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Désobéir ?


Le collectif des Enseignants du Primaire en Résistance (autrement dénommés les « désobéisseurs ») appelle à une journée de désobéissance le 6 mai. Ces collègues refusent d’appliquer les directives ministérielles sur la mise en place des heures d’aide personnalisée, sur les évaluations nationales ou bien sur les nouveaux programmes. Pour eux, il s’agit de « faire barrage à la destruction de l’école publique » qui serait programmée par le gouvernement. Face aux mesures néfastes prises ces derniers mois, ce mouvement peut susciter de la sympathie. Il a rencontré un certain écho dans le milieu enseignant, cela d’autant plus qu’il y a une prise de risque réelle des collègues qui le suivent et se retrouvent soumis aux pressions et sanctions de l’administration et qu’ils n’hésitent pas à donner une forte portée symbolique à leur mouvement en recourant à la mythologie de la Résistance.
On peut cependant s’interroger sur l’efficacité d’une radicalité ainsi affichée.
En se posant d’abord la question de la cible : un complot serait-il ourdi contre l’école publique, organisé et maîtrisé par le gouvernement ? Les présupposés idéologiques sont-ils d’un tel unanimisme au sein du pouvoir et des forces qui le soutiennent pour le rendre crédible ? Certaines contradictions (par exemple entre les programmes eux-mêmes et le socle commun) et certains reculs (par exemple sur la réforme du lycée) montrent pourtant que rien n’est simple.
En se demandant ensuite à quoi renvoie ce « désobéir ». Au-delà du débat sur les devoirs du fonctionnaire ou sur le concept de désobéissance civile, obéissance et désobéissance ont une connotation infantile. Choisir de désobéir n’est-il pas aussi une manière d’accepter la relation infantilisante dans laquelle se trouvent placés les enseignants vis-à-vis de leur hiérarchie ?
Le CRAP-Cahiers pédagogiques vient de publier une contribution importante au débat sur l’actualité éducative : Analyser et contester en toute lucidité, agir et proposer sans naïveté . Au bout du compte, ce texte pose le problème de l’action, aussi bien pour résister que pour proposer. La radicalité ne se trouverait-elle pas davantage effective si elle s’apppuyait sur les contradictions et les marges de manœuvre d’une politique faite aussi d’équivoques ?
Poursuivre la réflexion sur le changement de l’école et continuer à faire évoluer ses pratiques sont plus que jamais nécessaires et restent possibles. L’actualité nous en fournit une illustration avec les dernières prises de position de maires de grandes villes sur les rythmes scolaires et la semaine de quatre jours. Ces élus s’engagent pour l’organisation du temps scolaire sur cinq jours en intégrant le mercredi matin. Proposition à laquelle le ministre déclare aujourd’hui bien hypocritement ne voir « aucun inconvénient »...
Il faut savoir tenir le bon bout entre l’éthique de la conviction et l’éthique de la responsabilité, c’est-à-dire rester fidèle à des valeurs, mais aussi en même temps faire bouger l’école, sans attendre.

François Malliet