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L’enfant et la peur d’apprendre

Serge Boimare. Dunod, 156 p., 2000.

12 octobre 2000


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De nombreux formateurs ou enseignants connaissent certains articles de Serge Boimare et en ont apprécié la nature depuis déjà de nombreuses années. Il y était question d’enfants ayant « envie de savoir, mais peur d’apprendre », d’emprunts à la mythologie pour faciliter leur approche de la chose à lire, bref de dimensions identitaires et symboliques dans les phénomènes d’apprentissage.

Avec « L’enfant et la peur d’apprendre », Serge Boimare nous éclaire sur l’appareillage psychique que les enfants doivent mobiliser pour accepter d’apprendre. Apprendre s’explique d’abord pour cet auteur non pas comme un processus de traitement d’informations nouvelles par ajout ou par arrimage du nouveau à l’ancien, mais comme un processus de restauration de l’imagerie narcissique.

Dans un premier temps il nous invite à le suivre dans les repères spéculatifs qu’il éclairera ensuite par des études de cas d’élèves. Ainsi explique-t-il, d’abord, que les défaillances d’apprentissage s’alimentent à deux sources : une difficulté d’ordre instrumental et une difficulté d’ordre psychologique. La difficulté d’ordre instrumental se traduirait essentiellement par une instabilité psychomotrice, un déficit des repères identitaires et une pauvreté des stratégies cognitives. L’instabilité psychomotrice correspond à l’agitation, à l’instabilité, à des difficultés d’attention (les enfants bolides dont parle Francis Imbert qui veulent tout, tout de suite) ou symétriquement à des inhibitions, replis sur soi, endormissements. Le déficit de repères identitaires correspond à une perte des jalons organisateurs de la pensée, relatifs à l’environnement proche, à l’histoire personnelle, aux racines, à la filiation, à la maîtrise de la langue et des règles de communication. La pauvreté des stratégies cognitives se manifeste par l’évitement, voire la fuite devant toute activité d’élaboration intellectuelle dès qu’elle entraîne un retour sur soi.

La difficulté d’ordre psychologique s’identifie à un vécu de frustration excessif devant la remise en cause provoquée par l’apprentissage (apprendre c’est d’abord accepter de ne pas savoir momentanément), à une difficulté à trouver la bonne distance relationnelle avec celui qui a la charge de transmettre le savoir (accepter d’apprendre nécessite de s’identifier à celui qui manie le savoir), à une curiosité excessive parfois qui voudrait une réponse immédiate à des intérêts très personnels.

Cette étiologie installée, Serge Boimare, propose une attitude susceptible de remédier à la peur d’apprendre de ces élèves. Il la nomme médiation culturelle, devant remplir un double rôle.

D’abord « permettre aux questions brûlantes et aux inquiétudes premières d’avoir droit de cité. Mais pas n’importe comment, elles devront être contenues, figurées dans un registre symbolique, dans une métaphore qui les mettra en forme et les atténuera. »

Dans le même temps « offrir le fil pour s’en éloigner et aménager un cadre où le passage à l’abstraction et à la règle deviendra possible. »

C’est pour ces deux raisons que l’auteur propose de s’appuyer sur un auteur comme Jules Verne (qui dans ses romans glisse une formule mathématique, une explication géologique, climatique, technologique au moment où ses héros pourraient être menacés de faim, de froid, de mort ; tout comme les élèves qui ont peur d’apprendre et semblent n’y parvenir que lorsque des éléments de leur survie sont en jeu), sur la Bible et la mythologie grecque.

Le repérage théorique précédent n’occupe que vingt-six pages. Le reste de l’ouvrage (cent trente autres pages) est consacré à de nombreuses situations de classe. Guillaume qui n’apprendra à lire qu’avec des récits d’anthropophage. Gérard dont la peur de savoir liée à la mort de sa mère à cinq ans s’estompe par un voyage imaginaire au centre de la terre. Des élèves qui apprennent à diviser avec Castor et Pollux. Alberto et le gel de la pensée...

Un ouvrage qui peut convaincre le lecteur qu’une formation de psychologue est moins importante sans doute qu’une posture de médiation culturelle pour un enseignant. Posture à développer dans le domaine littéraire, scientifique ou artistique, à la recherche de métaphores développant une pensée imageante, support pour aborder les apprentissages avec des enfants en échec sévère, écrit l’auteur.

Michel Develay


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