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Les pratiques de lecture du collège à la fac

Mohamed Dendani, préface de Roger Establet. L’Harmattan, 1999.

12 novembre 1999


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Depuis les années cinquante, la lecture est objet de recherche sociologique. L’intérêt s’est souvent focalisé sur les pratiques de lecture des catégories sociales culturellement peu favorisées, prenant le risque de concevoir comme norme la lecture définie comme cultivée. Ce n’est pas dans cette perspective que s’inscrivent ces deux enquêtes menées auprès d’environ mille cinq cents collégiens et plus d’un millier d’étudiants, différenciés selon la filière où il s’agit davantage d’analyser les conditions sociales qui fabriquent les gros lecteurs et de quantifier toutes les formes de lecture sans se limiter à la lecture de livres de la lecture « consacrée ».

Il ressort de la première étude que les collégiennes lisent plus que les collégiens, que la télévision et autres activités multimédias occupent chez tous la plus grande partie du temps libre et que les pratiques de lecture sont associées à sérieux et solitude. En fait, les collégiens lisent, mais pas forcément les ouvrages bénéficiant du label classique. Arrive en tête du palmarès la bande dessinée suivie de près par le roman policier. Les préférences des filles et des garçons montrent que ceux-ci sont attirés par les genres imaginaires et extérieurs alors que les filles sont plus sensibles aux ouvrages touchant les domaines familiaux et psychologiques (ça rassure ceux qui auraient pu craindre que les bonnes vieilles valeurs étaient en train de s’envoler, la relève est assurée).

L’incitation parentale joue à deux niveaux : la stimulation verbale et les pratiques familiales. Toutes les familles incitent leurs enfants à lire et ce quel que soit le milieu, preuve que l’école et la société ont fait leur travail : tout le monde a compris qu’il faut lire pour réussir, mais c’est l’exemple qui influe sur les pratiques et non l’incitation verbale.

L’ambiance livresque (cadeau, lecture faite par les parents à la maison, discussion entre parents et enfant sur les lectures, accompagnement des enfants à la bibliothèque) est très fortement corrélée (relation entre deux éléments sans que l’un soit la cause de l’autre) à l’aide aux devoirs, elle-même corrélée à l’origine sociale.

D’autres facteurs influent sur la lecture comme le titre, le résumé mais l’exemple familial joue un rôle important. La mère lit plus que le père, et donc modèle oblige, la fille lit plus que le fils. La lecture occupe, donc, selon les auteurs, une place importante dans la construction de l’identité sexuée.

L’école, elle, renforce les pratiques des grands lecteurs. Les ouvrages imposés ne figurent jamais au rang des livres préférés.

C’est parmi les bons élèves que l’on trouve les bons lecteurs qui sont attirés par l’exercice des professions « intellectuelles » (enseignants, professions libérales scientifiques ou recherche).

L’analyse qui suit porte sur les pratiques de lecture de magazines des étudiants. L’enquête montre que 90 % des étudiants ont lu au moins un magazine dans les deux derniers mois, mais c’est à trois magazines ou plus que s’opère la différence en fonction du sexe et la profession des parents. Les filières sont également un critère différenciateur : chez les garçons c’est en lettres et sciences humaines que se trouve le taux le plus élevé de lecture chez les filles c’est en sciences économiques.

La fréquentation des bibliothèques est exceptionnelle, 3 % en sciences humaines mais le taux est sensiblement le même dans les autres filières. Plus de 55 % des lectures se font le soir, le week-end arrive en deuxième position. Pour la majorité et quel que soit le sexe les magazines ne sont pas lus intégralement.

Comme pour les collégiens, le sexe intervient dans le choix des magazines : sport pour les étudiants, magazines féminins pour les étudiantes (la lecture des magazines féminins est quasiment inexistante chez les hommes !).

Les étudiants entretiennent un rapport utilitaire avec les magazines : lecture économique pour sciences éco ; santé pour les étudiants de médecine, etc. La relecture s’accompagne, au moins 70 % toutes filières confondues, de prise de notes, qui est majoritairement liée au travail universitaire, même si certains prennent des notes pour le plaisir ; plus de 50 % des étudiants recherchent des informations utiles sur l’emploi, les stages, le cinéma. Un résumé qui somme toute montre qu’étudiants comme collégiens, quels qu’ils soient, lisent des magazines et savent les lire en fonction de ce qu’ils y cherchent.

Au total donc, un livre qui n’offre pas de surprise, peut-être, mais qui a le mérite d’appuyer ses propos sur des chiffres. La lecture n’est plus le seul fait « des héritiers », chacun y cherche ce dont il a besoin et le plaisir n’est pas le moindre surtout chez les jeunes.

Un regret personnel : celui de n’avoir pas lu l’analyse des données croisées origine sociale, filières et lecture ainsi aurait-on pu, peut-être, retrouver chez les étudiants, les lecteurs forts du collège ceux qui se destinent aux professions intellectuelles... et les autres...

Marie-Christine Presse


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