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Tutorat collège-maternelle dans un musée

« Vu que je suis le grand, ca devient important pour moi aussi »

Laurent Bastien

4 juin 2014

Quand des élèves de 6e font visiter un musée à des élèves de maternelle, on a envie de se transformer en souris pour suivre les élèves. C’est ce que Laurent Bastien nous permet de faire, en nous racontant par le menu cette matinée.


« Tu peux me décrire cette sculpture ? » demande Eloïse. « C’est un chien » répond Aurore . « Mais en quoi est-il fait ? En bois ? En plastique ? En fer ? » Le guide est un peu spécial : Eloïse est une élève de 11 ans du collège Eclair Anne Frank de Saint-Dizier dans la Haute-Marne. Elle a été choisie par Aurore, 5 ans, comme tutrice pour l’année scolaire. Elles se sont déjà rencontrées en novembre pour réaliser un sentier urbain autour de leur école. Après avoir pris le bus de ville, c’est aujourd’hui la découverte du musée. Le professeur est arrivé en avance avec les élèves de 6ème et leur a fait découvrir les quinze œuvres déjà étudiées en classe. Après cette visite, un peu rapide, les maternelles arrivent. Un petit bisou, et c’est parti pour la découverte des salles du musée.

Assis devant une grue cendrée, Hugo demande à Nourdin : « Quelle est la couleur du bec de la grue ? ». Le petit répond : « gris ! ». Hugo, jouant au professeur, demande de faire une phrase complète et l’enfant de 5 ans s’exécute. Un des objectifs de ce projet étant le langage et la formulation orale, les élèves savent qu’ils doivent être attentifs à la construction de phrases. L’Item « Adapter sa prise de parole à la situation de communication » (maitrise de la langue française) est donc travaillé dans un cadre plus original que la salle de classe. L’élève n’est pas seulement au centre du savoir, il est aussi le maitre du savoir puisqu’il doit restituer ce qu’il connait. Les élèves réinvestissent du vocabulaire comme les mots boucliers ou fibules. Ils savent aussi replacer une œuvre par rapport à une autre (poterie romaine face à un reste d’épée d’époque mérovingienne).

Parfois les émotions surgissent. Hilal n’a pas pu décrire la momie amérindienne car Emyne s’est sauvé, effrayé. Quelques minutes plus tard, nous les retrouvons allongés, en train de dessiner un bouclier mérovingien. Le tuteur fait les contours et le plus petit colorie. Les dessins communs seront ramassés et une évaluation commune établie. A un journaliste présent ce jour-là, Mohamed, 12 ans explique : « Lorsque je dois montrer quelque chose à Mohamed qui, lui, a 5 ans, ca me calme parce que j’ai l’impression que c’est important pour lui. Et vu que je suis le grand, ca devient important pour moi aussi ».

Les professeurs n’interviennent presque pas durant cette heure au musée de Saint-Dizier. Ils sont étonnés du calme durant la visite. Chacun est posé et se pose devant les œuvres en sachant l’importance de ce tutorat. Une autre visite aura lieu durant une journée au château de Joinville et à Chevillon. Sans aucune difficulté, le professeur n’a pas besoin de justifier la sortie à la journée. Tout le monde est enthousiaste face à ces prochaines retrouvailles…

Laurent Bastien
Professeur d’Histoire-Géographie au collège Anne Frank, Saint-Dizier (52).

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