Le 11 septembre, on pouvait dire : « Ce sont des Américains, des impérialistes, des va-t-en-guerre ! »
Le 7 janvier, on pouvait dire : « Ce sont des dessinateurs, des blasphémateurs, ils ne respectent rien ! »
Le 12 novembre[[Il y a eu un attentat au Liban ce jour-là ; le deuil national décidé dans ce pays a été balayé par les attentats de Paris dans nos esprits.]], on pouvait dire : « Ce sont des gens du Hezbollah tués par des membres de l’État islamique, des musulmans qui se massacrent entre eux, cela ne nous regarde pas ! ».
Mais du 13 novembre, que pourrait-on dire ? Toutes les personnes visées regardaient un match de football, écoutaient un concert de rock ou profitaient d’un vendredi soir paisible pour boire et manger entre amis.

Que pourrait-on dire ? Non. Juste non.

Un non tranquille, ferme et assuré, en tout premier lieu. Un non de citoyen engagé dans une réflexion sur le renoncement à la violence. Dire non, c’est expliquer que tout ne se vaut pas, que des crimes ne peuvent justifier des crimes, que le recours aux massacres perpétue les massacres, empêche de cheminer vers la paix et de raison retrouver. Dire non, c’est tenter de maintenir à flot notre humanité au moment où les émotions menacent de la submerger et de l’entrainer dans une surenchère guerrière.

Un non qui sonne aussi comme un appel au dialogue mais qui n’est pas prêt à tout accepter au nom du droit des victimes. Dire non, c’est renoncer à se faire justice soi-même : les crimes contre l’humanité, il y a les tribunaux internationaux pour ça. Nuremberg a fait plus contre le nazisme que l’assassinat de Ben Laden contre le terrorisme. Dire non, c’est donc demander que les responsables soient jugés pour les crimes qu’ils ont fait endosser à des personnes fanatisées et sacrifiées tout autant que leurs victimes.

Enfin, un non d’éducatrice et d’éducateur qui entend faire face à ses responsabilités. Dire non, c’est se montrer soucieux de faire « vivre au quotidien dans sa pratique, dans son établissement, les valeurs de la République, la coopération, la tolérance, une pratique éducative [qui consiste à] continuer inlassablement à construire collectivement à l’école et ailleurs des réponses à l’injustice sociale, à l’exclusion, à l’ignorance qui sont les ferments de la violence et du fanatisme »[[Cette citation est extraite d’un message de Philippe Watrelot posté sur la liste CRAP-Cahiers pédagogiques le 15 novembre 2015 à 9 heures.]].