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Recension parue dans le N° 370 de janvier 1999

Vichy et l’école, 1940-1944

Rémy Handourtzel, Noêsis, 1997, 330 pages

18 janvier 1999


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À la différence du livre pionnier de W.D. Halls, Les jeunes et la politique de Vichy (1988, cf. Cahier 291), ce livre parle surtout de l’enseignement primaire. Comme lui, il intéressera autant ceux qui veulent mieux connaître la période que ceux qui s’inquiètent de certaines séquelles. On ne peut le résumer ici, mais il faut souligner que " l’éducation constitue la grande obsession du Maréchal " (p. 60), qui s’en préoccupe depuis longtemps, au point d’avoir souhaité en 1934 être en même temps ministre de l’Éducation nationale et de la Guerre. Sa politique scolaire, y compris dans sa dimension d’éviction des juifs et des francs-maçons, ne doit rien à une pression des Allemands, qui se méfieront même de certaines entreprises de Vichy. C’est bien la revanche des notables, et de la droite universitaire organisée avant la guerre dans le cercle Fustel de Coulanges, satellite de l’Action française. Mais la politique de Vichy n’est pas d’un seul tenant ; si par exemple elle favorise l’enseignement catholique, cette "osmose" se heurte à l’opposition bien sûr des catholiques engagés à gauche, mais aussi de collaborateurs durs comme Déat ; et si Carcopino "privilégie une stratégie pétainiste à l’intérieur du pétainisme, visant à préserver ce qui peut l’être des fureurs ultracistes, qu’elles soient maurassiennes, catholiques ou collaborationnistes" (p. 115), les mesures qu’il prend en faveur de l’enseignement libre sont provisoires, et il interdit la création de nouvelles écoles catholiques. On lira avec grand intérêt ce qui concerne les conditions de vie et de travail des élèves et des enseignants, les tentatives successives de dépolitisation et de repolitisation, auxquelles les instituteurs opposent "à doses variables attentisme et inertie, alors qu’ils restent continûment l’objet d’une surveillance policière particulière" (p. 213).

Il est dommage que ce livre soit entaché d’un certain nombre d’erreurs. Certaines mineures, un rectorat à Versailles (p. 88), "laïc" au lieu de laïque (p. 101), "public" au lieu de privé (p. 166) ; Carcopino ne prévoit pas de "dispense" de l’instruction religieuse, mais de dispenser celle-ci à l’extérieur des écoles (p. 146). D’autres gênent la compréhension : si les effectifs du privé passent de 17,7 % à 22,6 % du total, c’est bien 4,9 points de plus, mais en réalité c’est 27,7 % d’augmentation du premier chiffre (p. 152). Mais écrire que "l’ancien rédacteur en chef de l’École libératrice, Marcel Lapierre" rejoint une Ligue collaborationniste (p. 226), c’est une bien fâcheuse confusion, reprise d’autres livres ; le rédacteur en chef de l’EL, le journal du SNI, c’est Georges Lapierre, arrêté par la Gestapo en 1943 et mort à Dachau en 1945, en pensant à un autre livre d’histoire pour l’école de la France libérée ! Sa mort a été évoquée par Edmond Michelet dans Rue de la Liberté.

Jacques George


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