Faut-il voir un signe – et lequel ? – dans le fait de parler d’égalité dans l’ex-oratoire du prestigieux lycée Henri-IV ? Les trois intervenants : François Dubet, Bernard Toulemonde et Xavier Nau ont su interpeller et intéresser leur auditoire. À la qualité des applaudissements de fin de journée on pouvait imaginer que le public partageait un élément de diagnostic commun aux trois intervenants : avec une réelle volonté politique, certains effets pervers de pratiques non régulées pourraient être contrôlés et limités sinon enrayés.

François Dubet réaffirme avec force pour l’auditoire que « la qualité d’un service public d’éducation se mesure à sa capacité à mieux traiter les perdants de la compétition ». Une conséquence : les pratiques quotidiennes en classe doivent être délibérément orientées vers les plus faibles. Un bouleversement des pratiques actuelles qui pourrait conduire, suggère Dubet non sans provocation, à réserver le « soutien » aux plus forts.

Autres messages du conférencier : se soucier davantage d’éducation, remettre l’école à sa juste place : « Est-il raisonnable de confier [la] mesure [du mérite ] à une seule institution : l’école ? »

La passion de l’égalité formelle masque, selon Bernard Toulemonde, de profondes inégalités et beaucoup d’hypocrisie sociale. Se soucier de justice devrait conduire à considérer que l’égalité ne passe pas par l’uniformité. Car le droit offre des possibilités pour sortir du traitement égalitaire et aller vers plus d’équité. À condition de le vouloir.

Rapporteur d’un avis du CESE sur « les inégalités à l’école », Xavier Nau choisit, dans la conférence finale de mettre l’accent sur quelques préconisations. Un plaidoyer pour l’hétérogénéité et la restauration d’une plus grande mixité sociale, à l’échelle du territoire comme à celle de l’établissement : «  C’est l’hétérogénéité qui paye, c’est l’homogénéité qui plombe. »

Des propositions sur la redéfinition du temps de service des enseignants qui rejoignent celles issues de nos Assises de la pédagogie : inclure des tâches qui n’en font pas officiellement partie aujourd’hui (ou de façon marginale avec des indemnités spécifiques) ; ouvrir des perspectives en offrant aux enseignants des possibilités de variation et de mobilité avec le choix possible de « décharges » pour prise en charge temporaire, par rotation, de tâches spécifiques telles que la coordination de projets, le contact avec les familles, etc.

Alors ? On s’y met tous ?

Nicole Priou