoiler ce qui n’est qu’évoqué et clarifier ce qui est entre deux eaux. Mais, dans cette parabole, je vois le développement d’une pensée sur l’étude et sur l’éducation. Tant l’anachorète que son fils spirituel vont adhérer spontanément au « gai savoir ». Aucune trace de contrainte ; les heures elles-mêmes, si comptées dans les couvents et monastères, s’écoulent ici librement et permettent de mener à bien ce qui doit l’être. Elles offrent l’opportunité d’une découverte, de la conduite d’une traduction à son terme. Sans oublier les bonnes manières qui font de notre homme et de son disciple de fervents socialisateurs.
En écrire plus serait tomber dans le délire rationaliste que dénonce, à sa manière, cette œuvre et retirerait au lecteur le plaisir d’un récit dont l’intérêt repose sur une érudition dont il n’est fait nul étalage, et dont la transmission amoureuse fait tout l’intérêt.

Richard Étienne


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