L’éducation au développement durable doit permettre aux élèves de réfléchir à la multiplicité des questions qui lui sont associées. Pour éviter la transmission d’une doxa nourrie exclusivement des bons gestes environnementaux, entrer dans la complexité apparait nécessaire. La sensibilisation à un monde plus durable convoque le thème des énergies, du respect de l’environnement et de ses citoyens, et néglige souvent, parallèlement, celui des discriminations ou des inégalités à différentes échelles. Pourtant, nombreux sont les rapports internationaux (tel celui du Global Sustainable development Report de 2019) qui soulignent l’importance de ces différentes dimensions.

Déchiffrer les interactions entre facteurs et acteurs concernés suppose, pour les élèves, de maitriser des outils intellectuels irréductibles au champ d’une discipline particulière. La manière d’envisager l’EDD (éducation au développement durable) fait l’objet de postures pas toujours comparables de la part des chercheurs ou des formateurs, mais, en s’inscrivant dans la transversalité, la formation des professionnels de l’éducation peut leur permettre de se situer face aux différentes questions posées par la durabilité.

Du Sulitest au projet de module spécialisé

Plateforme née en 2012, Sulitest a été créée pour « supporter l’extension des connaissances, compétences et mentalités qui motivent les individus à devenir profondément engagés à construire un futur durable ainsi qu’à prendre des décisions informées et efficaces ». Son moyen d’action le plus notable, le Sustainability Literacy Test, a été articulé au programme pour l’environnement des Nations unies. Il prend la forme d’un questionnaire à choix multiples, fondé sur une matrice évoquant, dans une perspective internationale, une variété de sujets, et il est complété par des modules spécialisés portant sur une zone géographique (module local) ou un sujet (module professionnel) particulier.

Si l’ONU définit dix-sept Objectifs du développement durable (ODD), quatre concernent l’accès, pour tous, à une éducation de qualité, c’est-à-dire une éducation qui intègre des compétences associées à l’environnement et à la durabilité. Ainsi, dans le prolongement du Sustainability Literacy Test, a été mis en place un groupe de travail constitué d’enseignants et d’enseignants chercheurs spécialisés dans des disciplines distinctes et travaillant à l’Inspé de l’académie de Versailles (au sein de l’université de Cergy-Pontoise), afin de créer un module professionnel au sein du Sulitest, à destination des enseignants français du premier degré. En complémentarité (et non en substitution) des actions de formation permettant d’étudier des situations plus complexes, son objectif est d’ouvrir sur la diversité des enjeux portés par les questions de durabilité, ceci afin d’aider les enseignants à saisir plus précisément la multidimensionnalité des transformations sociétales.

Collaboration et perspectives

Les domaines retenus, dans le respect des programmes français en vigueur, ont été abordés dans le module de manière à rester pertinents pour d’autres contextes nationaux. Si les contraintes ont été nombreuses et, plus particulièrement, celle du format qui devait favoriser l’attractivité du test, les questions ont été mises en perspective avec des références bibliographiques consultables à des fins de formation. Une première version du module a été destinée à la formation initiale des enseignants du premier degré. Ainsi, l’université de Cergy-Pontoise a proposé à plusieurs cohortes d’étudiants inscrits en master MEEF (métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation) professorat des écoles d’effectuer le test.

Le travail de réflexion a ensuite été prolongé dans le cadre d’un groupe restreint d’enseignants, lors de l’université d’été de l’Éducation par la recherche organisée en juillet 2019, à Paris, au Centre de recherches interdisciplinaires (CRI). Les échanges qui se sont tenus dans les ateliers menés lors de cette journée ont permis de situer l’accessibilité des questions tout en interrogeant, notamment, les apports bibliographiques du premier module constitué pour évaluer son degré de pertinence et ses insuffisances. Ainsi, les ateliers ont fait émerger de nouveaux objets et les participants ont enrichi le test pour renforcer son efficacité comme outil d’information et de formation.

Le module sera nécessairement appelé à évoluer pour devenir, éventuellement, un outil mobilisable dans différentes structures de formation et, s’il devenait certifiant, valorisable par les étudiants pour leur insertion professionnelle. Il pourrait être proposé, à plus long terme, aux autres professionnels de l’éducation, aux personnels d’encadrement et aux acteurs de la formation des enseignants. Mais il doit encore être retravaillé, dans un cadre institutionnel mouvant, pour prendre en charge les compétences susceptibles d’être concernées par l’EDD.

Rita Khanfour-Armalé
Maitre de conférences en chimie

Guilhem Labinal
Maitre de conférences en géographie

Carine Royer
Maitre de conférences en psychologie cognitive
CY Cergy Paris Université, Inspé de l’académie de Versailles