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N° 528 - Mettre en œuvre les EPI

Des modules interdisciplinaires en seconde, sources d’inspiration pour les EPI ?

Antoine Coutelle, Xavier Garnier

Au lycée pilote, cela fait cinq ans que les secondes bénéficient de Modules Interdisciplinaires (MID), fruits d’une réflexion collective impliquant tous les acteurs de l’établissement innovant. Témoignage sur une démarche qui peut inspirer des concepteurs de futurs EPI.

L’équipe du lycée pilote innovant international (LP2I) a fait le choix de proposer à chaque élève une séance de 3 heures par semaine, mobilisant deux disciplines différentes, pendant un semestre. Au cours de l’année, chaque élève participe donc à deux MID successifs, l’un mobilisant davantage les démarches et les savoirs des sciences humaines des lettres et des langues, l’autre ceux des disciplines scientifiques. Ces modules remplacent donc les enseignements d’exploration institués par la réforme du lycée. ils sont proposés par les enseignants volontaires, sur la base de projets construits en équipes et répondent à un cahier des charges défini conjointement par l’équipe pédagogique et administrative du lycée. Ce cahier des charges contient les exigences suivantes :

  • une exigence de démarche : lors du MID, les élèvent collaborent, en petits groupes, pour réaliser des productions finales qui sollicitent à la fois les deux disciplines impliquées dans le module, auxquelles s’ajoutent les interventions du professeur documentaliste et l’apport d’un enseignement TICEM (TICE et Média) spécifique au LP2I. Ainsi, la publication des productions des élèves sur le site de l’établissement se fait dans le cadre d’un strict respect des droits d’auteurs et des droits à l’image.
  • Une exigence de contenu : le thème, défini par deux professeurs de disciplines différentes, permet d’explorer une partie de chacun des programmes officiels liés aux disciplines. L’apport d’expertise disciplinaire est fait en fonctions des besoins des groupes.
  • une exigence de production : chaque élève doit participer, au cours des deux MID semestriels de la classe de 2de, à la réalisation d’un blog (hébergé sur le serveur académique), d’une émission de radio (le LP2I dispose d’un studio et d’une fréquence : DeltaFM, 90.2), d’une production vidéo et d’une présentation orale appuyée sur un diaporama numérique. les enseignants en charge des MID d’une classe s’organisent entre eux, selon leurs objectifs, pour se répartir les productions. Le projet demande donc aux élèves de développer des compétences transversales comme la recherche documentaire, le travail en équipe et des capacités TICE.

Pour mener à bien son projet, le groupe d’élèves a donc à sa disposition divers outils (cours disciplinaires, ressources, studio de radio, salles informatiques et supports numériques). Les élèves du LP2I sont équipés de supports numériques variés –tablettes, ordinateurs – selon une démarche BYOD expérimentée dans l’établissement avec le soutien de la Région Poitou-Charentes et diverses personnes ressources : deux enseignants des disciplines investies dans le projet (voire d’autres enseignants d’autres disciplines de la classe), un professeur documentaliste et un enseignant de TICEM (Technologie de l’information de la communication et des médias, matière originale dont les élèves de seconde bénéficient tous, 1 heure par semaine en groupe de 12).

L’élève se réfère aux balises disciplinaires, documentaires ou techniques et citoyennes tout au long de sa collaboration au sein du groupe pour réaliser la production

Un dispositif construit en équipe

Les MID sont l’aboutissement d’une série d’expérimentations disciplinaires et organisationnelles. A l’origine du projet se trouve l’envie des enseignants de français et d’histoire-géographie de mutualiser leurs approches, leurs démarches et leurs heures d’enseignement dans le cadre des modules proposés aux classe de seconde, en demi-groupe, au début des années 2000. Cette envie a été formalisée sous l’appellation des Projets inter-disciplinaires (ou PID). Entre 2004 et 2011, chacune des 5 classes de seconde du LP2I a donc participé à ces projets qui demandaient aux élèves de réaliser, un journal de quatre pages en format numérique (pdf et Scribus), un exposé oral avec un support diaporama pour réaliser une PréAO, une émission de radio et une courte vidéo. Les thèmes étaient alors imposés et communs à toutes les classes (« Altérité et pluralité culturelles  » pour le journal et l’émission de radio / « Images : réalité et représentation  » pour la PréAO et la vidéo), De cette première expérimentation, les enseignants ont, chaque année, tiré un bilan qui soulignait la richesse de la démarche pour les élèves comme pour les disciplines, particulièrement en terme d’autonomie, de capacités d’analyses et de mise en relation d’informations.

