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L’apprentissage des langues. Mythes et réalités

Stéphane Roussel et Daniel Gaonac’h. Retz, 2017.

9 mai 2017

Un passionnant petit ouvrage, fort bien construit, dû à la plume claire et nuancée d’un spécialiste des langues et d’un chercheur en psychologie cognitive. Les auteurs analysent diverses idées trop communément admises autour des langues : il est très positif de faire un séjour à l’étranger, de regarder des films en VO, d’utiliser des outils numériques, de commencer précocement l’apprentissage, de se servir des dernières avancées des neurosciences qui nous disent que… Ou encore que les français sont nuls en langues ou qu’en langues, on est doué ou pas, on a une «  oreille  » ou pas, etc. Mais ce qui est vraiment original, c’est que ces différentes idées ou poncifs ne sont pas pour autant «  démolies  », les auteurs les examinent avec soin, en citant de très nombreuses recherches qui aboutissent parfois à des conclusions contradictoires. Le maître mot du livre est peut-être «  si les conditions sont réunies  ».

Oui, l’utilisation d’enregistrements que l’on peut réécouter sur un smartphone peut être fructueuse, mais il faut disposer d’un niveau minimum pour que ce soit le cas. Oui, séjourner à l’étranger peut être très formateur, mais là encore, il faut certaines conditions. Chaque chapitre est construit selon le même schéma : l’énoncé de l’idée, un petit panorama de recherches, des exemples d’expérimentations, et une conclusion. Ce qui ressort aussi, on pouvait s’en douter, c’est qu’il n’y a pas de recette magique, mais aussi qu’il faut avant tout diversifier les pistes, combiner par exemple l’explicite (analyse, observation des structures linguistiques) et l’implicite (l’immersion), l’oral et l’écrit, savoir aussi ne pas transposer ce qui vaut pour des adultes ou des immigrés à des situations de classe. Une chose apparait en revanche assez claire : le stress, la part trop grande prise par l’évaluation sommative qui entraine la peur de l’erreur, l’approche déductive stricte, tout cela constitue bien des obstacles à un apprentissage vivant et progressif des langues. Et comme le disent bien les auteurs en conclusion : «  le croisement des méthodologies et des disciplines : linguistique, psycholinguistique, sciences de l’éducation, neurosciences [fait qu’elles] s’interrogent, se répondent et éclairent sous différents angles l’objet si soumis aux aélas des contextes qu’est l’apprentissage d’une langue étrangère.  »

Jean-Michel Zakhartchouk