En 2003, s’est tenu à Genève un passionnant symposium sur les évolutions des programmes et « curriculums » dans l’enseignement secondaire. Cet ouvrage rend compte de diverses interventions faites à cette occasion, mais réécrites, sous la direction de deux chercheurs engagés et peu conformistes, le tout introduit magistralement par Philippe Perrenoud qui plaide pour que ces évolutions soient davantage liées à celles qui affectent la vie des gens, individuelle et collective. Le chercheur genevois lance des interpellations vigoureuses et stimulantes, comme celle-ci : « Peut-être les sociétés démocratiques ne peuvent-elles se donner de la vie des gens qu’une représentation irréaliste, de crainte de mettre en évidence les profondes contradictions entre les valeurs qu’elles affichent et les conditions et modes de vie auxquels les citoyens sont confrontés ? »
Parmi les contributions qui composent cet ouvrage, on notera d’abord l’intéressant texte de Marie-Françoise Legendre, du Québec, qui montre la fécondité de la notion de compétence, au-delà des effets de mode : elle interpelle directement la conception même qu’on peut avoir du métier d’enseignant. « Transmettre des savoirs institués ne suffit pas. Il faut viser le développement d’habiletés sociales et cognitives de haut niveau permettant l’adaptation à la complexité et au renouvellement continuel des savoirs. » (p. 49)
Avec la contribution d’Olivier Maradan, chercheur suisse, on peut réfléchir à la notion de niveau d’exigence, qui parait si oubliée dans la conception ministérielle du socle commun et on appréciera la clarté du schéma proposé page 70 qui nous permet d’envisager une vraie progression, pour chaque élève. Le texte se conclut notamment par un plaidoyer pour une vraie pédagogie différenciée mais aussi pour une nécessaire conciliation entre souci d’efficacité et souci d’équité et entre élaboration de standards et maîtrise des enseignants sur leur métier.
D’autres études s’attachent à des points plus précis : l’évolution de l’enseignement de l’Histoire, des langues, de l’éducation à la citoyenneté.
En conclusion, F. Audigier et N. Tutiaux-Guillon mettent en avant quelques points forts du symposium. Ils notent qu’une approche par compétences dynamique, « révolutionnaire » se heurte à une conception statique, qui réduit les compétences à des objectifs limités, enfermés dans un découpage disciplinaire. Ils insistent sur le rôle des enseignants (le travail réel opposé au travail seulement prescrit). De même, le curriculum intégrant les compétences implique une nouvelle conception du temps de l’élève, un temps beaucoup plus long que l’année scolaire, et qui se heurte bien souvent aux échéances politiques qui empêchent le travail sur le long terme précisément, nous en savons quelque chose en France. Et ils indiquent très justement : « Les contradictions entre réformes successives, les appels incantatoires à ce qui aurait été de bonnes vieilles méthodes ayant donné toute satisfaction dans un passé revu comme un âge d’or, traduisent le désarroi de certains, peut-être celui d’une génération qui ne reconnaît plus son école. »

Jean-Michel Zakhartchouk


Click on the button to load the content from rcm-fr.amazon.fr.

Load content