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Je ne veux pas le savoir

Par Hervé Hamon


L’Éducation nationale regorge de gens compétents. Praticiens, chercheurs, statisticiens, historiens, tout un monde s’affaire à comprendre, à juger, à suggérer des hypothèses, à examiner celles qui ont été retenues. Puisque c’est la mode, si l’on réunissait un « Grenelle » de l’enseignement – il est assez plaisant que cette référence à mai 1968 soit devenue incontournable –, on dégagerait aisément un consensus, non sur les politiques à suivre, mais sur l’état des lieux.
Mais cette connaissance, on s’assoit dessus. Méthodiquement, sciemment, avec rage parfois.
Il n’est que de considérer ce qu’est devenue l’évaluation. Une direction gênante – on l’écarte. Des résultats troublants – on les embrouille. Et l’on remplace une évaluation méthodique de l’école elle-même par l’évaluation – mal conduite – des élèves, générant l’angoisse et la rumeur. Cet outil de pilotage est travesti en sa caricature, tandis que les essayistes de droite, Finkielkraut en tête, récusent l’idée même – l’idéologie de la méconnaissance.
Mais le pompon vient d’être décroché, et avec brio, par Jean-François Copé, président du groupe UMP à l’Assemblée nationale. Rétablissons, dit-il, un examen d’entrée en 6e. Ajoutant, dans la foulée : un examen qu’en principe tout le monde aurait. C’est vrai que notre système manque d’épreuves, de classements, d’éliminations, de concours. C’est vrai que la meilleure manière de se rassurer, d’en appeler au « bon sens » est de revenir en arrière. C’est vrai que le collège dit unique est perçu par ses opposants comme la source de tous les maux, alors qu’il n’en est que le révélateur. Pour résoudre un problème, le mieux est de ne pas le poser. CQFD. C’est comme la formation des jeunes maitres, dont Luc Chatel nous assure, que dis-je, nous garantit qu’elle est chaleureusement encadrée.
On pourrait s’imaginer que l’éducation est une chose sérieuse. Mais non. Pas du tout. La recherche des « effets d’annonce », si chère aux hommes politiques (pas seulement de droite) l’emporte fatalement sur le souci de la connaissance, sur la vérification de ce qui est avancé. Un bon coup dans les sondages vaut bien un pan de ce collège unique si haïssable.
Il est à craindre que ce gouvernement autiste poursuive sur sa lancée. « Je ne veux pas le savoir » est son antienne la plus commune, et les syndicats viennent de le vérifier au sujet de la nécessaire réforme des retraites. Mais ce n’est pas seulement affaire de gouvernement, c’est affaire de système. La « montée » vers 2012 va nous valoir, de toutes parts, des effets d’annonce plus médiocres les uns que les autres, des appels au « bon sens » à ras du sol.
Tenons bon. En attendant, la vraie vie continue. Dans les classes.