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Juniors associations : « C’est une manière de s’émanciper »
Les juniors associations permettent à des mineurs de construire des projets et d’accéder à des financements sans qu’il soit nécessaire que des adultes en soient membres. Fanny Bonche et Sidonie Lefebvre ont 19 ans, elles sont respectivement cotrésorière et coprésidente du Réseau national des juniors associations (RNJA) et nous en disent plus sur ces associations particulières et ce que leur a apporté cet engagement.Sidonie Lefebvre : Les juniors associations sont une application du droit d’association ouverte en 1998 pour faciliter l’organisation des jeunes encore mineurs qui ont un projet.
Fanny Bonche : La condition, c’est d’être au moins deux, d’avoir un projet et d’avoir entre 12 et 18 ans. On compte environ 10 000 jeunes engagés dans les juniors associations. Ce ne sont pas associations de droit mais des associations de fait. Elles n’ont pas d’existence juridique, mais elles disposent de comptes bancaires ouverts au nom du Réseau national des juniors associations (RNJA), tout en étant indépendantes et en pouvant fonctionner sans compter de membres majeurs.
S. L. : En fait, c’est tout simplement un groupe de jeunes qui se réunit autour d’un projet, quel qu’il soit. Ils sont entre deux et des centaines, pour créer des clubs de danse, une maison des lycéens dans leur lycée, lutter pour l’environnement, etc. Il y a un grand nombre de manières de s’organiser.
Chaque junior association peut avoir un accompagnateur adulte non rémunéré : un parent, un ou une enseignante, un assistant d’éducation… pour aider sur les aspects administratifs. Au RNJA, on leur suggère de se donner des rôles, mais chacune a une totale liberté pour s’organiser.
F. B. : L’objectif est que les juniors associations soient autonomes tout au long du projet, y compris pour la gestion du budget. Elles sont autonomes financièrement et l’autofinancement reste leur principale ressource, par exemple à travers des lotos, des ventes. Pour les subventions ou les appels à projets (Erasmus +, Mutualité sociale agricole, Caisse nationale d’allocations familiales), l’argent est versé au RNJA qui le leur reverse ensuite.
F. B. : Il a pour but de favoriser l’engagement des mineurs et il facilite l’organisation des juniors associations grâce à l’ouverture de comptes bancaires, une aide administrative, une assurance, etc.
Notre conseil d’administration regroupe des représentants des juniors associations, huit personnes mineures élues à l’Assemblée générale et trois autres, également élue à l’AG, qui ne sont plus en junior association mais qui ont toujours envie de s’impliquer. Sans oublier le collège des membres permanents, au nombre de quatre, non élus, et représentant quatre gros réseaux associatifs : Animafac, la Fédération des centres sociaux et socioculturels de France, la Ligue de l’enseignement et les MJC (Maisons des jeunes et de la culture).
F. B. : C’est ce sur quoi nous essayons de travailler au RNJA, pour toucher un maximum de jeunes. Nous avons des relais départementaux (les MJC, les fédérations de la Ligue de l’enseignement, par exemple) qui accompagnent les jeunes dans les territoires et qui peuvent leur proposer cette solution. Mais nous savons bien que nous ne touchons pas tous les publics.
S. L. : Selon les régions, il y a plus ou moins d’engouement, de partage dans les établissements, des conseillers principaux d’éducation font des présentations dans les classes ou font venir des juniors associations. C’est dans le Nord qu’il y en a le plus : deux associations relais ont là-bas des emplois dédiés à la diffusion et à l’accompagnement des juniors associations pour monter des projets.
F. B. : Sur le reste du territoire, les relais départementaux ne consacrent qu’une petite partie de leur temps de travail aux juniors associations.
S. L. : C’est une manière de s’émanciper et de gagner en compétences. Aujourd’hui, dans mon école de design, je constate que j’ai de l’avance sur les cours de gestion et d’organisation. Cela m’a aussi aidée à prendre confiance en moi. Cela permet de s’épanouir autrement, notamment quand on se sent bloqué dans le cadre scolaire. Et c’est aussi une manière d’explorer ses centres d’intérêt, cela peut aider à faire des choix pour les études.
F. B. : L’expérience en junior association m’a fait monter en compétences plus que je ne l’aurais cru. Je n’arrivais pas forcément à m’exprimer à l’oral et maintenant, c’est plus facile. J’ai beaucoup plus d’expérience que les autres jeunes de mon âge. Je pense que ça a aussi été un plus dans mon profil sur Parcoursup ou que ça pourra l’être sur mon CV. Et puis c’est aussi une porte d’entrée dans le monde associatif. Souvent, les jeunes qui sont en junior association vont continuer à s’impliquer dans l’associatif – qui en a bien besoin.
S. L. : Oui, même si on n’a pas de chiffres à ce sujet, on observe les parcours et on constate un engagement qui se poursuit, que ce soit dans le bénévolat ou par les choix d’études.
F. B. : Quand on côtoie ce milieu-là, on peut même avoir envie d’y travailler. Je suis en école de commerce, mais l’alternance que je dois faire dans mon cursus, j’ai envie de la faire en association et pas en entreprise.
F. B. : Oui, beaucoup. Dans mon lycée, la proviseure était à fond, elle nous motivait, nous donnait accès à des salles, nous dispensait de certains cours pour nos actions. Par exemple, le jour de la Saint-Valentin, on organisait une vente de roses pour financer nos projets et elle nous libérait des cours toute la journée. Mais tous ne le font pas, pour bien des parents ou des proviseurs, c’est l’école avant tout.
S. L. : Le cadre scolaire est un des freins, avec effectivement cette idée que l’école passe avant tout. Tous les ans, nous organisons une rencontre nationale des juniors associations, qui commence le vendredi soir. Les jeunes ont parfois du mal à se faire dispenser des cours du vendredi après-midi pour faire le trajet…
Mais nous, nous considérons que cela entre dans les apprentissages. C’est très complémentaire de ce que l’on nous enseigne dans le cadre scolaire : on apprend à s’organiser en groupe, à gérer un budget, etc.
S. L. : Pour éviter la rupture si tous les membres deviennent majeurs en même temps, on propose une transition entre 18 et 20 ans, la junior association devient une junior association majeure et peut compter quelques majeurs parmi ses membres, pour se réorganiser, recruter des nouveaux mineurs ou envisager une transformation en association loi 1901.
F. B. : Dans l’association de mon lycée, le principe, chaque année, était qu’on lègue la junior association à la cohorte d’après (en 1re). Mais ça n’est pas une obligation, c’était notre fonctionnement à nous.
Pour en savoir plus
Le Livre blanc des juniors associations
Le livret « Pour une école alliée de l’engagement des mineur·es »
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