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Recension parue dans le N°447 de novembre 2006

Diriger, animer, piloter un établissement scolaire - Un état du débat

Sous la direction de Marc Fort et Michel Reverchon, CRDP de Bourgogne, 2006, ESEN.

5 novembre 2006

Comment piloter un établissement dans le cadre actuel de la LOLF, telle est la question posée par ce livre au contenu riche et fécond, un ensemble de contributions qui abordent tous les aspects du pilotage dans sa dimension juridique et pédagogique. On relèvera seulement ici quelques points marquants d’un ouvrage qui sera utile à toute personne ayant en charge un établissement.
Ainsi, la place qui est à accorder au pouvoir local (politique, syndical, etc.). Si les objectifs sont nationaux, les moyens pour les atteindre peuvent relever de la volonté des acteurs d’agir différemment. Oui, mais dans quel cadre de responsabilité ? interroge Claude Pair, car cela implique nécessairement un pouvoir de décision, véritable justification d’une autonomie des EPLE. Or, les exigences d’équité empêchent de tout déléguer à l’échelon local, il y a donc nécessité d’une régulation globale.
Alors, plus grande autonomie ? Plus grande individualisation des parcours de formation ? Contractualisation ? Obligation de résultats ? Évolution des missions des personnels de direction ? Du pilotage académique ? Du rôle de l’inspection pédagogique et générale ? Oui, mais dans quels sens ?
Celui d’une démarche de concertation et d’élaboration d’un projet d’établissement à dimension pédagogique, celui d’un enseignement davantage centré sur des approches transversales, celui d’une implication plus réelle des acteurs, celui d’une impulsion de dynamiques collectives et d’une délégation assumée des missions au sein des différents services, celui d’un partage du pilotage à tous les échelons de la hiérarchie...
Mais notre enfermement dans une culture administrative nationale défie trop souvent cette idée de partage et la rend peu réalisable ; car le pouvoir est objet d’affrontements plus que de négociations constructives... Orienter les pratiques en évitant de les réguler autoritairement, préconise Philippe Perrenoud, en créant de la cohérence, en faisant confiance aux compétences, en analysant nos démarches pour professionnaliser davantage notre action, en tolérant le conflit positif plutôt que son évitement. Et si on évaluait aussi le chef d’établissement ?
Car quel crédit accorder à sa responsabilité pédagogique, quand bien souvent c’est à l’administration qu’on s’adresse encore ? Quelle légalité et légitimité à cette responsabilité affichée ? interroge Jean-Pierre Obin, soucieux d’une véritable éthique professionnelle et d’une réelle professionnalisation du métier de chef d’établissement. Piloter par les résultats, analyse Alain Bouvier, c’est-à-dire se donner les moyens d’évaluer l’efficacité des objectifs fixés, un peu comme l’évaluation des apprentissages chez les élèves par les professeurs, n’est-ce pas viser à responsabiliser davantage chaque acteur du système en repérant des indicateurs qui renseignent sur les effets souhaités ?
Le panorama relatif à la direction d’un établissement chez nos voisins européens ouvre des pistes singulières quant aux missions d’encadrement requises selon qu’elles s’assument plus collégialement ou plus « oligarchiquement ».
On peut regretter dans cet ouvrage le manque de concret quant à l’animation annoncée de l’établissement - ce qui s’explique peut-être par le faible nombre de contributions des praticiens de la direction et du pilotage que sont les personnels de direction en poste, mais voilà un livre qui engage au débat et au travail collectif.

Christian Frin