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Vaincre l’échec à l’école primaire


Reprenons donc à notre compte le titre du rapport que vient de rendre public l’Institut Montaigne, laboratoire d’idées d’inspiration libérale et qui, une fois encore, pointe l’école primaire comme le maillon faible de notre système éducatif, laissant partir au collège 4 élèves sur 10 ne maitrisant pas les compétences de base. Bien sûr, « vaincre l’échec à l’école primaire » ne peut être qu’un objectif partagé de tous. Il reste néanmoins à s’interroger sur les choix politiques et pédagogiques qui permettront cette victoire. Le moins que l’on puisse dire est que la politique menée depuis plusieurs années par le ministère de l’Éducation nationale n’y a pas véritablement contribué.
La première moitié du rapport est consacrée à établir un sévère état des lieux : aggravation des inégalités sociales, inadaptation du calendrier scolaire, dangerosité du redoublement, inefficacité de l’aide aux élèves en difficulté, mauvaise formation des enseignants, absence de gouvernance et de pilotage. Si ces constats peuvent être nuancés, ils soulèvent l’ensemble des problèmes dont les Cahiers pédagogiques traitent régulièrement, en donnant autant de place à l’analyse qu’à la parole d’enseignants qui ne cessent de chercher et d’expérimenter dans leurs classes et avec leurs élèves, souvent avec des réussites. Car c’est bien sur les solutions concrètes que doit porter le débat. Par exemple, à propos du redoublement il ne saurait suffire de « réduire drastiquement le nombre de redoublements » sans s’interroger sur le risque de laisser les élèves dans des abandons d’autres types. Il faut réfléchir à de réelles alternatives qui peuvent passer, comme le demande justement le rapport, par une réhabilitation des cycles de l’école primaire, mais aussi par des dispositifs en alternance. Notre hors-série numérique Quelles alternatives au redoublement ? témoigne de pistes bien concrètes.
Certaines propositions du rapport vont dans le bon sens, comme le respect de l’organisation en cycles et les rythmes scolaires, avec l’affirmation, qu’il est pourtant de bon ton de pourfendre, selon laquelle « il faut remettre les élèves au cœur du système scolaire. » D’autres méritent pour le moins éclaircissements et discussions, sur la formation des enseignants, la prise en charge des élèves en difficulté ou la création des établissements publics d’enseignement primaire (EPEP). Les Cahiers apportent dans leurs dernières publications de nombreuses pistes, points de vue et d’appui. En voici quelques exemples.
Le dossier « Travailler avec les élèves en difficulté » (n° 480, mars 2010) s’emploie à croiser les démarches individualisées ou spécialisées avec celles qu’on peut mettre en place dans le cadre collectif de la classe, et témoigne d’initiatives individuelles et locales. Le dossier « Les apprentissages fondamentaux à l’école primaire » (n° 479, février 2010), cherche à dépasser le seul terrain de la transmission des savoirs pour aborder aussi le « comment faire apprendre ? ». Enfin notre dernier dossier « La classe, pour apprendre et vivre ensemble » (n° 481, mai 2010) explore cet espace-temps, central dans notre organisation scolaire, auquel chacun reste fortement attaché, revêtant des formes très diverses, mais qui peut être aussi un lieu de souffrances. Comment faire fonctionner sa classe de manière à ce que chacun trouve sa place et rencontre les conditions de véritables apprentissages ?
Nous pourrions encore parler du socle commun , dont le rapport regrette qu’il ne soit pas encore mis en œuvre, ou du travail par compétences pour lesquels nous avons publié de nombreux dossiers.
Maintenant il faudrait qu’on porte aussi un regard positif sur l’école, qu’on cesse d’écouter les Don Quichotte de l’antipédagogisme à qui l’on donne une tribune complaisante, ou qu’on renonce encore à faire de l’esbroufe en organisant des États généraux dont on sait par avance qu’on ne tiendra pas compte. À ces conditions, chacun pourra peut-être reprendre à son compte l’ambition de « vaincre l’échec à l’école primaire ».

François Malliet