La tonalité nettement positive de ces bilans, réalisés lors des conseils de classes semestriels et lors des sessions de travail bisannuelles communes à l’ensemble de l’équipe pédagogique du lycée a conduit des enseignants d’autres disciplines a s’intéresser à ce dispositif. En 2009, les PID ont donc ensuite croisé le français, l’histoire-géographie et les langues vivantes. Cette évolution a rencontré, en 2010, la nécessité de repenser les modalités d’organisation du temps scolaire dans le cadre de la réforme du lycée dans le contexte d’une DGH assez contrainte. Pendant une année scolaire complète, les enseignants et l’équipe administrative ont conjointement mené de nombreuses discussions, notamment grâce à des temps de formations ciblées sur l’interdisciplinarité. Ces travaux ont abouti à l’adoption du dispositif suivant, qui s’intègre dans une modification globale du fonctionnement des sept classes de 2de de l’établissement :

  • chaque discipline peut, si elle le souhaite proposer un projet MID, en lien avec une autre discipline, dans la mesure où ces projets satisfont aux exigences du cahier des charges présenté plus haut.
  • l’ensemble de l’équipe pédagogique mutualise les ressources horaires dégagées par la fin des dédoublements de classe, les heures d’AP et la rétrocession d’une ½ heure de temps d’enseignement pour chaque discipline engagée dans le MID. Cela permet à la fois de disposer de 3 heures par semaine dans l’emploi du temps des élèves et de constituer des groupes-classes de 24 élèves.
  • ce créneau MID de 3 h est organisé par les deux professeurs à l’initiative du projet. Ils planifient leurs interventions (communes, alternées, successives), celles du professeur documentaliste, les temps de travail en autonomie des élèves, les temps de concertation, etc. Pour un enseignant de discipline, un MID représente 1.25 h de service.
  • lorsqu’un enseignant s’engage dans la réalisation d’un MID, il y transfère une partie de son temps et donc de son contenu disciplinaire. cette contrainte est une incitation forte à construire un véritable projet interdisciplinaire.
  • les MID constituent également le cadre dans lequel s’inscrivent les enseignements d’éducation civique juridique et sociale (depuis EMC) et les classes européennes.
  • les enseignants qui réalisent un MID se concertent avec les enseignants chargées des TICEM pour accompagner techniquement les productions des élèves.

Ce dispositif, complexe dans sa mise en œuvre lors de la première année, a été accompagné par la poursuite de temps de formation et de concertation communs à l’ensemble des personnels concernés, menés sous la forme de stages internes à l’établissement pendant 3 journées réparties sur l’ensemble de l’année.

Plus-values

Pour la réalisation de cet article, les enseignants du lycée impliqués dans le dispositif ont complété un questionnaire portant sur les effets des MID sur leurs pratiques. Il en ressort les remarques suivantes, organisées autour des thèmes suivants : les plus-values observables dans la pratique professionnelle et les plus-values pour les élèves observées par les enseignants.

Les plus-values observables dans la pratique professionnelle :

  • le travail en équipe et la concertation deviennent une nécessité. Ils imposent une véritable planification et une explicitation des objectifs, des compétences travaillées, des compétences évaluées.
  • L’objectif de construction d’un projet dans lequel chaque enseignant insère une partie de son approche disciplinaire impose une réflexion nouvelle et fructueuse, aussi bien sur les démarches que sur les notions.
  • la co-intervention amène à interroger ses pratiques pédagogiques : posture, transmission des consignes, démarches, attentes.

Les plus-values pour les élèves observées par les enseignants :

  • l’intérêt pour une démarche de projet menée en groupe.
  • l’apprentissage du travail collaboratif.
  • le décloisonnement des méthodes de travail et de réflexion.
  • une plus longue exposition à la langue pour les langues vivantes.
  • une réflexion concrète (et sa mise en pratique) sur les usages des TICE.
  • une véritable co-intervention pour les classes européennes.
  • une préparation aux TPE de l’année de 1re.

