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Enseigner l’Europe, pour et par le métier
En lycée professionnel, le voyage s’inscrit dans un parcours au long terme, intégré aux apprentissages scolaires et aux formations professionnelles.Au lycée professionnel Olivier-Guichard, l’ouverture sur l’Europe est un axe majeur du projet d’établissement. L’accréditation Erasmus+, obtenue en 2022, permet à plus de quarante élèves de 1re et terminale baccalauréat professionnel de partir un mois en stage en Europe chaque année.
Ce dispositif existe au lycée depuis 2008 par le biais du programme Leonardo puis Erasmus+. Il concerne les élèves issus de nos trois ministères de tutelle (Éducation nationale, Mer et Agriculture). Le dispositif touche toutes les filières de bac pro de l’établissement : maintenance automobile, maintenance de matériels espaces verts et hôtellerie, horticulture, aménagement paysager et aquaculture, cultures marines.
La mobilité s’inscrit dans un parcours européen de l’élève. Elle ne relève pas d’une action ponctuelle mais d’un parcours pédagogique cohérent, pensé en amont et structurant à l’échelle de l’établissement. Plusieurs modules tournés vers l’ouverture européenne sont inscrits dans le « soutien au parcours ». C’est pourquoi, en classe de 2de bac pro, les apprenants ont la possibilité d’intégrer le dispositif « Ambassadeur du Parlement européen », grâce auquel ils amorcent leur travail de réflexion et acquièrent des connaissances théoriques sur l’Europe et ses institutions.
Ensuite, en classe de 1re bac pro, ils rejoignent l’atelier « mobilité européenne » pour préparer leur expérience et avoir l’opportunité de vivre l’Europe en pratique en effectuant un leur stage au sein d’une entreprise européenne parmi les quatorze qui les accueillent, dans six pays : Allemagne, Irlande, Belgique, Portugal, République tchèque, Lettonie. Les entreprises qui les accueillent sont très variées : ce sont des hôtels, des restaurants, des garages, des fermes aquacoles, des exploitations horticoles et des entreprises d’aménagement paysager.
Les élèves développent par cette expérience de nombreuses compétences professionnelles, linguistiques, transversales et citoyennes, qui sont évaluées par les tuteurs de stage européens et pleinement intégrées à la validation de leur bac !
En travaillant par exemple dans un élevage d’ormeaux en Irlande ou bien dans une exploitation horticole au Portugal, les élèves mettent en œuvre les valeurs européennes : ils échangent avec le personnel de l’entreprise et partagent la culture du pays d’accueil. Ils intègrent ainsi la notion de citoyenneté européenne. Selon le questionnaire du participant Erasmus+ rempli par les élèves, en 2023, 82 % des stagiaires déclaraient avoir développé un sentiment d’appartenance à l’Europe. En 2024, ce chiffre a bondi à 97 %.
Le travail en équipe dans un contexte européen a de multiples vertus : la mobilité européenne ne développe pas seulement l’adaptabilité individuelle mais une capacité à coopérer dans un environnement professionnel interculturel. Cette expérience concrète nourrit la conscience européenne de nos élèves.
Cela leur ouvre aussi le champ des possibles. En effet, nombreux sont ceux qui n’ont jamais quitté leur région. Il s’agit donc souvent pour eux d’une première expérience de mobilité. Ils prennent conscience que leur formation professionnelle est un excellent outil pour oser explorer des contrées plus lointaines. Ils gagnent en adaptabilité et trouvent des solutions pour résoudre les difficultés rencontrées, ce qui les prépare à une meilleure employabilité.
Ce fut par exemple le cas de Kéven : alors qu’il avait fait son stage dans un restaurant en Algarve au Portugal, il a tellement apprécié l’expérience qu’il y est retourné pour travailler après son bac pro. Quant à Mathis, qui avait fait son stage dans un hôtel en Italie, il a pu arguer de cette expérience lors de sa recherche d’emploi et a commencé sa carrière dans un restaurant étoilé à Paris.
Les réponses issues de nos questionnaires pour 2025 montrent que 97 % d’entre eux se sentent plus autonomes et organisés, plus confiants et convaincus de leurs capacités après leur stage en Europe. Mélina ajoute par exemple en commentaire : « Je n’étais jamais sortie de la région et voyager me faisait peur. Suite à mon stage en horticulture au Portugal, je me sens prête à accepter un emploi où il y aurait des missions ponctuelles à l’étranger. »
L’expérience ne s’arrête pas avec la fin du stage. Au retour de la mobilité, la phase de valorisation est un moment important dans le parcours de l’élève. Les anciens bénéficiaires deviennent des Ambassadeurs pour leurs pairs : ils présentent leur stage aux autres élèves et lèvent ainsi les freins et les appréhensions que certains peuvent ressentir.
L’expérience européenne est aussi un passeport pour l’excellence avec un impact évident sur la réussite des élèves. En 2024, le taux de réussite aux examens pour les bénéficiaires Erasmus a atteint 97,5 %, contre 76 % pour l’ensemble des candidats du lycée. Plus encore : 70 % d’entre eux ont décroché une mention.
La certification des mobilités se fait au travers d’outils permettant de valider et de reconnaitre les compétences acquises lors du stage :
- L’oral de l’unité facultative de mobilité au cours duquel les apprenants analysent ce que leur stage leur a apporté d’un point de vue professionnel et citoyen contribue à l’obtention du bac professionnel.
- L’attestation Mobilité pro remise aux jeunes qui obtiennent leur bac professionnel leur permet de valoriser leur expérience auprès de leurs futurs employeurs.
- Enfin, l’Europass mobilité délivré lors d’une cérémonie officielle atteste des compétences acquises lors de leur stage et retrace les différentes activités qu’ils ont effectuées. L’Europass peut être valorisé lors d’une future embauche ou pour une poursuite d’études.
En 2025, 54 % des bénéficiaires Erasmus+ du lycée ont intégré une formation supérieure. Maël est entré en BTS maintenance des véhicules, plusieurs élèves en BTS management en hôtellerie restauration et d’autres en BTSA aquaculture en alternance. L’expérience européenne a nourri les ambitions de nombreux élèves, en ouvrant l’horizon des possibles auprès de jeunes qui étaient, pour 45 % d’entre eux, issus de milieux défavorisés.
Janik Paquier
Enseignante référente aux actions européennes et internationales (Eraei) au lycée professionnel Olivier-Guichard à Guérande



