Ce livre a plusieurs fonctions et il est peut-être regrettable que son titre ne soit pas plus révélateur de sa richesse. Il s’agit d’un ouvrage qui se propose de décrire et analyser la pratique de ses deux auteurs, enseignants de mathématiques en collège. Il aborde donc à la fois les aspects très pratiques de la gestion de classe, de la préparation de séquences, et les aspects plus personnels de l’analyse de la pratique. À une période où beaucoup de collègues cherchent des idées nouvelles pour penser leur métier, on trouvera ici une présentation claire et authentique de ce qui motive nos deux enseignants. Si donner des « recettes » ne peut en aucun cas aider l’enseignant débutant ou le collègue plus expérimenté qui souhaite s’essayer à une pratique différente, on peut espérer que l’exposé des intentions permettra à chacun de s’interroger sur ses propres motivations. Il est en effet indispensable de se poser la question de savoir ce qu’enseigner et apprendre signifie pour nous personnellement, avant d’envisager de mettre en œuvre notre enseignement. Les auteurs partent des textes officiels pour nous en donner leur lecture et leur interprétation, ils en tirent de grandes lignes de conduite qui motiveront la plupart de leurs choix à la fois pédagogiques et didactiques. Cette première partie de l’ouvrage peut donc très bien s’adresser à tout enseignant scientifique ou non, expérimenté ou non. Les gestes les plus simples y sont détaillés pour éviter que des problèmes matériels ou organisationnels ne viennent gêner l’expérimentation des séquences proposées comme c’est malheureusement trop souvent le cas lorsqu’un stagiaire par exemple, cherche à s’emparer d’une séquence observée chez un conseiller pédagogique, sans que les différents gestes professionnels ne soient analysés. Du choix du cahier à l’utilisation du manuel, de la disposition de la classe à l’attitude à avoir face à la difficulté de l’élève, de nombreuses postures sont explicitées. Les jeunes collègues pourront trouver ici une mine d’informations sur ce qu’il faut savoir observer en classe pour prendre les informations nécessaires, les plus anciens des idées à aménager pour leur propre classe. Il ne s’agit effectivement pas de séquences modèles mais de mises en situation qui viennent illustrer les intentions des auteurs : permettre une véritable activité mathématique, partir des productions des élèves pour élaborer le savoir, différencier l’apprentissage. Le choix qui est fait est de montrer que les instructions officielles, si elles déterminent un programme qui sera effectivement respecté, n’interdisent en rien de bousculer les représentations traditionnelles du cours de mathématiques. Si des moments magistraux restent indispensables, les apprentissages se font dans la recherche, le débat, l’analyse des erreurs, la répétition et le temps. Autant de paramètres que les auteurs cherchent à prendre en compte dans la progression, la gestion du temps, la mise en place de rituels, la structure et le rôle des traces écrites, le travail individuel ou collectif, en classe ou à la maison.
Si la deuxième partie propose des séquences sur les notions clés de la 4e, il serait tout à fait possible de proposer des séquences à d’autres niveaux. C’est l’esprit et la façon dont les savoirs sont mis en problèmes qui sont à retenir, ainsi que l’énergie et le dynamisme de nos deux enseignants qui est à partager. L’esprit d’équipe, l’envie de chercher, l’analyse permanente des gestes professionnels sont indispensables pour envisager de mettre en œuvre ce qui est proposé. D’où l’idée d’un site, actuellement en élaboration, où l’échange, les idées et la réflexion pourront permettre à chacun d’avancer quel que soit son parcours antérieur, son expérience, ses compétences. Il devrait permettre de faire vivre cet ouvrage. Le risque est que des enseignants ne prennent pas le temps de lire la première partie et s’emparent des documents proposés sans avoir compris la philosophie qui les anime. Pour ceux-là aussi, les auteurs bienveillants n’hésitent pas à redire les principes fondamentaux de leur pédagogie. Ils utilisent leur expérience professionnelle jusque dans l’écriture pour permettre au lecteur de se repérer, de faire des aller-retour entre théorie et pratique. L’aspect affectif de la relation enseignante n’est pas non plus oublié, ce qui est rare dans ce type d’ouvrage. Ainsi si l’erreur de l’élève a le droit et la nécessité de s’exprimer, l’enseignant se sent aussi autorisé à ne pas réussir et à ne pas oser. Des pistes sont alors proposées pour qu’il puisse s’essayer en sécurité. Alors à vous de jouer !

Sylvie Grau


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