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Les portraits du jeudi, par Monique Royer

Inspecter, c’est aussi accompagner

Christine Carton

13 novembre 2014

Le monde éducatif est peuplé de métiers, variés, différents. Tous n’ont pas le même écho, la même aura. Au hasard ou presque, si nous prenions l’exemple du métier d’inspecteur ? Le nom, à lui seul, génère de vives réactions, «  il est chargé de nombreuses représentations, souvent erronées,  » confie Christine Carton qui nous raconte sa profession au quotidien, un quotidien riche de ses diversités.


La profession d’inspecteur revêt de multiples réalités selon le contexte dans lequel elle s’exerce : le sien est celui du premier degré dans une circonscription du département du Nord. La façon de l’exercer dépend aussi de la personnalité, du parcours : le sien se dessine entre l’éducation spécialisée, l’enseignement en primaire puis dans le secondaire en tant que documentaliste.

De l’accompagnement d’enfants en difficultés à l’accompagnement des enseignants pour adapter leurs pédagogie et pratiques à tous les élèves, la route professionnelle de Christine Carton suit une constante dans toutes ses acceptions. Elle a aussi emprunté la voie de la formation avec le groupe Gaspar, Groupe académique de soutien et de prévention pour les adolescents à risques. Et lorsque le groupe a disparu, elle s’est interrogée sur le métier qui lui permettrait de concilier responsabilités, accompagnement d’équipes pédagogiques et travail collectif. Celui d’inspectrice lui a semblé rassembler toutes ces qualités.

Depuis cinq ans, elle l’exerce, trouvant dans sa diversité l’intérêt qu’elle en attendait et même plus : «  C’est un métier intéressant et porteur, dont la responsabilité est d’amener les équipes vers la réussite des élèves.  » Après trois ans dans le Pas-de-Calais, elle est pour la deuxième année dans une circonscription proche de Douai qui compte environ 250 enseignants et 4000 à 5000 élèves. «  Ma priorité c’est d’être au plus près des équipes et des acteurs de l’école pour accompagner les problèmes du quotidien  ». Alors, sa première année a été consacrée à prendre contact, à mettre en œuvre les premières actions adaptées aux spécificités et aux demandes.

Echanger

Les inspections sont des moments privilégiés de rencontre. Christine Carton les prépare avec un questionnaire envoyé en amont à l’enseignant. Dans la classe, elle complète son observation en regardant les affiches, les documents de travail du professeur et des élèves avec qui elle échange. Son attention se porte sur le fonctionnement, le respect du programme, des élèves, de l’éthique, les modes d’évaluation.

Le temps d’inspection n’est pas un temps ordinaire de vie de classe et le regard peut être biaisé. Alors, elle dialogue ensuite pour confronter ses observations avec le ressenti de la personne inspectée en lui demandant d’analyser la séquence. Echanger permet de revenir, d’approfondir, de compléter ce qui a été vu. Les éventuels problèmes détectés peuvent être liés à la situation empreinte de stress ou trouvent leur explication dans une démarche au plus long cours. De temps en temps, le moment devient douloureux lorsqu’il faut souligner des dysfonctionnements qui mettent en péril les chances de réussir des élèves. «  Il y a parfois des choses désagréables à dire mais je pense aux enfants, à ce qu’ils doivent ressentir ou encore à la conformité aux programmes  » explique-t-elle. Les problèmes qu’elle constate ont souvent trait à la difficulté à changer les pratiques au fur et à mesure que les changements opèrent, surtout lorsque les habitudes sont ancrées.

La nécessité d’un accompagnement pour permettre à l’enseignant de comprendre le sens d’un nouveau programme, par exemple, s’impose. D’autant que le travail en équipe n’est pas une habitude partagée, guidé plus par le registre affectif que professionnel. «  il est très porté sur l’aspect personnel, on travaille souvent avec ceux que l’on apprécie  », remarque l’inspectrice.