Notons que le dispositif recèle aussi des contraintes qui pèsent parfois sur les équipes. L’harmonisation des productions peut entraver la réalisation d’un projet spécifique. la concertation entre les enseignants chargés des MID et ceux chargés des TICEM n’est pas toujours suffisante. l’intégration des travaux menés et produits par les élèves dans leur démarche globale de formation au lycée et dans leur projet d’orientation est encore trop limitée.

Les projets MID valorisent le collectif, cadre privilégié d’une construction de Compétence. La prise de responsabilité demandée aux élèves, les travaux de groupes, la réalisation concrète et conséquente (i.e. qui a des conséquences dan le monde réel, comme la publication sur le site public d’une émission de radio par exemple), l’autonomie accompagnée et l’auto-évaluation, ont des effets positifs sur le climat scolaire. Les élèves sont plus «  responsables  », le rôle de l’enseignant devient celui d’un expert accompagnant des groupes d’élèves en projet, confrontés à la résolution de problèmes, mais aussi aux échéances, au compromis, aux divergences de point de vue, aux différences. Les MID participent nettement, par exemple, à l’intégration de la vingtaine d’élèves étrangers dans les classes Seconde du LP2I.

Xavier Garnier
Professeur de mathématiques au Lp2I (près de Poitiers)

Antoine Coutelle
Professeur d’histoire-géographie au Lp2I (près de Poitiers)


En complément

Des exemples de projets réalisés dans les MID

MID Anglais-Histoire-Géographie : New-York, une ville mondiale et multiculturelle

  • réalisation d’un blog et d’une émission de radio en anglais,
  • blog : écriture par groupe de 3 élèves d’un récit migratoire à destination de New York,
  • radio : émission de 10 minutes, réalisée par groupe de 4 élèves, sur un thème transversal montrant les enjeux de la multiculturalité de New York et ses effets dans l’espace urbain

MID Mathématiques-Sciences Physiques : «  Plonger : qu’ apportent les sciences ?  »

  • baptême de plongée pour l’ensemble des élèves du groupe : découverte de la nécessité de connaître et comprendre les lois physiques pour éviter les traumatismes liés à la pression et les accidents biochimiques,
  • Chaque groupe de 3 ou 4 élèves a choisi un sujet relevant du thème général (ex : photographie sous-marine et loi de Descartes, dissolution des gaz dans le corps et ses effets et loi de Dalton…),
  • Un blog et une émission de radio de 15 minutes sur le sujet choisi.

Qu’en pensent les élèves ?

Une approche différente «  Moi qui ne suis pas vraiment adepte des maths, j’ai réussi à les appréhender d’une manière différente, plus ludique, avec une autre matière dans laquelle je réussis mieux. Je pense que les points forts des MID se trouvent ici.  »

D’autres compétences «  J’ai découvert le monde de la radio, j’ai appris à monter une vidéo, à réaliser une PREAO avec des fonctionnalités que je ne connaissais pas. J’ai également appris un mode de communication avec mes camarades différents, car il fallait s’organiser chaque semaine entre nos 3 h de MID, et arriver à se coordonner pour rendre en temps et en heures la production.  »

Autonomie et créativité : plus d’intérêt ? «  Le MID développe l’autonomie, et ce sont des activités plus tangibles et plus fun, on fait plein de créations et on s’ennuie souvent beaucoup moins.  »

Sur l’aspect ludique des MID «  Le fait de donner un coté ludique avec des rendus finaux différents des habituelles formatives, commentaires de texte ou autre rend le MID plus léger et propice à un épanouissement, au développement d’un intérêt.  »

Sur la librairie

 

Mettre en œuvre les EPI
Les enseignements pratiques interdisciplinaires vont se mettre en place à la rentrée 2016. Dans certains collèges, on anticipe déjà. Dans d’autres, les pratiques interdisciplinaires existent depuis un certain temps. On ne part donc pas de rien et les EPI peuvent s’appuyer sur l’existant.


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