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Le système éducatif à l’heure de la société de la connaissance

Martine Boudet. Florence Saint-Luc (dir.), Presses universitaires du Mirail, 2014, 480 pages.

10 juin 2015

Préface de Philippe Meirieu


A l’heure de la difficile mise en œuvre de la loi de Refondation de l’Ecole, l’ouvrage pluridisciplinaire coordonné par Martine Boudet et Florence Saint-Luc apporte un éclairage d’envergure sur la crise du système éducatif français, replacé à la fois dans son contexte républicain et dans celui de la mondialisation des connaissances. Les auteurs, qui sont d’horizons divers – sciences de l’éducation, lettres modernes, mathématiques, histoire et géographie, philosophie, anthropologie culturelle -, l’analysent à la lumière de l’histoire ainsi que d’autres systèmes éducatifs européens et font des préconisations pour trouver une issue à cette crise. L’ouvrage intéressera donc tous ceux et celles qui veulent réfléchir et agir pour changer l’Ecole, la démocratiser et y promouvoir une éthique fraternitaire. Selon les deux coordinatrices, la Loi de Refondation de l’Ecole va dans le bon sens mais elle pourrait s’élargir à une dimension interculturelle plus vaste, dans un souci de citoyenneté ouverte à l’altérité. Citons à ce propos les deux chapitres de Martine Boudet : Francophonie, quel programme ? où il s’agit de « faire évoluer une culture de surface, menacée par une peopolisation décadente, à une culture dite profonde et créolisée » ou encore Quel enseignement de la morale laïque et citoyenne ? qui prône une éducation à la diversité culturelle par le recours à une méthodologie anthropologique et à l’empathie, comme fondements de la conscience morale.

La revivification de l’enseignement du français et des lettres est conditionnée à la reconstruction d’une didactique qui mettrait en dialogue la complémentarité des différentes composantes disciplinaires. Une dynamique de cet ordre contribuerait à fédérer une corporation tentée par les forces centrifuges. L’ère des médias et du numérique favorise cette reconfiguration des savoirs.

Pour aller plus loin dans la Refondation, l’ouvrage invite d’une manière générale à articuler deux démarches, la démarche émancipatrice inspirée par les mouvements d’éducation populaire et citoyenne à la démarche universitaire et institutionnelle portée par les sciences de l’humain et de l’éducation, à même de reconstruire une culture professionnelle commune, indispensable pour endiguer la crise du recrutement dans le secondaire. L’enjeu est de taille, il s’agit de renforcer le système « de recherche-formation et d’éducation comme instance de pondération des lobbies marchands et médiatiques, au service d’un développement plus équitable, soutenable et à visage humain, qui garantisse, ce faisant, la transmission des savoirs et des cultures conçus comme des biens communs de l’humanité ».

Evelyne Clavier