Le développement de temps d’échanges est une priorité pour faire avancer le quotidien. L’accompagnement dans ce sens est collectif, porté par l’équipe de circonscription comprenant les conseillers pédagogiques, l’enseignant référent TICE, la secrétaire. Chaque vendredi, l’équipe se réunit pour définir quelles écoles accompagner en priorité, selon les points de tension repérés ou les demandes collectées, à partir desquelles elle construit également des propositions de formation.

Pour les animations-formations de circonscription, une fois le thème défini, des intervenants sont recherchés et les modalités de mise en place précisées. Une partie des formations se font à distance, une autre en présentiel. Le lien entre théorie et pratique est privilégié de façon à susciter les échanges, les constructions partagées de solutions au sein des équipes pédagogiques. Cette année par exemple, sur le thème de la production d’écrits, Viviane Bouysse est venue faire une conférence puis de petits groupes de travail se sont constitués pour produire des séquences. «  Au final, il y aura production et mutualisation  » souligne l’inspectrice.

L’accompagnement des directeurs est lui particulièrement développé sur des thématiques comme le projet d’école, l’ASH (adaptation scolaire et scolarisation des élèves en situations de handicap), le harcèlement, la co-construction du règlement intérieur ou encore les nouveaux emplois du temps en lien avec les rythmes scolaires. Au minimum, un atelier spécifique est organisé par période scolaire. Il favorise les échanges entre pairs. «  Les directeurs d’école sont des relais auprès des équipes pour faire avancer un système qui a besoin de bouger car la société bouge. Nous sommes là aussi pour rassurer, accompagner pour la prise en charge des élèves en difficulté  ».

Christine Carton souhaite développer les évaluations d’école pour compléter les moyens d’accompagner les équipes pédagogiques. L’an passé, elle en a réalisé quatre, en lien avec les conseillers pédagogiques ou pour compléter des inspections. «  Lorsqu’on réalise plusieurs inspections dans une même école, on peut rencontrer des similitudes d’une classe à l’autre  » explique-t-elle. L’évaluation vise alors à croiser cette vision avec celles du directeur, des professeurs, des conseillers. Elle souligne les points forts sur lesquels s’appuyer et les points faibles sur lesquels agir. Un accompagnement est ensuite défini collectivement avec des formations, l’appui d’un conseiller ou d’un maitre formateur en fonction des besoins repérés. Et toujours, la réussite de tous les élèves comme objectif à atteindre. «  On a forcément une vision parcellaire des choses, croiser les regards est primordial  ». Cette méthode est une constante quelque soient les domaines.

Pour le pilotage des RASED dont elle a la responsabilité, l’équipe de la circonscription a mis en place un pôle ressources permettant aux différents intervenants de se rencontrer et de construire une aide adaptée à partir des situations rencontrées. Quelque soit le dispositif, le niveau d’intervention, l’important dans l’accompagnement des enseignants et des équipes est de «  mettre des mots sur ce que les gens font bien, intuitivement pour qu’ils trouvent du sens dans ce qu’ils font et progressent  ». La nécessité de comprendre, de progresser est de plus en plus pressante avec l’accueil d’élèves en difficultés ou en situation de handicap. Elle se fait jour sur les thématiques de l’évaluation, du apprendre à apprendre, de la gestion de l’hétérogénéité.

«  Les enseignants dans leur majorité sont très impliqués mais ils n’ont pas toujours le temps, les éléments de contexte. Là, c’est notre boulot, nous sommes des passeurs de savoirs  ». Et dans la chaîne éducative, les inspecteurs ont une place particulière : relais et représentants de l’institution auprès de différents partenaires : les collectivités territoriales, les parents, les associations. Ils participent aussi à la carte scolaire. Par temps de nouveaux rythmes scolaires et de changements profonds dans l’éducation, Christine Carton ne s’ennuie pas dans son métier.

Monique Royer

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