Accueil > Ressources > Nous avons lu > Formes et formation du rapport au savoir


Formes et formation du rapport au savoir

Nicole Mosconi, Jacky Beillerot, Claudine Blanchard-Laville. L’Harmattan, 2000.

12 décembre 2000


Commander cet ouvrage



La notion de rapport au savoir constitue sans doute une notion clé dans le domaine des sciences de l’éducation, en dépit des incertitudes dans l’interprétation du mot « savoir », qui, renvoie parfois à la connaissance en général, d’autre fois à des connaissances, voire à des disciplines scolaires particulières quelquefois à l’institution école.

Deux principales équipes de recherche en France travaillent sur cette question du rapport au savoir : l’équipe ESCOL coordonnée par Bernard Charlot dont nous avons recensé l’ouvrage Du rapport au savoir, éléments pour une théorie, chez Anthropos et l’équipe du CREF de Paris X pilotée par Jacky Beillerot et Nicole Mosconi.

Cette dernière équipe publie Formes et formation du rapport au savoir, après divers autres écrits sur le même thème. Il s’agit d’une réponse à l’ouvrage de Bernard Charlot précédemment mentionné auquel il est reproché de ne développer une théorie du sujet (indispensable pour parler de rapport au savoir) qu’avec un référent sociologique, excluant par là même une approche psychanalytique, attentive à considérer que « la vie ne se limite pas à un langage et une action organisés par la rationalité consciente mais que le sujet a aussi une vie inconsciente, imaginaire et fantasmatique, liant représentations et affects, qui est agissante sur une grande partie de son existence et, en particulier, sur son désir de savoir, ses apprentissages et toutes ses pratiques en lien avec les savoirs ».

Le livre développe une argumentation dans quatre directions. Une partie théorique dont le noyau central s’organise autour d’une approche anthropologique de la notion de rapport au savoir constitue la première direction. S’appuyant sur l’un des derniers livres du sociopsychanalyste Gérard Mendel L’acte est une aventure, Nicole Mosconi propose une anthropologie du sujet dans son rapport au savoir qui se construirait en deux temps successifs dans notre société : une dynamique psycho-familiale et une dynamique sociale (à partir de la crèche, de l’école, et dans le milieu de travail). Trois parties ensuite présentent des recherches, l’une sur les pratiques enseignantes, une autre sur la formation des adultes, la dernière sur le Galilée de Brecht et l’autobiographie de Sartre.

Un livre très riche donc, qui prolonge le débat autour de la notion de rapport au savoir, et qui invite à des suites en privilégiant d’autres voies comme le rapport au savoir dans une dimension épistémologique et une dimension anthropologique. Le rapport au savoir que développent les élèves en particulier, mais quiconque plus généralement, donc nous-mêmes peut être très différent selon les disciplines scolaires. Qu’est-ce qui intervient dans cette proximité ou cet éloignement qui ne relève pas d’une tendance générale à l’égard de quelque connaissance que ce soit ? Qu’est-ce qui fait que l’on se sent davantage attiré par la biologie ou l’économie, par la géométrie ou l’algèbre, par l’histoire ou la géographie ? Ce rapport à des savoirs disciplinaires mérite sans doute d’être regardé à travers ce que ces disciplines représentent pour les sujets. La structure interne de ces disciplines (leurs fondations, à dimension épistémologique) et le lien que le sujet établi entre les questions que ces disciplines abordent et ses interrogations personnelles fantasmatiques (leurs fondements, à dimension anthropologique) sont vraisemblablement concernés.

Ces prolongements montreraient qu’une théorie du sujet apprenant ne se construit ni seulement à partir de la sociologie, ni à partir uniquement de la psychanalyse, ni à partir exclusivement de l’épistémologie, ni à partir simplement de l’anthropologie des savoirs, mais en prenant en compte toutes ces approches à la fois. Le sujet relève d’une approche biopsycho-socio-culturelle, et c’est pour cela qu’existent les sciences - au pluriel - de l’éducation.

En attendant il faut lire cet ouvrage très riche d’expériences et de référents théoriques.

Michel Develay


Commander cet ouvrage