Accueil > L’actualité vue par le CRAP > Le programme Escolhas au Portugal


L’école ailleurs

Le programme Escolhas au Portugal

Cécile Blanchard

28 février 2020

Au Portugal, le programme Escolhas finance des projets en faveur de la scolarisation et de l’inclusion des enfants et des jeunes les plus vulnérables. Du 24 au 28 février, le CAPE (Collectif des associations partenaires de l’école) organisait une mobilité internationale, dans le cadre d’Erasmus Plus, à Lisbonne, au Portugal. L’occasion de découvrir comment la communauté, au sens portugais du terme, s’investit pour la réussite des enfants.


Premier jour de notre mobilité. On commence par la théorie et le nerf de la guerre, à la découverte du programme Escolhas(choix en français). Monica Alexandre, responsable du programme pour la région de Lisbonne, nous en présente les objectifs et les principes. Depuis 2001, sous l’égide du Haut commissariat aux migrations, le programme Escolhas finance 103 projets dans tout le pays, pour la promotion et l’inclusion des enfants et des jeunes les plus vulnérables (de 6 à 25 ans), en particulier les enfants de migrants et les Tsiganes, mais pas exclusivement. L’objectif de départ était la prévention de la grande criminalité.

Les financements sont exclusivement publics, provenant de l’État, des régions et de l’Union européenne. Ces fonds, entre 50 et 60000 euros annuels, représentent 85 % du budget total du projet, les 15 % restant devant être trouvés ailleurs.

Les dix principes que doivent suivre chacun des projets sont :

– La planification stratégique, avec définition d’objectifs spécifiques au territoire et au public cible, avec une évaluation et un plan d’activité, des résultats annoncés sur sur trois ans

– Le partenariat

– La participation, c’est à dire l’implication des personnes destinataires dans le projet, dès sa définition, et leur consultation fréquente, enfants et jeunes compris.

– Le dialogue interculturel

– La médiation

– L’innovation

– La durabilié

– L’égalité et la non discrimination

– La prévention et le combat contre les violences faites aux femmes et aux filles

– L’inclusion digitale

PNG - 43.7 ko
Les dix principes généraux du programme

Les projets sont définis et gérés par des consortium locaux, rassemblant au minimum quatre institutions (mais en général les consortium en comptent plutôt huit ou neuf). Il peut s’agir d’institutions sociales, de municipalités, d’ONG, d’écoles, des forces de sécurité, d’associations culturelles ou sportives, d’associations de jeunes, de migrants, ou encore d’entreprises, d’organisations religieuses, de centres de santé… Toutes doivent être des entités officiellement déclarées. Dans le cadre du projet, l’une de ces organisations se charge de la coordination et une autre de la gestion financière. Bien sûr, le projet peut aussi nouer des partenariats avec des institutions qui ne sont pas membres du consortium.

Axes d’intervention

Le programme a également défini trois axes d’intervention. Les projets doivent en suivre au moins un, beaucoup en suivent deux à la fois. Premier axe : l’éducation, la formation et la qualification, à travers la lutte contre échec et l’abandon scolaires. 90 % des projets intègrent cette dimension. Deuxième axe, l’employabilité et l’entreprenariat. Seuls 48,5 % des projets travaillent sur ce champ. Enfin, le troisième axe est celui de la dynamisation communautaire, de la citoyenneté, de la participation, pour aider les jeunes et les enfants à développer leur intervention sur le milieu où ils vivent. 92 % des projets le mettent en œuvre.

PNG - 69 ko
Répartition des 103 projets du programme

Ces projets mettent très concrètement et de manière obligatoire en œuvre ce que nous appelons en France la coéducation. Le travail se fait à l’intersection de quatre grands champs d’intervention auprès des enfants : l’individu, l’école, la famille, la communauté (au sens plus ouverte du quartier, de la « cité » ou polis grecque). Souvent, les projets assurent un rôle de médiation entre ces quatre champs.

PNG - 75.2 ko
Modèle d’intervention

La participation des jeunes est conçue comme essentielle : ils doivent faire partie du processus d’évaluation des activités et être associés à la phase de diagnostic dès le départ. Ainsi, chaque projet doit réunir au minimum tous les deux mois une assemblée de jeunes, qui prennent des positions, des décisions, qui doivent être mises en place dans le cadre du projet. Chaque projet doit également recruter un « dynamisateur communautaire », issu du quartier cible, âgé de 18 à 30 ans et titulaire du brevet mais pas du baccalauréats. Les dynamisateurs communautaires sont rémunérés et intégrés aux équipes techniques des projets.

L’évaluation des projets se fait selon des objectifs annuels définis par le consortium et contractualisés avec le programme Escolhas. Tous les projets ont une réunion d’équipe par semaine, et une réunion de consortium au maximum tous les deux mois. Des rapports semestriels sont établis, signés par chaque organisation membre du consortium et chaque projet reçoit une visite des référents du programme quatre fois par an. Il y a à Lisbonne six personnes référentes pour suivre les cinquante-quatre projets Escolhas à Lisbonne, dans les îles (Açores et Madère) et dans la région de l’Algarve.

Cécile Blanchard


Cet article est également publié sur le blog de la mobilité du CAPE, à consulter pour en savoir bien plus sur le système éducatif portugais et sur Lisbonne !