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Rapport de l’Unesco

Éducation pour tous 2000-2015 : le bilan

Christine Vallin

9 avril 2015

En 2000, 164 gouvernements réunis au Forum mondial sur l’éducation de Dakar ont adopté le Cadre d’action pour l’Éducation pour tous qui visait à atteindre six vastes objectifs pour l’éducation d’ici à 2015. Quinze ans plus tard, le bilan.


Deux conclusions semblent se contredire et nous faire hésiter sur la couleur générale du rapport et des quinze dernières années. Tout d’abord on reconnait et on salue, car c’est acte volontaire de faire avancer l’éducation, les progrès qui ont eu cours partout dans le monde depuis 2000. Si l’Éducation pour tous n’a pas été réalisée, Irina Bokova, directrice générale de l’UNESCO, note bien que «  le nombre d’enfants et d’adolescents non scolarisés a chuté de près de la moitié depuis 2000. Près de 34 millions d’enfants supplémentaires ont pu accéder à l’école grâce à l’accélération des progrès depuis Dakar. Les avancées les plus importantes ont été réalisées dans le domaine de la parité entre les sexes, notamment au niveau de l’éducation primaire, même si cette disparité persiste dans près d’un tiers des pays disposant de données.  »

Elle note aussi que les pays sont entrés dans des évaluations pour suivre la qualité de l’éducation. Mais on note aussi fortement le chemin qui reste à parcourir. Irina Bokova parle même d’un bilan décevant. «  Partout dans le monde, il reste encore 58 millions d’enfants non scolarisés et près de 100 millions d’enfants qui n’achèvent pas le cycle du primaire. […] Dans le monde, les enfants les plus pauvres ont quatre fois moins de chances de fréquenter l’école que les enfants les plus riches et la probabilité qu’ils n’achèvent pas l’éducation primaire est cinq fois supérieure.  »

Le financement par les gouvernement est un obstacle majeur, même si de nombreux pays ont augmenté leur part de PIB consacré à l’éducation. Et s’est posé le problème du manque de continuité et une baisse dans le financement par des donateurs. Enfin, Irina Bokova rappelle les plus grands ennemis de l’éducation pour tous, les conflits et la qualité de l’enseignement : «  Les conflits demeurent un obstacle majeur à la scolarité et une proportion importante et grandissante d’enfants non scolarisés vit dans des zones de conflit. Dans l’ensemble, la mauvaise qualité de l’apprentissage au niveau primaire fait que des millions d’enfants quittent l’école sans avoir acquis les compétences fondamentales.  »

Le rapport, publié aujourd’hui, reprend les six objectifs fixés. En voici trois. L’objectif 1 demandait de développer la protection et l’éducation de la petite enfance, et notamment des enfants les plus vulnérables. Le rapport enregistre une hausse des deux tiers du nombre d’enfants scolarisés en maternelle par rapport à 1999. Mais 20 % de pays en restent loin. L’objectif 2 recommandait d’«  atteindre l’éducation primaire universelle, notamment pour les filles, les enfants marginalisés et ceux appartenant à des minorités ethniques.  » Là encore, déception, puisqu’en 2015, 100 millions d’enfants n’ont pas pu terminer leur cursus primaire, et que les plus pauvres ont cinq fois moins de chances que les plus riches de terminer le cycle complet de l’enseignement primaire. Mais satisfaction également, puisque près de 50 millions d’enfants de plus ont été scolarisés par rapport à 1999. L’objectif 5 demandait d’«  atteindre la parité et l’égalité entre les sexes.  » Au niveau du secondaire, 48 % seulement des pays y parviendront, avec une explication : «  Mariages et grossesses précoces continuent de freiner les progrès éducatifs des filles.  »

Le plan 2000-2015 s’achève. L’Éducation pour tous continue. Avec le projet de se fixer pour l’après-2015 des «  cibles d’éducation précises, mesurables, réalistes et pertinentes  » - parfois pour accélérer les changements, d’être particulièrement vigilants aux populations les plus fragiles ou retirées, de rapprocher les acteurs de l’éducation de ceux du développement en faisant de l’éducation un pan du développement durable et en faire une œuvre globale. Il faudra donc continuer à agir sur le financement en trouvant 22 milliards d’euros annuels pour combler les déficits.

Le rapport :
http://unesdoc.unesco.org/images/0023/002324/232433f.pdf

Le Communiqué de presse :
[http://www.unesco.org/new/fr/media-services/single-view/news/only_one_third_of_countries_reached_education_for_all_goals_set_in_2000_says_unesco_report/#.VSaWcGPPJZx]


Photographies : Indian children study in an open hut. Credit : Ami Vitale / EFAReport - Child in the classroom of Tintihigrene school, Mali. Credit : Poulomi Basu / EFAReport